Être une mère dévouée sans renoncer à sa propre vie ni à son autonomie financière, c’est le combat intérieur livré par Rita Monkam. À travers une confession, elle met en garde contre l’abnégation poussée à l’extrême qui pousse trop de femmes à s’oublier elles-mêmes.
Rita Monkam raconte l’épuisement silencieux des mères
Rita Monkam pointe du doigt cette habitude universelle chez les mères de famille, celle d’honorer scrupuleusement chaque engagement pris envers l’extérieur tout en reléguant ses propres aspirations aux oubliettes. Mère désireuse d’être présente pour ses enfants sans perdre sa liberté financière, elle a passé des années à répondre présente pour les siens au mépris total de son état de fatigue. Elle décrit ce mécanisme où l’on reporte indéfiniment son bien-être :
« J’étais là pour mes enfants, même quand j’étais épuisée, pour mon mari, pour ma famille, pour mon travail, les amis, même quand j’étais au bout de mes forces. Mais il y avait une personne envers qui je repoussais toujours mes promesses à demain. À plus tard. […] « Non, je vais le faire quand les enfants seront grands. » Ils seront grands quand en fait ? C’est quelle année ? »

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Confondre l’amour maternel avec la taille du sacrifice
L’intervenante s’attaque ensuite à la racine du problème, le conditionnement social qui valorise la souffrance de la femme au foyer comme un gage de sainteté. Dès son plus jeune âge, elle a intériorisé l’idée qu’une bonne mère devait nécessairement disparaître derrière le bien-être des autres pour prouver la sincérité de son affection. Une fausse croyance qu’elle dénonce désormais avec lucidité :
« Pourquoi ? Parce que j’ai grandi en voyant et en acceptant que plus une femme se sacrifie pour les autres, plus elle démontre qu’elle aime. J’étais convaincue que l’amour d’une mère ou d’une femme se mesure à la taille de ses sacrifices envers les autres. Et cette personne envers qui je devais être normalement la plus loyale mais que je laissais toujours tomber, c’était moi. »

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Poser les limites pour protéger l’avenir
Le tournant s’opère lorsque Rita prend conscience du danger vital que représente cette déloyauté envers sa personne. S’effondrer physiquement ou mentalement ne sauvera personne, et le monde continuera de tourner sans elle. Refusant de léguer ce fardeau de l’effacement à ses fils et à ses filles, elle a instauré un nouveau pacte avec elle-même, symbolisé par des engagements non négociables au quotidien comme 30 minutes de marche pour sa santé :
« Se laisser tomber soi-disant pour les autres, ce n’est ni à glorifier, ni le modèle que j’ai envie de transmettre à mes enfants, à mes filles comme à mes fils. Je refuse que ce soit mon héritage. Je veux apprendre à mes filles qu’une femme n’a pas besoin de s’oublier pour prouver qu’elle aime les autres. Elle doit apprendre d’abord à s’aimer parce que tant que tu ne t’aimes pas toi-même, tu ne peux pas aimer les autres. »
Le véritable amour maternel ne se nourrit pas de l’anéantissement de soi, mais de la lumière et de l’énergie que l’on est capable de rayonner autour de soi. S’accorder du temps, préserver sa santé mentale, nourrir ses passions et protéger son indépendance ne constituent en aucun cas des actes d’égoïsme, mais les fondations indispensables d’un foyer épanoui.
En invitant chacune à cesser de fuir ses propres besoins, Rita Monkam pose une question essentielle qui interpelle toutes les femmes : « Quelle est la promesse que tu repousses depuis longtemps envers le personnage principal de ta vie ? ». Un rappel vibrant qu’avant d’être au service du monde, il faut d’abord apprendre à être loyal envers soi-même.

Eddy Senga










