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Semaine des Icônes de la Presse au Cameroun, Réflexions et rigueur autour de « La Signature »

Dans le cadre de la 2ᵉ édition de la Semaine des icônes de la presse au Cameroun, organisée à l’Hôtel Onomo de Bonanjo à Douala, la journée du samedi 26 septembre a été marquée par un hommage au grand reporter sportif Abel Mbengue et par une intense session de formation et d’échanges consacrée sous le thème central « La Signature ». Réunissant des étudiants en journalisme, de jeunes reporters et des professionnels chevronnés des médias, la rencontre a permis de dresser un état des lieux exigeant des métiers de l’information face aux défis de l’éthique, de la désinformation et des mutations numériques.

La vulnérabilité numérique peut devenir une vulnérabilité démocratique

En ouvrant officiellement les travaux de cette journée, la Déléguée Régionale de la Communication pour le Littoral, Madame Marie-Laure DJIN SOPPO NDONGO épse. MOUKOKO, a replacé la rencontre sous le signe de la responsabilité sociale des médias. À l’approche des échéances électorales, elle a mis en garde contre la propagation des discours de haine et des fausses informations (infox) qui menacent la cohésion sociale et la stabilité de la nation. Dans un paysage reconfiguré par les plateformes numériques, elle a souligné :
« une vulnérabilité numérique peut quasiment devenir une vulnérabilité démocratique ».

Ceci, si le journaliste ne conserve pas un esprit critique affûté. Saluant la célébration d’Abel Mbengue pour son professionnalisme et sa distance constante avec les faits, elle a invité la jeune génération à promouvoir une écriture journalistique rigoureuse, soucieuse de la déontologie, axée sur la vérification systématique et la recherche de solutions.

Semaine des Icônes de la Presse au Cameroun, Réflexions et rigueur autour de « La Signature »

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Alain Blaise Batongue, la signature comme contrat de rigueur, d’éthique et de responsabilité

Animateur de la leçon inaugurale, l’ancien directeur de publication du quotidien Mutations, Alain Blaise Batongue(ABB), a détaillé les trois dimensions clés de la signature journalistique :

  1. La valeur juridique : elle authentifie le document et engage la responsabilité de l’auteur sur les plans civil et pénal devant la justice.
  2. L’engagement moral : elle scelle un contrat de confiance permanent avec le public.
  3. L’acte d’identification : par lequel le reporter assume la paternité de son travail d’enquête.

Alain Blaise Batongue s’est montré particulièrement véhément à l’égard des pseudonymes.
« Privilégier des pseudonymes est un acte de lâcheté. Je le dis cash […] Un journaliste qui se respecte n’utilise pas le pseudonyme, un média qui se respecte n’encourage pas les pseudonymes ».

Il a rappelé que la loi sur la communication sociale applique d’ailleurs une peine aggravée aux articles signés sous pseudonyme en cas de condamnation. De plus, il a également dispensé plusieurs conseils pratiques pour construire une signature solide :

  1. Garder sa distance avec les sources : ne pas se laisser instrumentaliser par les communicants (spin doctors) et éviter la simple reprise des dossiers de presse.
  2. L’intelligence artificielle comme appui, non comme rédacteur : l’IA peut aider à la recherche documentaire, mais la pensée et la rédaction doivent rester humaines.
  3. Rejet du plagiat et de la concurrence déloyale : il a condamné la vente d’un même article à plusieurs journaux concurrents sous des identités d’emprunt, qualifiant cette pratique de concurrence déloyale.
Dans le cadre de la 2ᵉ édition de la Semaine des icônes de la presse au Cameroun, organisée à l'Hôtel Onomo de Bonanjo à Douala

Monique Ngo Mayag (AFP, Dakar), dans les coulisses du journalisme d’agence

Intervenant depuis le bureau de l’Agence France-Presse (AFP) à Dakar, Monique Ngo Mayag a présenté le fonctionnement d’une agence de presse, qu’elle décrit comme un « grossiste de l’information » fournissant du contenu vérifié aux médias détaillants. Elle a déconstruit plusieurs préjugés associés à ce métier :

  1. Une diversité de formats : la production va des alertes ultra-courtes aux papiers d’analyse très développés dépassant 800 mots.
  2. L’approche multimédia : l’agence combine le texte, la photographie, la vidéo, le fact-checking et les podcasts spécialisés comme Sur le fil.
  3. Un circuit de contrôle strict : chaque dépêche passe par plusieurs relectures croisées (collègues, direction de bureau, desks régionaux) pour minimiser l’erreur.

Elle a également évoqué le « bâtonnage » (la réécriture des dépêches par les rédactions clientes), déplorant le copier-coller passif et l’absence d’enrichissement critique observés chez certains diffuseurs.

Awa Seydou Traoré (Mauritanie) : Le journalisme de solution (SoJo), une investigation constructive

Depuis la Mauritanie, Awa Seydou Traoré a présenté le Journalisme de Solution (SoJo), une démarche visant à dépasser la couverture uniquement anxiogène des problèmes pour mettre en lumière des réponses concrètes et impactantes. Elle a précisé que le SoJo n’est pas de la promotion, mais une véritable investigation structurée autour de 5 critères fondamentaux :

  1. La mise en contexte rigoureuse du problème.
  2. L’analyse de l’initiative concrète de réponse.
  3. L’explication étape par étape du processus de résolution.
  4. La présentation de preuves d’impact chiffrées.
  5. La prise de recul critique sur les limites et les faiblesses de la solution.

Elle a illustré son exposé par des reportages de terrain (autonomisation financière des personnes vivant avec un handicap, projet Waka de lutte contre l’érosion côtière), tout en mettant en avant le rôle du smartphone pour réaliser et monter ces sujets en toute autonomie.

Esdras Michaël Ndamyen (Centrafrique), le fact-checking au défi des périodes de crise

Le volet consacré à la vérification des faits a été animé par Esdras Michaël Ndamoyen, cofondateur du média spécialisé AFC en Centrafrique. Il a expliqué qu’en période de crise (élections, conflits, pandémies), l’incertitude et la forte charge émotionnelle favorisent la propagation rapide des rumeurs.
« l’information court plus vite que la vérité », rappelle l’intervenant.

Il a par ailleurs souligné que le défi principal du fact-checker est d’agir vite sans jamais sacrifier la rigueur méthodique. Face aux images décontextualisées et aux contenus manipulés par l’intelligence artificielle, il a détaillé les réflexes d’analyse nécessaires pour démonter la désinformation et garantir le droit du public à des faits authentiques.

Après ces exposés captivants et une série d’échanges riches entre les étudiants, les reporters et les panélistes, la session s’est achevée. Cette rencontre d’apprentissage s’inscrivait au cœur de la 2ᵉ édition de la Semaine des icônes de la presse au Cameroun, qui se déroule du 21 au 28 septembre 2026. C’est dans une ambiance chaleureuse, empreinte d’échanges et de bonne humeur, que les participants et les intervenants ont conclu la soirée, scellant le passage de témoin entre les générations de journalistes.

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Eddy Senga

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