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De la coiffure à la direction artistique, Mikelange construit un parcours entre création, identité et transmission

PDG d’Afrokrema , mais aussi directeur artistique, coiffeur, maquilleur et scénographe, Mikelange évolue dans un univers où l’image occupe une place centrale. Pourtant, derrière les fonctions et les créations, il raconte surtout une construction personnelle faite de discipline, de patience, de sacrifices et de remises en question. Ouvert à la rédaction de Laura Dave Média le 18 septembre 2026, il revient sur son parcours, les réalités des métiers créatifs et la trace qu’il souhaite laisser au-delà des titres qui l’identifient aujourd’hui.

Derrière les casquettes, un homme qui a appris la discipline

Les différentes fonctions qu’il exerce pourraient donner l’image d’un parcours déjà établi. Mikelange, lui, insiste plutôt sur l’homme qu’il a dû construire derrière ces responsabilités.
« Je pense que j’ai surtout dû devenir un homme beaucoup plus discipliné, beaucoup plus patient et beaucoup plus conscient de sa responsabilité. Parce qu’au départ, on veut simplement créer. On veut faire quelque chose de beau, quelque chose qui nous ressemble. Mais avec le temps, j’ai compris que créer, ce n’est pas seulement avoir du talent. C’est aussi apprendre à porter une vision, à prendre des décisions, à assumer ses choix et parfois à avancer même lorsque personne ne comprend encore ce qu’on essaie de construire. J’ai dû apprendre à être patient avec moi-même, à accepter mes erreurs, à recommencer et surtout à ne pas abandonner simplement parce que les résultats n’arrivaient pas assez vite. Derrière toutes ces casquettes, je reste finalement quelqu’un qui cherche à comprendre, à apprendre et à créer quelque chose qui ait du sens. »
Chez lui, la création apparaît donc moins comme une simple expression artistique que comme une école de responsabilité et de maturité.

De la coiffure à la direction artistique, Mikelange construit un parcours entre création, identité et transmission

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Commencer sans garantie de réussite

Comme beaucoup de parcours créatifs, le sien n’a pas commencé avec la certitude d’une réussite. Il raconte plutôt une attirance progressive pour un univers devenu, avec le temps, un véritable langage personnel.
« Je n’ai pas commencé avec la certitude que j’allais réussir. J’ai commencé avec une envie très forte de créer. Je crois que la création était déjà quelque chose qui m’habitait avant même que je puisse réellement mettre des mots dessus. La coiffure, le maquillage, les vêtements, l’image, la mise en scène… tout cela est progressivement devenu un langage pour moi. Et puis il y a eu les premières expériences, les premiers projets, les premières personnes qui ont accepté de me faire confiance. J’ai appris en faisant, parfois dans des conditions qui n’étaient pas idéales, parfois avec très peu de moyens. Ce qui m’a fait continuer, ce n’est pas l’assurance de réussir. C’est justement le fait que je sentais que j’avais quelque chose à construire. Je me suis souvent dit : “Je ne sais peut-être pas encore jusqu’où cela va m’emmener, mais je sais que je dois continuer.” »

Le temps, un sacrifice que personne ne voit

Lorsqu’un parcours semble abouti, le public voit généralement les résultats. Les années consacrées à les obtenir restent, elles, beaucoup moins visibles. Pour Mikelange, l’un des principaux sacrifices porte justement sur le temps.
« Je pense que le sacrifice dont on parle le moins, c’est le temps. Le temps que vous donnez à votre vision alors que personne ne vous garantit qu’elle fonctionnera.
Il y a des moments où vous travaillez pendant que les autres sortent, dorment ou profitent simplement de leur vie. Il y a des projets qui prennent énormément d’énergie et qui, parfois, ne rapportent pas immédiatement ce que vous avez investi. Il faut aussi accepter de renoncer à certaines choses pour construire quelque chose qui n’existe pas encore. Et puis il y a un autre sacrifice : celui de devoir constamment évoluer. Parce que lorsque vous choisissez de créer, vous ne pouvez pas vous permettre de rester exactement la même personne pendant des années. Aujourd’hui, si certaines choses semblent naturelles ou évidentes dans mon travail, elles sont souvent le résultat de beaucoup d’essais, d’erreurs, de remises en question et de travail invisible
. »

