Danseuse devenue chanteuse, artiste indépendante désormais signée sous le label K Record de Kerozen, la chanteuse ivoirienne Yilim de son vrai nom Yilim Zerehoue poursuit sa route avec une conviction intacte : réussir grâce à son propre travail. Lors d’un entretien sans détour, elle est revenue sur son parcours, les doutes qui ont accompagné ses débuts, son départ du groupe Nafasi, les comparaisons récurrentes avec son frère Didi B, ainsi que les nouveaux défis qui accompagnent cette étape décisive de sa carrière.
Du village aux projecteurs, une ambition née très tôt
Yilim assure avoir toujours su que la musique ferait partie de son destin. Élevée dans une famille d’artistes, elle raconte que cette vocation s’est imposée très tôt, même si le chemin n’a pas été linéaire. « Yilim, on va dire que c’est une fille très ambitieuse qui est née au village, qui a des parents artistes, qui savait ce qu’elle voulait, qui savait qu’elle allait forcément finir artiste chanteuse. » Avant d’assumer pleinement sa voix, l’artiste s’est d’abord tournée vers la danse. Une décision motivée par sa difficulté à affronter le regard du public. « J’avais peur de me mettre au-devant de la scène parce que j’ai un problème avec le regard des gens. »

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Influencée par sa mère, chorégraphe et danseuse, elle choisit d’abord les spectacles de danse avant de revenir progressivement vers le chant : « Je tâtonnais entre la danse et le chant… Ma maman m’a dit : tu ne seras pas danseuse, tu as chanté. »
Quitter Nafasi pour écrire sa propre histoire
Le départ du groupe Nafasi a constitué un tournant majeur. Une décision mûrement réfléchie que Yilim assume pleinement malgré les nombreuses critiques qui ont accompagné cette transition. « Je suis quelqu’un qui assume cette décision. J’aime pas qu’on me donne des limites. Les limites, c’est moi qui les mets. » À l’époque, nombreux étaient ceux qui prédisaient un échec rapide à sa carrière solo. « Il y avait des personnes qui disaient : « Forcément ça ne va pas aller… d’ici deux ans, ça sera difficile pour toi. » »
Loin de se laisser décourager, l’artiste explique que cette période lui a surtout appris à gérer une carrière de manière indépendante. « Pour une artiste qui s’autoproduit, c’était un peu compliqué… Il faut apprendre à déléguer, apprendre à être leader. » Avant d’ajouter avec assurance : « Je suis leader dans le sang. »
Le poids du nom Didi B et la volonté d’exister par elle-même
Être la sœur de l’une des plus grandes stars du rap ivoirien constitue autant une force qu’un défi. Yilim reconnaît la réussite de Didi B, mais refuse que cette relation définisse son identité artistique. « Je suis pas dans l’ombre de Didi. Je suis fière d’avoir un grand frère qui réalise tellement de grandes choses. » Elle regrette cependant que certains réduisent encore sa carrière à ce lien familial. « La logique serait que son grand frère a l’argent, qu’il faudrait qu’il produise… Mais la réalité, c’est que Yilim a le droit de faire son bout de chemin. » Pour elle, l’aide familiale ne doit jamais devenir une obligation professionnelle : « C’est pas obligé. La personne peut t’aider, mais tu n’es pas obligé de travailler pour elle. »

Une signature qui lui apporte enfin de la sérénité
Après plusieurs années passées à gérer seule sa carrière, Yilim voit son arrivée au sein du label K Record, dirigé par Kerozen, comme un nouveau départ. L’artiste confie ressentir un soulagement depuis cette signature. « Cette signature est récente… Mais il y a déjà une paix qui m’anime. Tu sais que tu ne vas pas trop stresser pour les clips, tu as juste à te concentrer sur ta musique. » Elle évoque également avec émotion certaines collaborations qui ont marqué son parcours, notamment avec Afoué et José, dont elle salue le professionnalisme et l’humilité.
Des anecdotes personnelles qui ont forgé son caractère
Au cours de l’entretien, Yilim partage plusieurs épisodes marquants de sa vie. Elle raconte notamment avoir appris les fiançailles de son ancien compagnon alors qu’elle venait tout juste de quitter une scène. « Mon gars est parti se marier… J’ai appris ses fiançailles quand j’étais sur la scène. » Elle revient aussi, avec humour, sur un incident insolite survenu lors d’un spectacle à Bingerville : « Il y a un fou qui m’a shooté dans les fesses… J’avais honte. »
Concernant les critiques sur son style vestimentaire, la chanteuse affirme ne pas chercher à plaire à tout le monde : « Je m’en fous des critiques… Je suis très panafricaine. » Interrogée sur l’achat de vues sur les plateformes numériques, elle répond sans détour : « Moi je juge pas. Si tu veux acheter, tu achètes… Moi, ce n’est pas dans mes mœurs. »
Construire un héritage bien au-delà des succès du moment
Au-delà des performances musicales, Yilim nourrit une ambition plus profonde : devenir une source d’inspiration pour les générations futures. « Faudrait qu’on retienne la résilience de Yilim. Dans 10 ou 15 ans, ça sera le summum… Je serai une légende. » Elle souhaite surtout transmettre l’idée que le travail et la persévérance permettent de surmonter les obstacles. « Faudrait que je sois un exemple de travail et de résilience pour toutes les filles qui vont suivre mon parcours. »
Après avoir dévoilé son titre « Bad », la chanteuse ivoirienne entend désormais poursuivre sa progression, développer les actions caritatives qui lui tiennent à cœur et continuer à bâtir une carrière fidèle à ses convictions, avec la volonté de faire reconnaître son nom pour ce qu’il représente : celui d’une artiste qui avance selon ses propres règles.

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Benjamin NOAH










