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Salvador Aurel revendique la place des danseurs dans l’industrie musicale

Dans l’industrie musicale camerounaise, ils accompagnent les artistes sur scène, dans les clips et lors des grandes prestations. Pourtant, les danseurs restent souvent dans l’ombre. Contacté par la rédaction de Laura Dave Media le 15 septembre 2026, Salvador Aurele , danseur et chorégraphe revient sur les réalités de ce métier, ses exigences, ses frustrations, mais aussi son importance dans la carrière des artistes et dans l’éducation des plus jeunes.

« C’est aussi à 60 % grâce à l’artiste chorégraphe »

Derrière une prestation musicale réussie, le public remarque généralement le chanteur et sa performance. Pourtant, selon Aurele, le travail du chorégraphe participe largement à construire le spectacle.
« Les mélomanes doivent comprendre qu’à un moment donné, s’ils sont debout pour vouloir bouger sur la musique du chanteur, c’est aussi à 60 % grâce à l’artiste chorégraphe de l’artiste chanteur qui a pris de la peine pour se familiariser avec la musique et créer des pas de danse qui iront avec la musique. »
Mais derrière ces quelques minutes de spectacle, se cache un travail de création soumis à de nombreuses contraintes.

Salvador Aurele revendique la place des danseurs dans l’industrie musicale

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Des chorégraphies ambitieuses face à des budgets insuffisants

Entre le nombre de danseurs souhaité, les exigences artistiques et les budgets proposés, le chorégraphe affirme devoir régulièrement composer avec des situations difficiles.
« Les exigences sont énormes et les contraintes aussi ! Il y a certains artistes qui vous proposent leur projet et veulent des chorégraphies qui demandent un maximum de personnes pour que la chose soit belle… mais le budget qu’ils proposent est minable !
Et toi, le chorégraphe, tu te retrouves buté face à cette situation. D’autres artistes chanteurs acceptent le budget que toi, le chorégraphe, tu proposes pour le nombre de danseurs demandés et après ils ne paient pas la totalité.
Aussi, tu peux te battre à créer une chorégraphie, le chanteur lui, il a déjà son schéma en tête et exige que c’est son schéma qu’on doit prendre. En ce moment, toi le chorégraphe, sachant que le schéma du chanteur n’est pas joli, tu es obligé de faire jouer ton talent pour rendre cela joli.
»
À ces difficultés financières et créatives s’ajoute une autre réalité : celle de devoir parfois s’éloigner de son propre univers artistique pour répondre aux demandes.

Entre polyvalence et perte d’identité artistique

Pour rester dans le circuit, le danseur doit pouvoir s’adapter à différents styles, même lorsque ceux-ci ne correspondent pas à ses préférences.
« Oui, oui, car à un moment donné, vu qu’il faut satisfaire tout le monde, tu te retrouves en train de danser des styles que tu n’aimes pas vraiment, mais tu es obligé de le faire. Et cela t’éloigne parfois du style que tu adores faire, quitte à ce que tu n’arrives plus à être inspiré à fond sur les styles que tu adores. »
Pour lui, cette polyvalence ne doit cependant pas faire oublier une revendication essentielle : la reconnaissance du danseur comme artiste à part entière.

« Le danseur n’est pas reconnu à sa juste valeur »

Le chorégraphe estime que la place accordée aux danseurs dans l’industrie culturelle camerounaise reste insuffisante. Il prend notamment pour exemple les cérémonies de récompenses.
« Dans ce pays qui est le Cameroun, le danseur n’est pas reconnu à sa juste valeur ! Alors que nous pratiquons aussi de l’art !
Je vais prendre exemple sur la cérémonie de récompense de l’art camerounais appelée Canal 2’Or. Cela fait déjà plus de 15 ans que cette cérémonie existe et on crée des catégories chaque année… mais la rubrique concernant les danseurs n’a jamais existé !
Pourtant, c’est nous les danseurs qui sommes la force de l’artiste chanteur à 50 %. Et là, je ne parle que de la cérémonie, sans parler des frustrations et des rabais auxquels nous faisons face chaque jour où nous nous produisons.
»
Au-delà de la reconnaissance symbolique, le professionnel pose surtout la question de la considération économique accordée à cette profession.

« Le danseur est un artiste et non un esclave »

Après plusieurs années d’exercice, il constate quelques évolutions dans les mentalités, mais estime que le chemin reste encore long pour que le danseur soit considéré comme un véritable professionnel.
« Après plusieurs années, je constate qu’il y en a qui essaient de comprendre notre importance dans ce pays en ce qui concerne le métier d’artiste ! Mais cela ne suffit pas, car au Cameroun, on ne considère pas le danseur comme un travailleur ou celui qui a droit à un salaire !
Beaucoup doivent comprendre l’importance de la danse. La danse est capable de faire éviter un AVC à un être humain car il déstresse. Dans le circuit de perte de poids, la danse est l’une des meilleures et premières choses à adopter pour perdre du gras, car c’est un très grand sport. C’est tout le corps qui travaille jusqu’au poumon.
Le métier de danseur doit être pris à sa juste valeur. Le danseur est un artiste et non un esclave.
»

De la scène à la transmission aux enfants

Pour ce danseur-chorégraphe, la danse ne se limite pas au spectacle. Elle peut également participer au développement personnel des enfants et des adolescents, notamment à travers la discipline et l’esprit d’équipe.
« La danse est un art et un état d’esprit où l’on exprime le fond de son ressenti à travers des mouvements suivis d’une musique. Alors la danse ouvre l’esprit de l’enfant et lui permet d’avoir l’esprit ouvert afin de comprendre certaines leçons à l’école.
La danse montre à l’enfant ce qu’on appelle l’esprit d’équipe, surtout dans la création des chorégraphies, car une chorégraphie se fait avec un ensemble de personnes où chacun a un rôle à jouer.
La danse permet à l’enfant de savoir s’exprimer librement en public sans avoir honte. Elle permet à l’enfant de savoir comment chercher, développer et mettre en œuvre afin d’avoir un rendu éblouissant. La danse permet à l’enfant de savoir le pourquoi du comment du comportement de l’être humain et se discipline.
»

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Muriel Yanga

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