De l’entretien des bureaux et studios d’une télévision à la réalisation d’émissions et de contenus audiovisuels, Cédric Chouna a construit son parcours progressivement, au fil des rencontres, de l’observation et de la pratique. Réalisateur TV, photographe professionnel, formateur audiovisuel et entrepreneur, celui qui a longtemps été connu sous le nom de Malik Chou évolue depuis près de 20 ans dans l’audiovisuel. Contacté par la rédaction de Laura Dave Média le 18 septembre 2026, il revient sur les étapes qui ont façonné son parcours, les réalités d’un métier souvent réduit à l’image finale et le rôle qu’il entend continuer à jouer dans la transmission et la préservation de la mémoire culturelle.
De l’entretien à la réalisation, un parcours qui commence loin des caméras
Lorsqu’il arrive à Équinoxe Télévision, Cédric Chouna n’entre pas dans le monde de l’audiovisuel avec une caméra entre les mains. Il y travaille d’abord comme agent d’entretien, une expérience qui va pourtant devenir le point de départ d’une longue aventure professionnelle.
«Avant de parler de photographie ou même de réalisation, je dirais surtout que je suis quelqu’un qui s’est construit dans le temps et sur le terrain. Mon parcours dans l’audiovisuel a commencé à Équinoxe Télévision, mais pas derrière une caméra. J’y suis arrivé comme agent d’entretien… Je lavais bureaux et studios pour gagner ma vie. À un moment, mon employeur m’a posé une question qui a beaucoup changé ma manière de voir les choses : “Que savez-vous faire depuis que vous êtes ici, monsieur ?” Cette question m’a poussé à me demander ce que j’étais réellement en train de construire. J’ai commencé à observer les professionnels qui étaient mes aînés, pour certains venant des chaînes comme TV Max et autres, à apprendre, à pratiquer et progressivement à prendre ma place dans cet univers.
Aujourd’hui, cela fait près de 20 ans que j’évolue dans l’audiovisuel. La photographie est arrivée plus tard, en 2016.»

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Apprendre en observant ceux qui étaient déjà là
Derrière cette évolution, Cédric Chouna cite plusieurs professionnels qui ont contribué à sa formation.
« Je ne suis pas arrivé dans l’audiovisuel avec un grand plan de carrière déjà écrit. C’est justement ce qui rend mon parcours particulier.
En entrant à Équinoxe Télévision comme agent d’entretien, j’ai découvert progressivement cet univers grâce à des personnes bienveillantes, pour la majorité, comme Monsieur Samuel TCHOUFA (Père Ringo), Simplice NOUMO, Nadine NGOUANFO, Emmanuel WAPPI, Narcisse OUM, pour ne citer que ceux-là, qui m’ont transformé en technicien polyvalent. J’ai regardé ces professionnels travailler, j’ai appris en observant, puis j’ai cherché à comprendre comment fonctionnait réellement ce métier.
Petit à petit, j’ai compris qu’une caméra pouvait être beaucoup plus qu’un appareil : elle pouvait devenir un outil pour raconter, transmettre, informer et conserver la mémoire. »
Quand l’image devient un moyen de faire revivre une mémoire
Cette conception du métier prend une dimension particulière lorsqu’il évoque certaines émissions auxquelles il a participé comme réalisateur. Il cite notamment VERSUS, programme d’Équinoxe TV qui, selon lui, a permis de remettre en lumière des artistes aujourd’hui largement absents des médias.
« Justement, discutant cette semaine avec un autre aîné, Monsieur Junior ABENA, qui reconnaissait l’un des programmes (VERSUS) d’Équinoxe TV dans lequel j’interviens comme réalisateur comme une émission qui redonne vie à certains artistes complètement oubliés des médias, comme les regrettés NKODO SITONY, ANGE EBOGO EMERENT, PENDA NDALE ou MAURICE NJOUME, dont les émissions ont été réalisées et qui sont aujourd’hui disponibles sur internet. C’est aussi là que je vois mon apport à la culture. À travers les reportages, ces émissions, les événements et les différents contenus que j’ai réalisés, j’ai participé à documenter des personnes, des histoires, des événements et des expressions de notre société. Vous voyez que l’image permet de laisser une trace. »
Derrière quelques minutes d’images, des heures de travail
Le public découvre généralement le résultat final. Mais avant ces quelques secondes ou quelques minutes d’images, le vidéaste doit composer avec la préparation, la technique, les déplacements et parfois les imprévus.
« Le public voit généralement les quelques secondes ou les quelques minutes finales. Il ne voit pas tout ce qui se passe avant. Il y a la préparation, la compréhension du sujet, le cadrage, la lumière, le son, les réglages, les déplacements, les intempéries, parfois les imprévus techniques, les bugs de collaboration, puis tout le travail de sélection et de montage. Et surtout, il y a une chose qu’on ne voit pas : la responsabilité. Quand tu es derrière une caméra, tu dois être capable de raconter quelque chose correctement, parfois dans des conditions difficiles et avec très peu de marge d’erreur. Une belle image n’est donc pas seulement une question de matériel. C’est une combinaison entre la compétence, l’expérience, la préparation et la capacité à résoudre les problèmes. »

