Depuis le 30 mai et ce jusqu’au 30 juin 2026, la galerie d’art BATATEDI, située à Douala, près du rond-point Deïdo, accueille Média-Mania, une exposition née de la collaboration entre les artistes El Psyk et Akiba Lomni. À travers des œuvres riches en symboles, les deux créateurs invitent le public à réfléchir à la place de la communication dans nos vies, à l’omniprésence des médias et à l’impact des signaux qui façonnent notre rapport au monde.

Une exposition née d’un questionnement sur la communication
À l’origine de Média-Mania, il y a une réflexion profonde sur l’omniprésence des messages et la manière dont les individus interagissent avec eux. Contacté par la rédaction de Laura Dave Média, El Psyk explique que le projet est parti d’une observation simple mais fondamentale :
« Nous sommes partis sur un constat : la saturation des signaux et l’interaction presque prescrite au public face à ces derniers. La réactivité face au signal et ce besoin compulsif de communiquer… »
Pour l’artiste, communiquer relève d’un instinct primaire qui participe à la construction de l’identité humaine.

📺𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Une interrogation qui rejoint celle de sa collaboratrice Akiba Lomni : « Le projet d’exposition artistique Média-Mania est né de façon un peu compulsive, suite à de profonds questionnements qu’on développait El Psyk, mon collaborateur, et moi, sur la communication, dans toutes ses formes et dans l’espace temps et ses influences sur l’humanité. »

De la musique à l’art visuel : une collaboration naturelle
Avant de partager les cimaises de BATATEDI, les deux artistes partageaient déjà un univers commun : la musique.
El Psyk raconte que leur rencontre artistique s’est construite autour de la production du dernier album d’Akiba Lomni : « C’est Akiba qui m’initie à la peinture. Avec la complicité qu’on avait déjà avec la musique, la transposition était naturelle car la musique et la peinture se ressemblent un peu dans les processus de création. »
Akiba Lomni confirme cette continuité créative : « Nous nous sommes connus à la descente d’une de mes prestations au Domaf et avons décidé de travailler sur mon dernier album Mouton Noirata dont il a été le producteur et ingénieur principal du son. Par la suite notre feeling artistique a fait que l’art visuel/plastique s’y est aussi mêlé. »

Communication, désinformation et pouvoir des médias
À travers les œuvres exposées, les artistes abordent plusieurs problématiques contemporaines : la désinformation, le buzz, la censure, les réseaux sociaux et le rôle des médias dans la société. Pour El Psyk, les mutations technologiques et le contexte mondial actuel imposent une réflexion sur l’utilité réelle des médias : « Au vu de la situation mondiale et du chaos qui règne, il serait intéressant de savoir à quoi nous servent réellement ces médias et peut-on communiquer sur tout ? Ce qui pose le problème de la censure. » L’artiste considère les créateurs comme des observateurs du « signal », cherchant à comprendre ce qui motive les flux d’informations qui traversent les sociétés.
De son côté, Akiba Lomni insiste sur le caractère fondamental de la communication dans la construction collective : « La communication reste la pièce mère de la construction du monde dans lequel nous vivons mais aussi cette pièce-là qui peut détruire le puzzle de cette construction si elle est mal placée ou si elle est retirée. »




Une invitation à questionner les rapports humains
Au-delà des médias eux-mêmes, Média-Mania pousse les visiteurs à examiner la qualité des relations humaines à l’ère de l’hyperconnexion. Selon El Psyk : « La communication a toujours été un outil très puissant. Elle peut construire ou détruire des civilisations entières du fait de son authenticité ou d’une propagande malsaine. » Les œuvres présentées ouvrent ainsi la voie à de multiples interprétations, laissant chacun libre de décoder les messages selon sa propre sensibilité. « Des fois on parle pour ne rien dire, et à côté il y a des silences aussi bruyants qu’un vacarme. Mais le message finit toujours par passer et chacun peut interpréter à sa façon ».
Sensibiliser les jeunes générations
L’exposition porte également une dimension pédagogique et citoyenne. Akiba Lomni espère notamment éveiller les consciences des plus jeunes face aux enjeux de la communication moderne. « J’espère derrière ce travail provoquer chez les plus jeunes une prise de conscience sur l’importance de comprendre le large spectre de la communication afin de s’en servir au profit de l’évolution et de l’éveil de notre psyché, de notre société, de notre monde et même de notre spiritualité. » Cette volonté de transmission traverse l’ensemble du projet, où l’art devient un outil de réflexion autant qu’un moyen d’expression.
Une expérience avant tout humaine et artistique
Ni El Psyk ni Akiba Lomni ne parle véritablement de défis rencontrés durant la création. Les deux artistes préfèrent évoquer un processus de découverte et d’exploration. Pour El Psyk, il s’agit avant tout d’une résonance avec son environnement : « Je suis juste en résonance avec la nature… Avec le signal. » Akiba Lomni, elle, revendique une approche spontanée et sincère : « Je préfère juste profiter pleinement de cette connexion que je vis avec Média-Mania, comme cette passionnée qui se contente juste de transmettre. »
Jusqu’au 30 juin 2026, Média-Mania offre au public de Douala et d’ailleurs une expérience artistique immersive où communication, médias et condition humaine se rencontrent. À travers leurs regards croisés, El Psyk et Akiba Lomni invitent chacun à questionner les signaux qui façonnent notre époque et notre manière d’être au monde.

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Benjamin NOAH








