L’artiste plasticien camerounais Barthélémy Toguo frappe fort avec une nouvelle exposition engagée intitulée « Les Tirailleurs », présentée ce 20 mars 2026 à la Haus der Kulturen der Welt, Berlin. Une œuvre monumentale, à la croisée de l’histoire, de la mémoire et de l’émotion, qui revisite le rôle des soldats africains dans la libération de l’Europe, tout en mettant en lumière une vérité longtemps occultée : la participation des femmes africaines à l’effort de guerre.
Une œuvre pour dire l’histoire sans détour
Pour Barthélémy Toguo, cette exposition dépasse le simple cadre artistique. Elle s’inscrit dans une démarche de vérité et de réparation. « Il était aujourd’hui indispensable de délaisser les langues de bois et de révéler la vérité, faire ressortir la vérité d’une histoire longtemps cachée et oubliée. » Fruit de plusieurs semaines de recherche et de création, son travail repose sur un corpus de neuf œuvres articulées autour d’un triptyque monumental. Trois panneaux imposants qui plongent le visiteur dans l’univers des tirailleurs africains, entre archives revisitées et interprétation picturale.

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Femmes africaines : les grandes oubliées remises en lumière
L’un des axes majeurs de cette exposition est sans doute la revalorisation du rôle des femmes africaines durant les deux guerres mondiales. « Les femmes africaines aussi avaient contribué à la libération de la France et de l’Europe du nazisme… on voit les corps féminins apparaître sur la scène de la guerre, une manière de leur rendre hommage. » À travers des figures féminines puissantes et incarnées, l’artiste redonne une place à celles dont l’histoire n’a que trop peu retenu le nom, mais dont l’engagement fut bien réel, parfois en première ligne.
Le drame du Massacre de Thiaroye au cœur de la toile
Au-delà de l’hommage, Barthélémy Toguo aborde également une page sombre de l’Historiographie coloniale : le massacre de tirailleurs africains en 1944. « J’ai voulu insister sur la tragédie… comment les officiers français ont assassiné leurs camarades militaires africains qui demandaient simplement leur dû. » Un cri artistique contre l’injustice, mais aussi un appel à la reconnaissance :« Il faudrait que cette histoire soit dite et que les victimes soient dédommagées. »

De Bandjoun à Berlin : une œuvre enracinée dans la mémoire africaine
Si l’exposition est dévoilée en Allemagne, sa genèse, elle, est profondément africaine. L’artiste a tenu à finaliser son œuvre dans son village natal, à Bandjoun. « La toile a été débutée en Afrique… comme l’histoire des tirailleurs qui commence sur le continent. » Un choix hautement symbolique, qui inscrit la création dans une continuité historique : celle des hommes arrachés à leur terre pour aller défendre une autre.
Quand l’art touche la chair et l’émotion
Par la force de la figuration et l’intensité des expressions, Toguo cherche à provoquer une expérience sensorielle chez le spectateur. « On vit cela jusque dans la chair, on se rapproche d’eux, on est avec eux. » Loin d’un récit froid, l’artiste propose une immersion émotionnelle, où chaque visage, chaque corps peint devient porteur d’une mémoire vivante.
Un appel à la justice et à la reconnaissance
Au-delà de l’exposition, c’est un véritable plaidoyer que livre Barthélémy Toguo :
« La reconnaissance n’est pas un péché, elle contribue à atténuer la douleur. » Son œuvre s’impose ainsi comme un acte militant, au service de la mémoire collective africaine, mais aussi universelle.

Une exposition entre mémoire, art et engagement
Avec « Les Tirailleurs », Barthélémy Toguo confirme son statut d’artiste majeur de la scène contemporaine internationale. En mêlant archives, émotion et engagement, il offre une œuvre à la fois esthétique et profondément politique. Une exposition qui ne se contente pas de raconter l’histoire… mais qui exige qu’elle soit enfin entendue.
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Diane Laure MISSEKOU








