Avec son vécu de dirigeante et son franc-parler de mère de famille, Paule Diane Himsta s’est attaquée à une conviction profondément ancrée dans les mentalités africaines, celle que la réussite d’un enfant se joue obligatoirement à l’étranger. Dans un long témoignage publié dimanche soir sur sa page Facebook, elle livre une véritable leçon de stratégie pour bâtir son avenir au Cameroun, avec les moyens d’ici.
L’Europe est une « cage dorée », le constat sans fard de Paule Diane Himsta
Paule Diane Himsta a grandi avec une croyance entendue partout, celle selon laquelle le pays n’est que misère et que l’Eldorado se trouve de l’autre côté. Des camarades persuadés qu’il fallait partir, des parents convaincus que l’avenir d’un enfant se joue hors des frontières du Cameroun. Mais avec le temps, elle dit avoir vu bien autre chose.
« J’ai vu beaucoup de regrets chez ceux qui ont choisi l’étranger très tôt, j’ai vu beaucoup se battre pour préparer leur retour au pays et jusqu’à hier j’ai eu un proche qui m’a dit quelque chose de très marquant : “je ne pense pas élever mes enfants en Europe. Tout est bien réglé ici mais on a l’impression d’être dans une cage dorée”. »

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Diplômes contre compétences pratiques, la méthode qui a fait ses preuves
De ce constat, elle tire une méthode expérimentée depuis huit ans dans ses entreprises, celle d’embaucher des jeunes en alternance dès le bacc + 2, faire de l’expérience professionnelle un pilier des études et doubler les diplômes de compétences concrètes en comptabilité par expiration, soins infirmiers ou génie informatique. Ses enfants en sont les premiers cobayes.
« Le problème du chômage au Cameroun ce n’est pas tant qu’il n’y a pas d’emploi mais très souvent on a trop de diplôme et ça fait peur au recruteur qui pense ne pas pouvoir nous payer ou on a aucune compétence pratique. (…) Chemin faisant, mes propres enfants, j’ai commencé à les encourager dès leur 2e année au supérieur à trouver des postes et ça a marché : en 3 ans j’ai 3 enfants qui ont ou se battent pour trouver des emplois à moins de 22 ans au Cameroun étant encore sur des bancs d’école. »
𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝘇 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝗶𝗲𝗻 𝗺𝗮𝗻𝗾𝘂𝗲𝗿 𝗱𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝘂𝗻𝗶𝘃𝗲𝗿𝘀 𝗱𝗶𝘀𝗽𝗼𝗻𝗶𝗯𝗹𝗲 𝘀𝘂𝗿
Sa fille de 24 ans, la preuve par l’exemple
Sa pièce à conviction n’est pas une théorie, mais c’est sa fille aînée, en CDI depuis deux ans, qui vit seule et s’assume entièrement. La comparaison avec la vie d’un jeune en Europe, Paule Diane Himsta la fait sans complexe et l’assume jusque dans les détails du quotidien.
« Ma fille de 24 ans qui bosse depuis 2 ans en CDI dans une entreprise de la place vit seule depuis 2 ans, travaille et s’occupe d’elle-même. Elle fait ses propres choix, gagne en maturité en portant ses responsabilités personnelles et n’a absolument rien à envier à un enfant qui vivrait en Europe si ce n’est l’état de la route, elle a une excellente assurance santé pour tous ses soins offerte par l’entreprise dans laquelle elle travaille. »
Derrière la fierté de mère, la réflexion de Paule Diane Himsta touche à une dimension essentielle du rapport à soi : reprendre la main sur son propre récit. Fille des universités publiques camerounaises, elle a refusé le fatalisme du « c’est mieux ailleurs » non pas en théorisant, mais en agissant dans ses entreprises d’abord, dans sa famille ensuite. Diplômes doublés de compétences concrètes, immersion professionnelle précoce, confiance inébranlable en le potentiel du pays, voilà son triptyque.
En affirmant qu’on peut s’en sortir au Cameroun, Paule Diane Himsta enseigne aux parents comme aux jeunes que l’Eldorado peut aussi s’écrire en lettres camerounaises, ici, maintenant, avec les moyens du pays. Un témoignage qui en aidera plus d’un à repenser la valise.

Eddy Senga










