Arrivée au Canada pour étudier le journalisme, la Franco-Camerounaise Gisèle Pouhe Njall a finalement trouvé sa voie dans l’action communautaire, avant de faire son entrée en politique. Le 5 octobre 2026, elle a été élue députée de Rosemont sous les couleurs de Québec solidaire, avec 39,2 % des suffrages. Un parcours construit au contact des communautés, des enjeux d’éducation et de la prévention des violences sexuelles.
De la région parisienne à Montréal
Gisèle Pouhe Njall est née dans la région parisienne, de parents camerounais. En 2008, à l’âge de 18 ans, elle arrive à Montréal, au Québec, pour poursuivre des études en journalisme. Ce qui devait être une étape de formation devient progressivement un projet de vie.
Elle obtient un baccalauréat en journalisme. Mais au sortir de ses études, elle ne choisit pas la voie classique des salles de rédaction. Elle s’oriente vers le milieu communautaire, un secteur dans lequel elle s’investit depuis plus d’une décennie.
Ses premières expériences la conduisent notamment auprès des jeunes. Elle travaille pendant trois ans à la création et au développement d’une radio étudiante dans une école secondaire de Montréal-Nord, puis devient coordonnatrice d’un programme de lutte contre le décrochage scolaire aux YMCA du Québec.
Ces responsabilités lui permettent de s’intéresser de près aux questions d’éducation, d’inclusion et de représentativité. Elles nourrissent aussi son engagement en faveur des jeunes et des personnes dont les préoccupations restent souvent peu visibles dans les espaces de décision.

Le milieu communautaire comme école de terrain
Au fil de son parcours, Gisèle Pouhe Njall participe également à la création du Projet Noor. Cette initiative entend mettre en valeur les actions et les engagements de femmes racisées, dont les contributions méritent une plus grande visibilité.
Son expérience professionnelle s’enrichit ensuite d’études universitaires en développement économique communautaire. Une formation complémentaire qui lui permet d’approfondir sa compréhension des mécanismes de développement local et des inégalités qui affectent les communautés.
Son parcours prend une dimension particulière lorsqu’elle rejoint le Collectif Social. D’abord chargée de projet en 2021, elle évolue vers des responsabilités de direction avant d’en devenir directrice générale en 2024.
L’organisme travaille notamment à la prévention des violences sexuelles dans les milieux festifs et auprès des jeunes adultes de 18 à 35 ans. Ses interventions mobilisent les établissements d’enseignement postsecondaire et différents acteurs du milieu festif afin de favoriser des environnements plus sûrs et respectueux.
Cette expérience place Gisèle Pouhe Njall au contact de problématiques sociales concrètes. La protection des personnes, l’accès aux ressources, la dignité et les inégalités deviennent des enjeux qu’elle aborde au quotidien, au-delà des discours.
Rosemont, bien plus qu’une circonscription
Installée depuis plusieurs années dans le quartier montréalais de Rosemont, Gisèle Pouhe Njall y élève sa famille et s’implique dans la vie locale. Ce territoire devient progressivement son principal ancrage personnel et citoyen.
Son engagement politique s’inscrit dans la continuité de cette expérience. Le 21 juillet 2026, les membres locaux de Québec solidaire la désignent à l’unanimité comme candidate dans Rosemont pour les élections générales québécoises.
Son programme accorde une place importante au coût de la vie, à l’accès au logement abordable, au pouvoir d’achat et à la qualité des services publics. L’éducation, le soutien aux familles, la sécurité des déplacements et la protection de l’environnement figurent également parmi ses priorités.
Le logement constitue notamment un sujet qui la touche directement dans son engagement social. « Ça vient me chercher parce que je trouve qu’on touche à un aspect vraiment tangible de la dignité humaine », explique-t-elle dans une déclaration rapportée par la presse québécoise.
Cette approche repose sur une conviction : les décisions politiques doivent répondre aux réalités vécues par la population. Pour Gisèle Pouhe Njall, l’expérience acquise sur le terrain doit contribuer à rapprocher les institutions des citoyens.

Une première élection provinciale… et un siège remporté
La campagne de 2026 représente un défi de taille. Gisèle Pouhe Njall doit défendre les couleurs de Québec solidaire dans une circonscription dont le siège était occupé depuis 2018 par Vincent Marissal, ancien député de la formation.
Face notamment à Pierre-Luc Brillant, candidat du Parti québécois et comédien connu au Québec, elle mène campagne sur les préoccupations quotidiennes des habitants de Rosemont.
Le scrutin du 5 octobre 2026 lui donne finalement raison. Elle recueille 39,2 % des suffrages, contre 27,9 % pour son principal adversaire. Elle devient ainsi la nouvelle députée de Rosemont à l’Assemblée nationale du Québec.
Le résultat a une résonance particulière : devenue citoyenne canadienne en 2023, elle participe pour la première fois à une élection provinciale au Québec, cette fois en tant que candidate. Quelques jours avant le vote, elle résumait l’ampleur de la responsabilité qui l’attendait : « Il y a quelque chose d’un peu vertigineux, mais je suis prête. C’est une grande responsabilité. »
L’identité, la représentation et la légitimité
Le parcours de Gisèle Pouhe Njall porte également une dimension symbolique. Femme noire d’origine camerounaise, elle accède à une fonction élective dans une institution où la diversité des profils demeure un enjeu de représentation.
Durant la campagne, elle reçoit des messages de personnes qui soulignent la présence d’une candidate portant un afro. Pour elle, cette visibilité compte, sans résumer à elle seule son engagement politique.
Interrogée sur sa légitimité à représenter les habitants de Rosemont, elle revendique son ancrage dans le quartier : « Je suis chez moi. Et si tu es chez toi, tu es légitime d’avoir ta voix. Ça fait 18 ans que je vis ici, je pense que j’ai fait mes armes. »
Cette déclaration traduit une conception de l’appartenance fondée sur la vie quotidienne, l’engagement et la participation à la communauté. Son histoire personnelle de la région parisienne à Montréal, puis du secteur communautaire à la politique rejoint ainsi un débat plus large sur la place des personnes issues de l’immigration dans les institutions publiques.

Du terrain au mandat politique
L’élection de Gisèle Pouhe Njall marque une étape importante, mais ouvre surtout une nouvelle responsabilité. À l’Assemblée nationale du Québec, elle devra porter les préoccupations des habitants de Rosemont et défendre les priorités annoncées pendant la campagne.
Son itinéraire ne se résume pas à une reconversion politique. Il raconte le passage d’une formation en journalisme à plus de dix années d’engagement communautaire, puis à un mandat électif obtenu au terme d’une campagne disputée.
Pour cette Franco-Camerounaise, la suite se jouera désormais dans sa capacité à transformer son expérience de terrain en propositions et en actions publiques. Les électeurs de Rosemont lui ont confié cette mission le 5 octobre 2026. À elle, désormais, de faire vivre cette confiance dans l’exercice de son mandat.

Eve-Pérec N.BEHALAL