Au Cameroun, vivre de l’image passe aussi par la professionnalisation
Si les outils audiovisuels sont aujourd’hui plus accessibles, leur possession ne suffit pas, selon lui, à faire de quelqu’un un professionnel. Cédric Chouna insiste notamment sur la formation pratique et la structuration du secteur.
« Je pense qu’il faut agir sur plusieurs choses. D’abord, la formation pratique. Beaucoup de personnes possèdent aujourd’hui un smartphone ou une caméra, mais posséder l’outil ne signifie pas forcément maîtriser le métier. Ensuite, il faut développer davantage la culture professionnelle : savoir préparer un projet, comprendre les besoins d’un client, constituer un portfolio, fixer ses tarifs, respecter ses engagements et surtout apporter une vraie valeur. Il y a également un travail de structuration du secteur à poursuivre. Mais je crois surtout que les vidéastes eux-mêmes doivent comprendre qu’ils ne vendent pas simplement “une vidéo”. Ils vendent une compétence, une expérience, une capacité à raconter une histoire et à résoudre un problème avec l’image. »
Quand la caméra refuse de fonctionner, il faut savoir trouver une solution
Les contraintes techniques constituent également une réalité quotidienne.
« Pour moi, c’est probablement de devoir rester performant malgré les imprévus. Dans l’audiovisuel, tout peut changer très rapidement. Un matériel peut tomber en panne, la lumière peut changer, le temps peut manquer, un client peut modifier une demande au dernier moment. J’ai d’ailleurs vécu une situation qui m’a beaucoup marqué : lors d’une prestation importante, un publi-reportage, ma caméra a soudainement refusé ma carte mémoire. J’avais pourtant un smartphone et un micro-cravate avec moi “au cas où”. J’ai finalement pu assurer la prestation avec cette solution, le client a validé le résultat et le contrat avec notre boîte a été sauvé.
Cette expérience m’a rappelé quelque chose d’essentiel : le matériel peut vous lâcher. La compétence, elle, doit vous permettre de trouver une solution. »
Transmettre à son tour ce que le terrain lui a appris
Après près de deux décennies dans l’audiovisuel, Cédric Chouna souhaite continuer à apprendre, à créer et surtout à transmettre.
« Je veux continuer à évoluer dans la réalisation audiovisuelle, tout en développant davantage la transmission. Je souhaite accompagner des personnes qui veulent apprendre la vidéo de manière concrète et comprendre qu’elles peuvent faire de cette compétence une véritable activité. En tout cas, moi, ça m’a fait aller à l’étranger, moi qui y suis entré comme agent d’entretien, en plus de m’ouvrir plein d’autres portes, et je vois les aînés et d’autres jeunes venus après moi faire le tour du monde et faire de belles rencontres. Je souhaite également continuer à développer mes productions, travailler sur des projets audiovisuels plus ambitieux, documenter davantage notre environnement culturel et saisir des opportunités au-delà du Cameroun. Mais au fond, mon objectif reste assez simple : continuer à créer, continuer à apprendre et transmettre ce que j’ai appris à ceux qui veulent à leur tour prendre leur place derrière une caméra et tutoyer le monde. »
L’agent d’entretien qui découvrait les coulisses d’une télévision au réalisateur qui cherche aujourd’hui à préserver des histoires par l’image, Cédric Chouna mesure surtout le chemin parcouru.

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Muriel Yanga








