Silence, moteur… ça tourne ! Derrière les projecteurs, les tapis rouges et les applaudissements, le cinéma camerounais joue aujourd’hui l’une des scènes les plus difficiles de son histoire. Entre productions coûteuses, manque de débouchés et absence d’un véritable marché local, le 7ᵉ art peine à trouver son second souffle. Invité récemment sur un média camerounais, l’acteur, réalisateur et producteur Simon William Kum a levé le voile sur cette réalité préoccupante, lançant un appel pressant en faveur d’une profonde restructuration de l’industrie cinématographique nationale.
Une industrie riche en talents, mais en manque de débouchés.
Le cinéma camerounais traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Pourtant, des productions comme Agents un peu trop secrets, Sur les traces de Ville cruelle, Code Vert, Ayo ou encore Porte 112 témoignent du dynamisme et du savoir-faire des cinéastes camerounais. Des œuvres qui séduisent le public, s’illustrent dans des festivals et portent haut les couleurs du Cameroun. Mais derrière ces réussites, le secteur peine toujours à se structurer. Faute d’un véritable marché local, les producteurs ont du mal à rentabiliser leurs œuvres, mettant en péril l’avenir du 7ᵉ art camerounais.

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« Sans marché local, le cinéma camerounais ne peut pas décoller »
Face à cette réalité, Simon William Kum, acteur, réalisateur et producteur, connu pour Me-Nah (2018), Sin (2020) et Vengeance (2022), mais aussi CEO de Waves Films Production SARL Cameroun, lance un appel fort aux pouvoirs publics, aux diffuseurs et aux investisseurs.
Pour lui, le principal obstacle au développement du cinéma national est clair : l’absence d’un marché intérieur capable de soutenir financièrement les productions.
« Il est impossible pour l’industrie du cinéma camerounais d’évoluer sans un véritable marché interne. Beaucoup ont pensé que YouTube pouvait être la solution. Vous ne pouvez pas produire un long métrage à plus de 10 ou 15 millions de FCFA et espérer que YouTube puisse vous rapporter cet argent. Une bonne série au Cameroun, c’est au-delà de 30, 40 ou 50 millions de FCFA. »
Si les plateformes numériques offrent une vitrine aux créateurs, elles restent loin de garantir un retour sur investissement suffisant pour couvrir les coûts de production. Résultat : de nombreux projets voient difficilement le jour, tandis que les producteurs peinent à financer leurs prochaines réalisations.

Des récompenses sans diffusion : le paradoxe du cinéma camerounais
Autre constat dénoncé par Simon William Kum : le manque de visibilité des productions nationales sur les chaînes de télévision. Selon lui, il est incohérent de célébrer les cinéastes lors de cérémonies de récompenses sans leur offrir de véritables espaces de diffusion.
« Je trouve vraiment très mal que des personnes organisent des salons de l’audiovisuel et des cérémonies pour primer les cinéastes, les producteurs et les réalisateurs, mais ne diffusent pas ces œuvres. »
Pour le cinéaste, la survie de l’industrie passe impérativement par une collaboration entre tous les acteurs de la chaîne audiovisuelle. « La seule solution, c’est que les cinéastes, les opérateurs économiques, les responsables de chaînes de télévision et les autres médias puissent se mettre ensemble pour discuter. Même à des prix raisonnables, le producteur pourra s’en sortir. »
Un secteur qui attend des réformes concrètes
Au Cameroun, les défis restent nombreux : faiblesse des financements, manque de salles de cinéma, insuffisance des circuits de distribution et absence d’une politique de diffusion durable des œuvres locales.
Pour Simon William Kum, le temps des constats est révolu. Le cinéma camerounais ne manque ni de talents ni d’histoires à raconter. Il lui manque un véritable écosystème où producteurs, diffuseurs, investisseurs et pouvoirs publics travaillent ensemble pour transformer la création en une industrie viable.
Car sans marché, sans diffusion et sans investissements durables, le risque est grand de voir le cinéma camerounais continuer à produire des œuvres de qualité… sans jamais leur donner les moyens de vivre.

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Diane Laure MISSEKOU








