Après avoir conquis les scènes d’Europe, des Antilles et d’Afrique, le spectacle “Bikutsi 3000” porté par l’artiste camerounais Blick Bassy, pose ses valises à Abidjan. Une fresque chorégraphique et afro-féministe qui place les femmes africaines au cœur de l’histoire. Entre résistance, mémoire coloniale et futur réinventé.
Bikutsi 3000, un spectacle itinérant qui traverse l’Afrique et le monde
Créé en 2022 dans le cadre d’une carte blanche offerte par le musée du Quai Branly à Paris, “Bikutsi 3000” est un spectacle pluridisciplinaire mêlant danse, musique, vidéo et récit. L’œuvre s’appuie sur le bikutsi, une tradition musicale et chorégraphique camerounaise pratiquée historiquement par les femmes beti pour soulager les maux du corps et de l’esprit. À travers cinq tableaux, le spectacle traverse cinq pays colonisés par l’Allemagne entre 1885 et une date fictive de libération totale du continent, portée par une armée de femmes dont la seule arme est la danse.
Depuis sa création, la fresque a déjà conquis plusieurs scènes en Europe, aux Antilles et sur le continent africain, se produisant notamment à Cologne et à Bordeaux. Elle arrive désormais en Côte d’Ivoire, où elle sera présentée le 11 septembre prochain au Yelam’s, à Treichville, pour une date unique. Une étape ivoirienne particulièrement attendue, qui confirme la dimension panafricaine d’un spectacle pensé, dès l’origine, comme une œuvre itinérante destinée à voyager d’un continent à l’autre.

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Pourquoi les femmes sont au cœur du récit de Blick Bassy
Dans “Bikutsi 3000”, les femmes ne sont pas de simples figurantes : elles sont reines, guerrières, prêtresses, conteuses et chorégraphes. Blick Bassy a construit tout son récit autour de la figure d’une reine légendaire, menant à travers les siècles une résistance contre le colonialisme et toute forme d’impérialisme, à la tête d’une armée exclusivement féminine. Ce choix n’est pas anodin. Il s’appuie directement sur le bikutsi, une danse traditionnellement réservée aux femmes beti, utilisée depuis des générations comme un outil de guérison et de libération intérieure.
En confiant également la chorégraphie du spectacle à plusieurs femmes issues de la danse africaine et du hip-hop, l’artiste camerounais prolonge cette démarche jusque dans la création elle-même, faisant des interprètes de véritables actrices de l’émancipation qu’elles incarnent sur scène. Le message est clair. Dans cette Afrique réinventée, ce sont les femmes qui portent la mémoire, transmettent les savoirs et inventent l’avenir.
Une manière, pour Blick Bassy, de rappeler que les luttes africaines pour la dignité et l’émancipation ont toujours été, historiquement, largement portées par des femmes, trop souvent effacées des récits officiels.

Blick Bassy et sa vision afro-futuriste de la création
Né Bassy Olama Blick en 1974 à Yaoundé, Blick Bassy grandit en partie au village de Mintaba, en pays bassa, où il découvre très jeune les rythmes traditionnels transmis par les musiciens locaux. Adolescent, il fonde son premier groupe avant de créer, en 1996, Macase, formation qui mêle jazz, soul et sonorités bantoues et qui le fait connaître au Cameroun puis à l’international. En 2005, il s’installe en France et entame une carrière solo marquée par cinq albums, dont 1958, consacré à l’indépendance camerounaise et récompensé par le Grand Prix Sacem des musiques du monde en 2019.
Chanteur, auteur, compositeur, guitariste et également romancier, Blick Bassy défend depuis toujours une vision afro-futuriste de la création, mêlant sonorités traditionnelles et modernité, mémoire coloniale et projection vers l’avenir. Cette exigence artistique, portée par la conviction que l’Afrique doit se réapproprier ses propres récits pour inventer son futur, fait de lui l’un des artistes les plus singuliers de sa génération. Dans un contexte où le continent cherche encore à s’affranchir des représentations imposées de l’extérieur, des artistes comme lui rappellent l’urgence de créer depuis l’intérieur, à partir de ses propres traditions et de sa propre mémoire.
Avec “Bikutsi 3000”, Blick Bassy offre à Abidjan bien plus qu’un spectacle. Mais une relecture de l’histoire africaine portée par les femmes. Une étape ivoirienne qui confirme, une fois de plus, la capacité de l’artiste camerounais à faire dialoguer mémoire, résistance et futur sur les scènes du monde entier.

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