Le 16 septembre 2026, “La Noire de…”, premier long métrage d’Ousmane Sembène, sera projeté à Paris à la Maison de la Conversation, suivi d’un débat. Soixante ans après sa sortie, ce film pionnier du cinéma africain continue d’alimenter les discussions sur la mémoire coloniale et la représentation.
“La Noire de…”, un film sur l’exil, le racisme ordinaire et la dignité perdue
“La Noire de… “ raconte l’histoire de Diouana, une jeune Sénégalaise embauchée comme aide à domicile par un couple français installé à Dakar. Lorsque ses employeurs rentrent en France, elle les suit jusqu’à Antibes, pensant enfin découvrir ce pays qui la fait rêver. Sur place, elle découvre l’isolement, le mépris et un quotidien réduit aux tâches ménagères, jusqu’à un dernier geste de résistance radical. Le scénario s’inspire d’un fait divers, le suicide d’une employée de maison africaine, et d’une nouvelle tirée du recueil “Voltaïque” de Sembène lui-même.
Coproduction franco-sénégalaise sortie en 1966 et portée par l’actrice Mbissine Thérèse Diop, le film reçoit la même année le Prix Jean Vigo et le Tanit d’or lors de la toute première édition des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC). Présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, il vaut à Sembène d’être invité comme membre du jury du festival l’année suivante. Il est aujourd’hui largement considéré comme le premier long métrage d’Afrique subsaharienne réalisé par un cinéaste africain. La projection parisienne du 16 septembre, organisée avec le média ging.her, sera suivie d’un temps d’échange avec le public.

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Ousmane Sembène, du chantier naval aux plateaux de cinéma
Né en 1923 au Sénégal et mort en 2007, Ousmane Sembène est aujourd’hui surnommé le “père du cinéma africain”, mais son parcours commence loin des plateaux de tournage. Docker et syndicaliste à Marseille, mobilisé durant la Seconde Guerre mondiale, il se forme seul à l’écriture et publie en 1960 le roman “Les Bouts de bois de Dieu”, consacré à une grève des cheminots ouest-africains. Convaincu que le cinéma peut toucher un public que l’écrit, en Afrique, laisse de côté à cause de l’analphabétisme, il part se former à Moscou avant de réaliser, la quarantaine passée, son premier long métrage : “La Noire de…”.
Le film a un impact qui dépasse largement sa sortie en salle. C’est en le découvrant à Cannes que le Tunisien Tahar Cheriaa, en train de lancer les Journées Cinématographiques de Carthage, invite Sembène à l’accompagner dans cette aventure, donnant au festival sa dimension panafricaine. Sembène poursuivra ensuite une œuvre engagée, à travers des films comme “Xala”, “Ceddo” ou “Moolaadé”, s’attaquant tour à tour au colonialisme, à la corruption postcoloniale et aux traditions patriarcales.

Un miroir toujours actuel
Soixante ans après sa sortie, les thèmes de “La Noire de…” qui sont l’exploitation du travail domestique, le racisme ordinaire et la perte d’identité loin de chez soi, restent d’une actualité frappante pour de nombreuses diasporas africaines en Europe. Le film rappelle aussi qu’une œuvre née de l’urgence et de l’expérience vécue, plus que des moyens de production, peut marquer durablement l’histoire d’un cinéma.
Cette projection s’inscrit dans un mouvement plus large de relecture de la mémoire et des archives africaines, que l’on retrouve aussi bien dans l’exposition de l’UNESCO consacrée à l’Histoire générale de l’Afrique que dans les travaux sur la restitution des archives filmiques du continent.
Soixante ans après sa sortie, “La Noire de…” continue de poser, à Paris comme ailleurs, les questions de dignité et de représentation qu’il avait été l’un des premiers films africains à mettre en images.

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Eddy Senga








