Le visage d’Essola reste gravé dans la mémoire de nombreux téléspectateurs camerounais. Des années après avoir marqué la série « L’Orphelin », Salomon Tatmfo continue de porter l’héritage d’une génération de comédiens qui a contribué à construire l’histoire de l’audiovisuel national. Le 31 octobre 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, celui que le public connaît sous le nom de Papa Essola a reçu une distinction honorifique lors de la 15e édition des Canal 2’Or. Une reconnaissance qui remet en lumière un parcours commencé sur les planches dans les années 1960.
De Bangangté à Yaoundé, les premières étapes d’un parcours artistique
Né le 12 décembre 1947 à Bangangté, Salomon Tatmfo effectue ses études primaires et une partie de son secondaire dans sa ville natale. Son parcours le conduit ensuite à Douala, où il rejoint sa sœur aînée. Pour gagner sa vie, il se lance dans plusieurs petits métiers. Il exerce notamment comme manœuvre sur des chantiers, où ses journées de travail lui rapportent alors 50 francs CFA.
À cette période, ses aspirations sont encore multiples. Passé par le petit séminaire, il envisage d’abord la prêtrise. Mais la musique et la danse le passionnent également. Il fréquente les cabarets et, alors qu’il est encore au collège, prend l’initiative de créer un groupe de danse. L’expression artistique occupe déjà une place importante dans sa vie.
Peu avant 1960, le jeune Salomon s’installe à Obala, dans la région du Centre. C’est quelques années plus tard que le théâtre va véritablement orienter son parcours. En 1966, il participe à un stage d’art dramatique organisé à Yaoundé dans le cadre de la coopération française et dirigé par Ambroise Mbia. Cette expérience lui ouvre les portes de la scène théâtrale.

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Le théâtre, une passion née dans les années 1960
Salomon Tatmfo situe ses premiers pas dans le théâtre autour de 1965-1966. Cette période marque le début d’un engagement artistique qui va se consolider au fil des représentations. Il participe notamment à des pièces comme « Le Mandat » d’Ousmane Sembène et « Jusqu’à nouvel avis » de Guillaume Oyono-Mbia.
En 1969, il se produit avec sa troupe au cinéma Abbia, à Yaoundé, devant le président Ahmadou Ahidjo. Une étape importante dans le parcours de ce comédien qui construit alors son expérience sur les planches, bien avant de devenir un visage familier du petit écran.
« Essola », le personnage qui marque toute une génération
C’est toutefois à la télévision que Salomon Tatmfo acquiert une grande notoriété. Son interprétation d’Essola dans la série camerounaise « L’Orphelin », réalisée par le révérend Ndamba Eboa et diffusée sur la CRTV, marque durablement les téléspectateurs.
Dans ce feuilleton, il incarne un personnage présenté comme un sorcier déterminé à éliminer Mbita, l’orphelin au centre de l’histoire. Son interprétation contribue à faire d’Essola l’un des personnages les plus mémorables de cette production.
Le comédien lui-même mesure la place qu’occupe ce rôle dans son parcours. En 2015, il déclarait : « Quant à ce qui concerne le personnage Essola, que j’ai eu le privilège et aussi l’honneur d’incarner dans la série “Orphelin”, et qui m’a valu beaucoup de choses. »
La série reçoit l’Épi d’or en 1990. Cette distinction collective vient saluer le travail de la production et constitue l’un des premiers repères importants de la reconnaissance publique associée à cette œuvre. L’impact du personnage dépasse également l’écran : le groupe musical Koutchouam Mbada lui consacre une chanson, tandis que le nom d’Essola devient progressivement plus familier au public que celui de son interprète.

