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À 88 ans, elle danse toujours pieds nus, le destin fou de Mariam Bagayoko

Pieds nus, une ceinture de coquillages autour de la taille, Mariam Bagayoko continue de faire vibrer les scènes maliennes à 88 ans. Surnommée le “rossignol de Beledougou”, la chanteuse et danseuse malienne vient d’être distinguée à Londres pour l’ensemble de sa carrière, consacrant des décennies dédiées à la préservation d’un patrimoine musical rural méconnu.

Mariam Bagayoko, une vie entière dédiée aux traditions du Beledougou

Mariam Bagayoko a consacré plusieurs décennies de sa vie à faire connaître, au Mali comme à l’étranger, des traditions musicales parfois méconnues du grand public. Originaire de la région du Beledougou, dans le centre-ouest du pays, réputée pour ses traditions musicales rurales, elle a bâti toute sa carrière autour de la transmission de ce patrimoine local. Aujourd’hui encore, à 88 ans, elle continue de se produire sur scène, notamment au Palais de la culture de Bamako, avec une énergie qui surprend par rapport à son âge.

Avant chaque chant, l’artiste observe un rituel empreint de respect. Elle joint les mains derrière le dos en signe de déférence envers les esprits protecteurs et les griots, gardiens traditionnels de la parole en Afrique de l’Ouest. Elle entonne ensuite de puissants chants en bambara, évoquant notamment les rassemblements villageois qui se tenaient autrefois au clair de lune, une image forte de la vie communautaire rurale malienne.

Ce parcours exceptionnel lui a valu d’être surnommée le “rossignol de Beledougou”, un hommage à la portée et à la force de sa voix, mais aussi à son rôle de gardienne d’une mémoire musicale collective.

À 88 ans, elle danse toujours pieds nus, le destin fou de Mariam Bagayoko

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Le yabara et le n’goussoumbala, les instruments fétiches de Mariam

Le concept artistique de Mariam Bagayoko repose sur deux instruments emblématiques de sa région natale. Dans sa main droite, elle agite un yabara, une percussion traditionnelle constituée d’une grande calebasse remplie de graines séchées, dont le crépitement rythme ses chants. Ses sonorités se marient aux notes graves du n’goussoumbala, un grand balafon caractéristique du Beledougou, qui apporte une profondeur mélodique à ses performances.

Cette combinaison instrumentale, typique des traditions musicales rurales de cette région du centre-ouest malien, constitue la signature artistique de la chanteuse depuis plusieurs décennies. Loin des productions modernes et des arrangements électroniques qui dominent aujourd’hui la scène musicale africaine, Mariam Bagayoko a fait le choix de rester fidèle à un patrimoine ancestral, porté par des instruments acoustiques et des chants transmis de génération en génération.

Ce travail de préservation a été salué fin 2025 par un prix récompensant l’ensemble de sa carrière lors des Aga Khan Music Awards à Londres. Elle figurait parmi les onze lauréats retenus sur plus de 400 candidats venus d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Europe, un jury où siégeaient notamment la chanteuse malienne Oumou Sangaré et le spécialiste catalan de musique ancienne, Jordi Savall.

Pieds nus, une ceinture de coquillages autour de la taille, Mariam Bagayoko continue de faire vibrer les scènes maliennes à 88

Mariam Bagayoko, une inspiration pour l’Afrique et les femmes du continent

Au-delà de la reconnaissance internationale, le parcours de Mariam Bagayoko résonne comme une source d’inspiration pour tout le continent, et en particulier pour les femmes africaines. À 88 ans, elle démontre qu’il n’existe pas d’âge limite pour continuer à créer, transmettre et faire rayonner sa culture, à contre-courant d’une industrie musicale souvent tournée vers la jeunesse et les tendances éphémères.

Le jury des Aga Khan Music Awards a d’ailleurs particulièrement salué son engagement dans la préservation et la transmission du patrimoine musical malien, notamment auprès des femmes et des jeunes filles de sa région. Une dimension essentielle de son travail, qui dépasse la simple performance scénique pour s’inscrire dans une véritable démarche de transmission intergénérationnelle et de valorisation du rôle des femmes dans la culture traditionnelle.

De Bamako à Londres, l’histoire de Mariam Bagayoko rappelle que le patrimoine culturel africain regorge de figures discrètes mais essentielles, qui œuvrent loin des projecteurs pour préserver des savoirs menacés de disparition. Mariam, incarne ainsi une forme de résistance culturelle tranquille, portée par la fierté d’une région et la conviction que la tradition n’est pas figée dans le passé, mais bien vivante.

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Eddy Senga

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