Depuis plus de trois décennies, son nom reste associé à l’un des rythmes les plus emblématiques du Cameroun. Chanteuse, auteure-compositrice et productrice, Marole Tchamba s’est imposée comme une figure majeure du Bend-skin, un courant musical inspiré des traditions de l’Ouest camerounais. Surnommée « la Reine du Bend-skin » puis « la Diva du Bend-skin », elle a construit une carrière fondée sur la valorisation de son patrimoine culturel et une volonté constante de faire voyager les sonorités camerounaises.
Une enfance entre héritage et passion artistique
Née à Nkongsamba, Marole Tchamba est originaire de Bangoulap, dans la région de l’Ouest du Cameroun. Elle grandit entre Bafoussam et Douala. Issue d’une famille de cinq enfants, elle perd son père alors qu’elle est encore très jeune.
Très tôt, la musique entre dans son quotidien. Pendant ses études secondaires au Collège Saint-Michel de Douala, elle intègre le club musique de son établissement et commence à se produire lors de concerts scolaires. C’est lors de ces prestations qu’elle est remarquée par le producteur Isidore Modji du studio Kamora, qui l’accompagne dans ses premiers pas professionnels.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
1993, le début d’une grande aventure musicale
La carrière professionnelle de Marole Tchamba débute en 1993 avec l’album « Any Man For Down », réalisé avec le groupe Bendskin La Joie. La même année, elle fait une apparition remarquée dans l’émission « Tam-Tam Weekend » sur la CRTV, contribuant à faire connaître son univers musical au grand public.
Elle poursuit ensuite son parcours avec plusieurs projets, dont « Bend-Skin For Down » et « Bat-Goup » en 1995. Quelques années plus tard, elle revient sur le devant de la scène avec « You Lac Nyam », un album qui connaît un important succès et confirme son statut dans le paysage musical camerounais.
La femme qui a donné une nouvelle visibilité au Bend-skin
Si le Bend-skin occupe aujourd’hui une place importante dans l’identité musicale camerounaise, Marole Tchamba fait partie des artistes féminines qui ont contribué à sa popularisation.
Dans plusieurs interviews, elle revendique cette place historique.
« Je suis la première fille à chanter officiellement le rythme Bend-Skin au Cameroun et dans le monde », déclarait-elle, comparant son rôle dans le Bend-skin à celui d’Anne-Marie Nzie dans le Bikutsi.
Pour elle, ce rythme n’est pas seulement une musique de divertissement. Il représente une mémoire culturelle et une manière de raconter son identité.

Une artiste qui écrit, compose et produit
Au-delà de son rôle d’interprète, Marole Tchamba participe à la création de son univers artistique. Dans un entretien accordé à La Presse du Soir, elle explique être auteure-compositrice de ses œuvres et participer également aux arrangements.
Son parcours prend une nouvelle dimension lorsqu’elle crée en 2007 son propre label, MTF Productions. Sous cette structure, elle produit notamment les albums « Étincelle » (2008), « Précieuse » (2011) et « 7e A Béatitude » (2014).
Des récompenses qui consacrent une carrière
Le travail de Marole Tchamba est reconnu à plusieurs reprises.
En 2008, elle reçoit le prix de la meilleure artiste ou groupe d’expression traditionnelle aux Canal 2’Or grâce à son album « Étincelle ». En 2011, elle remporte le prix de l’artiste féminine de l’année aux Canal 2’Or avec l’album « Précieuse ».
Son album « 7e A Béatitude », porté notamment par le titre « Sacré Cameroun », lui permet également d’être nommée aux All Africa Music Awards dans la catégorie meilleure artiste féminine d’Afrique centrale et de recevoir une distinction aux Balafon Music Awards.
Une carrière ouverte sur le monde
Au fil des années, Marole Tchamba exporte son art au-delà du Cameroun.
Dans ses interviews, elle raconte avoir voyagé sur plusieurs continents pour présenter sa musique et avoir rencontré plusieurs grandes figures de la scène africaine et internationale, parmi lesquelles Manu Dibango, Papa Wemba, Jacob Desvarieux ou encore Meiway avec qui elle collabore plus tard.
Cette ouverture internationale participe à faire du Bend-skin un rythme mieux connu auprès des publics extérieurs au Cameroun.
Une artiste attachée à ses racines
Marole Tchamba revendique également son héritage culturel. Dans ses interviews, elle évoque son lien avec Bangoulap et son appartenance à une famille issue de la chefferie traditionnelle.
Elle explique notamment l’importance du terme « Nsi Tagny », une expression en langue medumba qui renvoie à un lieu sacré de son village natal. Cette dimension culturelle traverse toute son œuvre.
Plus de trente ans après, une empreinte durable
De ses premiers concerts scolaires aux scènes internationales, Marole Tchamba a construit une carrière singulière.
Elle appartient à cette génération d’artistes qui ont utilisé la musique comme un outil de préservation et de transmission culturelle. À travers le Bend-skin, elle a porté une partie de l’histoire musicale camerounaise et donné une visibilité nouvelle aux rythmes de l’Ouest.

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Eve-Pérec N.BEHALAL








