Né à Paris de parents ivoiriens, le rappeur franco-ivoirien Fababy, de son vrai nom Fabrice Ayékoué, s’est livré lors d’un échange consacré à son parcours. De ses débuts dans le rap français à son regard sur l’industrie musicale, en passant par son départ de France, ses regrets, son rôle auprès de la jeune génération et sa définition du succès, l’artiste a partagé une réflexion nourrie par l’expérience et une passion intacte pour l’écriture.
L’écriture, le socle d’une carrière bâtie avec exigence
Avant d’être reconnu pour ses morceaux, Fababy se considère avant tout comme un amoureux des mots. Le rappeur explique que son ambition n’a jamais été de simplement trouver une place dans le paysage musical, mais de la mériter. « Ce que j’aimerais que les gens sachent, c’est qu’à la base j’aime beaucoup la musique, je suis un passionné d’écriture, vraiment d’écriture, de littérature. » Cette passion s’est rapidement transformée en véritable discipline. Conscient que réussir signifiait aussi prendre la place d’un autre artiste qui n’aurait peut-être jamais sa chance, il s’est imposé une exigence permanente.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
« Je me suis dit : « Je prends forcément la place de quelqu’un ». Donc, pour honorer la place des personnes qui n’ont pas pu percer dans la musique, il fallait qu’en écriture je sois le meilleur. » Même après avoir acquis une certaine notoriété, cette philosophie continue de guider chacune de ses apparitions. « À chaque fois que je viens au micro ou que je fais un freestyle, je remets à chaque fois mon titre en jeu. »
Un grand frère qui préfère transmettre plutôt que donner des leçons
Au fil des années, Fababy s’est découvert un autre rôle : celui de conseiller auprès des jeunes artistes. Pour lui, l’expérience n’a de valeur que lorsqu’elle est partagée : « Donner du respect et donner du temps à une personne, c’est une marque de considération. » L’artiste estime que les erreurs traversées au cours d’une carrière peuvent devenir des repères pour ceux qui suivent le même chemin. « Là où tu es allé et que tu t’es brûlé, fais le nécessaire pour que les petits frères ne se brûlent pas. Parce que tes cicatrices peuvent être une sorte de carte de chemin pour les autres. » Une vision qui illustre sa volonté de construire un héritage dépassant le simple succès musical.
Loin de Paris, une nouvelle manière de vivre
Fababy est également revenu sur son choix de quitter la France pour s’installer en Afrique. Une décision qu’il présente comme une quête d’équilibre plus que comme une fuite : « Paname c’est anxiogène, Paname c’est les factures… Il n’y a rien de plus stressant qu’une boîte aux lettres. » Refusant de s’enfermer dans un quotidien qui ne lui convenait plus, il explique avoir préféré changer d’environnement. « Si je ne peux pas changer un système, je me barre, parce que les cartes sont truquées. » Sa philosophie de vie tient aujourd’hui dans une formule simple : « Vaut mieux être roi dans sa cabane qu’esclave dans un palace. »

Le buzz ne remplacera jamais le talent
Le rappeur franco-ivoirien porte également un regard critique sur les évolutions de l’industrie musicale. Selon lui, la visibilité a progressivement pris le dessus sur la qualité artistique. « Aujourd’hui, beaucoup de gens signent le buzz, pas le talent. » Il regrette une époque où l’apparence occupe parfois plus de place que le contenu : « On a diminué le fond, on a augmenté la forme. Si le vase est plus beau que profond, ce n’est pas une carafe d’eau, c’est juste un joli vase. » Une métaphore qui résume sa conception d’une musique authentique, portée par le travail plutôt que par les tendances.
Regarder son passé avec plus de maturité
Interrogé sur certains épisodes marquants de sa carrière, notamment son passage au sein de Team BS et sa collaboration avec La Fouine, Fababy reconnaît aujourd’hui avoir manqué de recul. « Avec du recul, le Fababy d’aujourd’hui dirait au Fababy d’avant : « Hé, parle pas. Tu n’aimes pas ? Laisse. » » L’artiste admet que certaines réactions relevaient davantage de l’immaturité que d’une véritable incompréhension. À propos de La Fouine, il apporte également une nuance importante. « La Fouine voulait lui-même me gérer, mais il ne pouvait pas. Entre les tournées et ses propres projets, c’était compliqué. Émancipe-toi avant qu’il y ait une friction. » Un regard apaisé qui témoigne du chemin parcouru.

Une vision du succès fondée sur l’authenticité
Au-delà de la musique, Fabrice Ayékoué livre une réflexion sur la réussite et la responsabilité. Pour lui, un artiste ne peut pas attendre des autres qu’ils croient en son projet s’il n’y croit pas lui-même. « J’ai plus confiance en toi que toi-même tu as confiance en toi, parce que si tu avais confiance en toi, tu aurais payé. » Il rappelle également une réalité souvent oubliée dans le milieu artistique. « Quand ça marche, c’est l’artiste ; quand ça ne marche pas, c’est le producteur. » Des propos qui traduisent une expérience acquise au fil des années et une connaissance profonde des mécanismes de l’industrie musicale.
Une parole guidée par la sincérité
Plus qu’un simple retour sur sa carrière, cette prise de parole dévoile un Fababy plus réfléchi, lucide et apaisé. Le rappeur franco-ivoirien ne cherche ni à réécrire son histoire ni à régler des comptes. Il préfère partager les leçons tirées de son parcours, défendre une vision exigeante de la musique et rappeler que, derrière chaque succès, se cachent le travail, les erreurs, les sacrifices et la volonté constante de rester fidèle à soi-même.

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Benjamin NOAH










