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Deïdo Mbimbey : le pianiste camerounais qui a appris la musique « dans la clandestinité » et veut redonner ses lettres de noblesse aux instrumentistes africains

Pianiste au parcours atypique, Deïdo Mbimbey s’est confié sur une aventure musicale façonnée entre les rues de Douala, les sonorités africaines et les influences du monde. Dans un échange placé sous le signe du partage, l’auteur-compositeur camerounais revient sur son apprentissage autodidacte du piano, son univers artistique singulier, mais aussi sur ses préoccupations face aux nouveaux défis de la création musicale, notamment l’essor de l’intelligence artificielle et le manque d’espaces dédiés aux artistes sur le continent. Une rencontre où la passion, la mémoire et la transmission occupent une place centrale.

Un piano trouvé entre passion, débrouillardise et transmission

Le piano n’était pas forcément destiné à devenir son instrument de prédilection. Pour Deïdo Mbimbey, ce choix est né d’un parcours semé d’obstacles, loin des conservatoires et des formations classiques. Originaire de Douala, l’artiste explique avoir découvert la musique dans les quartiers, au contact des rythmes traditionnels et des aînés musiciens. « La musique m’accompagne depuis mon enfance dans les quartiers comme Deïdo Bonamoussadi. J’accompagnais beaucoup d’artistes au Cameroun et en France, et cela m’a beaucoup enseigné pour aujourd’hui trouver ma voix et mon chemin. »

Deïdo Mbimbey : le pianiste camerounais qui a appris la musique « dans la clandestinité » et veut redonner ses lettres de noblesse aux instrumentistes africains

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Mais l’accès au piano reste un défi. « Le piano coûte très cher. Ce n’est pas un parent africain qui va forcément te l’acheter, parce que jusqu’aujourd’hui la musique n’est pas toujours considérée comme un métier. » C’est finalement au collège Alfred Saker de Douala que son destin bascule. Fasciné par les grands élèves qui jouent de cet instrument, il apprend en observant, en reproduisant les gestes et les accords. « Il y avait un piano au troisième étage du collège. Les élèves de troisième y avaient accès. Moi, j’allais regarder comment les aînés jouaient. On profitait pour voler un accord, on regardait comment ils faisaient. » Un apprentissage qu’il décrit comme « clandestin », mais qui va forger son identité musicale.

Un style entre héritage africain et influences du monde

Avec son piano, Deïdo Mbimbey refuse les frontières musicales. Son univers mélange les sonorités africaines, notamment camerounaises, et des influences venues d’ailleurs. À ceux qui associent parfois le piano à une musique éloignée des réalités africaines, l’artiste répond par son parcours. « Quand on a appris la musique comme moi, de manière clandestine et atypique, on est nourri de tout l’environnement musical qui nous entoure. »

Il cite notamment les influences qui ont bercé son enfance : « À la maison, les musiques de Francis Bebey, Manu Dibango, E-Rosevelt nous ont bercés. On écoutait aussi Julio Iglesias, Charles Aznavour, du jazz… C’est normal qu’un enfant en quête de devenir musicien puisse avoir ce genre de sonorités. » Son premier album Longue, sorti en 2023, illustre cette volonté de créer une musique ouverte sur le monde. « Je me retrouve dans l’Afrique parce que dans mon album, ce sont des rythmes africains, pas seulement camerounais, mais aussi de la musique du monde. »

Pianiste au parcours atypique, Deïdo Mbimbey s’est confié sur une aventure musicale façonnée entre les rues de Douala, les

« Itaba » : dénoncer l’hypocrisie à travers la musique

Au cours de l’émission, Deïdo Mbimbey présente son titre « Itaba », une chanson qui aborde les blessures humaines et les relations difficiles. Le morceau dénonce notamment les comportements cachés de certaines personnes dans l’entourage. « L’introduction en français, c’est l’hypocrisie. C’est pour dénoncer ces personnes avec qui on partage le quotidien, avec qui on entreprend des choses, mais qui, derrière, nous poignardent. » Pour composer, l’artiste explique que son instrument reste au centre du processus créatif. « Le piano, c’est l’élément essentiel. Je commence à faire des accords, une petite boucle, puis je commence à mettre des paroles. »

Un hommage aux anciens et une défense des vrais instrumentistes

Deïdo Mbimbey revendique l’héritage des grands musiciens africains qui l’ont inspiré. « On s’inspire toujours des anciens et moi je suis de ceux qui reconnaissent ce travail. » Mais le pianiste alerte aussi sur la disparition progressive des instrumentistes traditionnels face aux nouvelles technologies. « Il y a une nouvelle génération qui ne sait plus jouer d’un instrument. Il suffit parfois d’un ordinateur et d’une souris. » Selon lui, la maîtrise d’un instrument reste une force essentielle. « Nous, on a appris à l’oreille, sans lire, et ça nous a forgés. Aujourd’hui, nous pouvons affronter tous les terrains. »

Intelligence artificielle : « C’est une bagarre » pour les musiciens

Interrogé sur l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la création artistique, le musicien camerounais ne cache pas ses inquiétudes. « L’intelligence artificielle est en train de tuer le métier de studio. » Mais il refuse de baisser les bras. « Nous, on ne va pas baisser les bras. C’est une bagarre. » Pour lui, l’humain garde une valeur irremplaçable, notamment sur scène.

Le cri d’alarme d’un artiste : « La musique au Cameroun est en danger »

Au-delà de son parcours personnel, Deïdo Mbimbey évoque les difficultés structurelles auxquelles font face les artistes africains. Il pointe notamment le manque d’infrastructures culturelles. « La place de la musique au Cameroun est en danger. Il n’y a pas de salles de concert, il n’y a rien. Il y a surtout des bars, mais je ne pense pas qu’on puisse écouter tous les styles de musique dans un bar. » Pour lui, le développement artistique passe par la création d’espaces adaptés. « On doit écouter les musiciens dans des endroits dédiés. »

« Les femmes de mon village » : une nouvelle page musicale dévoilée

Lors de ce passage, Deïdo Mbimbey a également offert une exclusivité aux auditeurs avec un extrait de son prochain projet : « Les femmes de mon village ». Une chanson hommage à la beauté, à la force et à l’âme des femmes de son environnement. À travers cette nouvelle création et son album Longue, le pianiste camerounais poursuit son ambition : faire entendre une musique africaine riche, ouverte et profondément humaine.

Deïdo Mbimbey trace ainsi sa route, entre mémoire, innovation et défense d’un art où l’instrument reste au cœur de l’émotion.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire

Diane Laure MISSEKOU

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