Faire reconnaître les métiers créatifs

Coiffure, maquillage, scénographie ou direction artistique sont autant de domaines qui reposent sur des compétences techniques et créatives. Mikelange estime pourtant que ces métiers peuvent encore être perçus comme de simples expressions de talent.
« Oui, et je pense que beaucoup de personnes qui travaillent dans les métiers créatifs peuvent comprendre cela. Il existe encore une tendance à considérer la création comme quelque chose de secondaire, comme si le talent suffisait et qu’il n’y avait pas derrière une véritable expertise.
Mais lorsqu’on regarde réellement mon travail, il y a de la recherche, de la conception, de la technique, de la culture, de la direction, de la préparation et énormément de réflexion. Je n’ai jamais voulu simplement convaincre les gens avec des mots. J’ai préféré laisser mon travail parler. Et paradoxalement, le fait d’avoir parfois été sous-estimé m’a aussi poussé à être encore plus exigeant avec moi-même.
Je ne cherche plus forcément à prouver que j’ai ma place. Je cherche plutôt à construire quelque chose qui rende cette place évidente par la qualité du travail
. »
La question de la légitimité devient ainsi une affaire de temps et de travail : plutôt que de réclamer une reconnaissance, il dit vouloir la construire à travers ce qu’il réalise.

Au-delà de la beauté, raconter quelque chose

Pour Mikelange, une création ne se limite pas à son apparence. Derrière une coiffure, un maquillage ou une scénographie, il cherche à faire passer une idée, une émotion ou une histoire.
« Pour moi, ce n’est jamais seulement esthétique. Une création peut être belle, mais si elle ne raconte rien, elle peut rester vide.
Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a derrière l’image. Une coiffure peut parler d’identité. Un vêtement peut parler de culture. Un maquillage peut révéler une personnalité. Une scénographie peut créer une émotion ou nous faire regarder quelque chose autrement. C’est aussi pour cela que mon travail autour de la coiffure artistique africaine me tient autant à cœur. Je ne veux pas simplement reproduire des formes ou créer quelque chose de spectaculaire. Je veux comprendre ce que ces formes racontent, d’où elles viennent, ce qu’elles représentent et comment on peut les faire évoluer sans perdre leur essence. Il y a forcément une partie de mon histoire dans ce que je crée, mais il y a aussi une volonté de raconter quelque chose de plus grand que moi
.
»

Ne pas seulement laisser un nom, mais une vision

Après les titres et les fonctions, Mikelange se projette surtout à travers ce qu’il pourrait transmettre. Sa volonté n’est pas seulement de construire une carrière personnelle, mais de contribuer à une autre manière de regarder la création africaine.
« J’aimerais qu’on retienne simplement que j’ai essayé de faire les choses avec sincérité. Pas toujours parfaitement. Pas toujours sans me tromper. Mais sincèrement. Si demain on enlève “directeur artistique”, “coiffeur”, “maquilleur”, “scénographe” ou même “PDG”, je voudrais qu’il reste l’homme qui a essayé de créer, de transmettre et d’ouvrir des portes. Je veux surtout que les personnes que j’ai rencontrées puissent se dire : “Cette personne m’a donné envie de croire un peu plus en ce que je pouvais devenir.” Et concernant mon travail, j’aimerais laisser une trace dans la manière dont on regarde la création africaine, particulièrement la coiffure.
Je veux contribuer à ce qu’elle soit considérée comme un langage, comme un savoir, comme une forme de création et comme une partie de notre mémoire. Au fond, je ne cherche pas seulement à laisser mon nom quelque part. Je voudrais laisser une vision. Et si, après moi, quelqu’un ose aller encore plus loin grâce à ce que nous avons commencé, alors je considérerai que quelque chose a réellement été transmis.
»
Au terme de cet échange, Mikelange ramène finalement son parcours à une question d’héritage. Les titres peuvent changer, les fonctions peuvent évoluer, mais la vision, elle, peut continuer à travers ceux qui viennent après.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire celui-ci

Muriel Yanga

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