Une filmographie qui dépasse « L’Orphelin »
Réduire Salomon Tatmfo au seul personnage d’Essola serait oublier une partie importante de son parcours. Sa filmographie répertoriée comprend plusieurs productions télévisées et cinématographiques.
Au cinéma, il apparaît notamment dans « Sango Malo », le long métrage de Bassek Ba Kobhio sorti en 1991. Cette adaptation du roman du même nom raconte l’arrivée d’un jeune instituteur dans un village camerounais et les bouleversements provoqués par ses méthodes d’enseignement.
Il figure également au générique de « L’Héritage », de la réalisatrice Yolande Ekoumou, ainsi que de « Bana ba Nyué (Les orphelins) », « Deuxième bureau » de Dieudonné Nadi Nana et du court métrage « Enfant peau rouge » de Gérard Essomba.
D’autres titres sont également associés à son parcours, notamment « L’Œuf du serpent boa » et « Le Colis », selon les filmographies publiées en ligne.
À la télévision, son nom est associé à plusieurs séries : « Sagnon Upem », « L’Orphelin », « Ntaphil » et « Le Débrouillard ». Il apparaît également dans « La Reine Blanche », la production d’Ebenezer Kepombia diffusée sur plusieurs années.
Cette diversité de projets témoigne d’une carrière qui ne s’est pas arrêtée au succès d’un personnage. Du théâtre aux plateaux de tournage, Salomon Tatmfo a participé à différentes productions qui ont accompagné l’évolution de l’audiovisuel camerounais.
𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Un artiste qui voulait encore raconter des histoires
Malgré la notoriété acquise grâce à « L’Orphelin », Salomon Tatmfo n’a pas cessé de nourrir des ambitions de création. Dans son entretien accordé à Culturebene en mars 2015, il révèle travailler sur un projet personnel : une série de 26 épisodes, chacun d’une durée de 30 minutes.
Il précise alors que l’épisode pilote a déjà été réalisé, mais que le projet attend encore un accompagnement financier pour aller plus loin.
« Au jour d’aujourd’hui, j’ai un projet, la réalisation d’un 26 épisode, de 30 minutes par épisode. L’épisode pilote a déjà été réalisé. Mais, je continue à traîner le pas parce que le support n’est pas là ! Ce que je rêve, qu’il me trouve dans mon siège, c’est le soutien des différents sponsors », explique-t-il.
Cette déclaration révèle une autre facette du comédien : celle d’un artiste qui ne souhaite pas seulement interpréter des rôles, mais aussi développer ses propres histoires et poursuivre son travail de création.
En 2022, le témoignage d’un artiste confronté aux difficultés du métier
Le 12 décembre 2022, Salomon Tatmfo intervient sur le plateau d’Équinoxe Télévision. Il évoque les difficultés matérielles auxquelles il est confronté malgré sa longue carrière et la popularité de son personnage.
« Je n’ai pas de voiture, je vais à pied tous les matins, je ne vis pas de mon art », déclare-t-il.
Il explique également compter sur le soutien ponctuel de mécènes qui lui viennent en aide. « Je dis merci à tous les mécènes qui de gauche à droite me dépannent avec 500 francs, 100 francs, ils me disent bravo mon cher », confie-t-il.

Canal 2’Or 2026 : une reconnaissance pour sa carrière
Le samedi 31 octobre 2026, Salomon Tatmfo retrouve les projecteurs à l’occasion de la 15e édition des Canal 2’Or, organisée au Palais des Congrès de Yaoundé. Cette édition, placée sous le thème « L’âge d’or », marque les vingt ans de cette cérémonie de récompenses consacrée aux acteurs de l’industrie culturelle camerounaise.
Aux côtés d’autres figures de la culture, le comédien reçoit une distinction honorifique pour sa contribution au cinéma et à la culture nationale. Eko Roosevelt, Douleur et Tayc figurent également parmi les personnalités distinguées dans le cadre de ces récompenses spéciales.
Cette reconnaissance intervient plus de trois décennies après le succès de « L’Orphelin » et l’Épi d’or obtenu en 1990 par la production. Elle remet en lumière un artiste dont le nom reste étroitement associé à l’un des personnages les plus marquants de la télévision camerounaise.
En 2015, il avait déjà évoqué la transformation de son métier et les évolutions techniques de l’audiovisuel. « Nous avons commencé en Numatique, après on est passé au Beta ; nous sommes aujourd’hui en Numérique », expliquait-il, avant de rappeler la nécessité pour les professionnels de s’adapter aux mutations du secteur.

Salomon Tatmfo, bien plus qu’Essola
Le public l’appelle souvent « Essola« , mais derrière ce personnage se trouve Salomon Tatmfo, un comédien dont le parcours a commencé bien avant la célébrité télévisuelle. Du théâtre dans les années 1960 aux productions cinématographiques et télévisées, il a traversé plusieurs périodes de l’histoire culturelle camerounaise.
Sa distinction aux Canal 2’Or 2026 vient rappeler la contribution de ces artistes dont le travail a accompagné plusieurs générations de téléspectateurs. Pour beaucoup, Essola restera le personnage incontournable de « L’Orphelin ». Mais la carrière de son interprète ne se limite pas à ce rôle : elle s’étend sur plusieurs décennies de théâtre, de cinéma et de télévision.

Eve-Pérec N.BEHALAL










