À peine la deuxième semaine de cours de l’année scolaire 2026-2027 entamée, une vidéo publiée le mercredi 16 septembre 2026 par une mère d’élève ravive les discussions sur la place du cheveu afro dans les établissements scolaires camerounais. Elle y raconte la mésaventure de son fils, renvoyé de son établissement en raison de sa coiffure et dénonce ce qu’elle considère comme une différence de traitement entre les élèves.
La scène paraît, au premier regard, banale. Un parent face à une caméra, un enfant au centre d’une controverse scolaire et une histoire de cheveux. Mais en quelques heures, cette vidéo est devenue le point de départ d’une discussion qui dépasse largement la coupe imposée à un élève.
Dans la séquence, la mère montre la coiffure de son fils et raconte que celui-ci a été renvoyé de l’établissement à Douala parce que ses cheveux ne correspondent pas aux exigences de l’école. Selon son récit, l’enfant a déjà perdu deux heures de cours et ne pourrait retourner en classe qu’après s’être coupé les cheveux.
Ce qui provoque son indignation, c’est la comparaison qu’elle établit avec d’autres élèves du même établissement. Elle affirme que des enfants métis y sont autorisés à porter les cheveux longs.

Le cheveu afro, objet de discipline scolaire
Au Cameroun, la question n’est pas nouvelle. À chaque rentrée, les cheveux font partie des points de friction entre certains établissements, les parents et les élèves. Les coiffures jugées trop longues, extravagantes ou non conformes au règlement peuvent entraîner des rappels à l’ordre, voire le renvoi temporaire de l’élève.
Cette rentrée 2026 n’a pas échappé à la règle. Dès les premiers jours de classe, plusieurs établissements ont appliqué strictement leurs prescriptions vestimentaires et capillaires. Des élèves ont notamment été refoulés pour des coiffures considérées comme incompatibles avec leur règlement intérieur.
La difficulté apparaît lorsqu’au sein d’un même établissement, des parents ont le sentiment que la norme n’est pas appliquée de façon identique.

« Le règlement intérieur n’a pas de couleur »
C’est précisément le point soulevé par le journaliste Nana Paul Sabin. Dans sa réaction, il explique avoir d’abord été tenté de critiquer la démarche de la mère avant de reconnaître que son témoignage soulevait une interrogation réelle.
« Au début, j’ai voulu m’insurger contre cette dame qui a publié une vidéo pour se plaindre que son enfant a été renvoyé de l’école parce qu’il ne s’était pas rasé la tête. Mais en l’écoutant calmement, je me rends compte qu’elle pose un vrai problème. Le règlement intérieur n’a pas de couleur, il s’applique à tous les élèves. Pourquoi exiger de certains qu’ils se rasent la tête et tolérer, dans le même établissement, que les enfants d’expatriés viennent avec des cheveux qui débordent ?Si la règle existe, elle doit être la même pour tout le monde. »
Nancy Ongolo remet le cheveu afro au centre
La réaction de Nancy Ongolo prend le problème sous un autre angle. L’entrepreneure, qui travaille autour du cheveu afro, estime que les difficultés rencontrées par les cheveux naturels commencent aussi dans le regard que les Africains portent eux-mêmes sur leur apparence.
« Les écoles traitent différemment les enfants parce que nous-mêmes nous ne respectons pas les cheveux que nous portons. Si le meilleur est toujours ce qui vient de dehors, pourquoi ensuite se plaindre quand il nous dominent chez nous? »

Ida Fobasso : « NOS CHEVEUX, notre IDENTITÉ, notre ÉNERGIE »
Ida Fobasso a choisi, elle, de faire du cheveu un symbole beaucoup plus large. Dans une publication consacrée à l’affaire, l’artiste et entrepreneure écrit :
« NOS CHEVEUX , notre IDENTITÉ, notre ÉNERGIE »
Elle dénonce ce qu’elle considère comme une normalisation imposée dès l’enfance.
« C’est dès le bas ÂGE qu’on nous volent tout, des l école qu’on nous formate, qu’on fait de nous des ROBOTS… L ÉVEIL DE L AFRIQUE SERA BRUTAL… »
Ida Fobasso raconte également son propre rapport avec les cheveux courts :
« J’ai fais plus de 5 ans a couper les cheveux a plat. Ce sont les pertes avancées de mémoire qui m’on fait comprendre qu il y avait un impact et que mes cheveux avaient un rôle important sur ma tête. La tondeuse ne passera plus par la… »
Elle annonce ensuite une décision concernant ses enfants :
« Mes garçons gardent leur cheveux et je vais travailler pour les mettre dans une école qui les acceptent avec leur cheveux… ON EST MAINTENANT ÉVEILLÉ. »
Mathias Mbock : ne pas transformer les enfants en victimes collatérales
Au milieu de la polémique, Mathias Mbock invite à déplacer le regard. Le blogueur rappelle que l’association entre cheveux et discipline scolaire appartient à une histoire familiale bien connue.
« Pour beaucoup de nos parents, les cheveux sont considérés comme un facteur pouvant expliquer l’échec des enfants à l’école. La preuve : lorsqu’une fille échoue, la première chose que certaines familles font, c’est de lui couper les cheveux. Pour d’autres, c’est même avant la rentrée : “Tu dois te coiffer avant de retourner à l’école.” »
Mais son intervention porte surtout sur les conséquences de la viralité.
« Ce n’est pas une confrontation entre les métisses de l’école et les autres. Non ! »
Il demande aux internautes de ne pas exposer davantage les enfants concernés.
« La maman du petit a publié son visage, mais si vous souhaitez associer l’image des autres enfants (métisses surtout) à cette situation, pour montrer la différence de traitement, pensez à flouter les visages, pour ne pas le mettre en danger les enfants. Ils ne sont pas responsables de ce qui se passe. »
Puis il adresse son message aux adultes :
« S’il vous plaît, laissons les enfants en dehors de tout ça et parlons aux vrais responsables, à ceux qui ont le pouvoir de décider et de faire évoluer la situation. »
La vidéo de cette mère ouvre un débat déjà ancien sur la réglementation des coiffures à l’école et sur la place du cheveu afro dans l’espace scolaire. Pour l’heure, la version de l’établissement concerné et le contenu précis de son règlement intérieur restent attendus pour éclairer les circonstances du renvoi de l’élève et la question d’une éventuelle différence de traitement évoquée par sa mère.
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Eve-Pérec BEHALAL








