Un probatoire sacrifié pour un premier passage à la télévision, des parents persuadés qu’il faisait fausse route, une carrière construite sur des éclats de rire devenus une véritable profession. Invité à revenir sur son histoire le 22 juillet 2026, Tonton Tapioca, humoriste, comédien, animateur radio et télévision, s’est livré sans sur les choix qui ont marqué sa vie, ses succès, ses déceptions, son mariage et sa vision d’un humour camerounais plus solidaire.
Quand faire rire devient une vocation
À l’origine, rien ne destinait Tonton Tapioca à devenir l’une des figures les plus populaires de l’humour camerounais. Son rêve d’adolescent portait un tout autre nom : le journalisme. « Mon envie première était d’être journaliste parce que j’aimais trop regarder les journalistes. À cette époque c’était Ibrahim Cherif. »
Le déclic survient pourtant dans les salles de classe du lycée Leclerc. Quelques blagues improvisées suffisent à provoquer des fous rires… et à attirer l’attention de ses camarades. « Je pense que j’avais plus de côte avec les filles quand je les faisais rire que quand je racontais du baratin. J’ai décidé de me lancer un peu au théâtre. » Une passion née presque par hasard, mais qui finira par s’imposer comme une évidence.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Le jour où il choisit la scène plutôt que le probatoire
Le premier tournant de sa carrière reste son admission à l’émission « Mourir de rire« . Une opportunité qu’il n’était pas prêt à laisser passer, même si elle tombait au pire moment. « On m’appelle pour me dire que je suis programmé pour l’enregistrement demain à 15 heures… le jour où je composais le probatoire. » Le jeune artiste fait alors un choix qui marquera durablement son parcours : « Je suis allé faire l’émission. Je suis rentré à trois heures du matin. J’ai lu mes cahiers entre deux heures et trois heures puis je suis allé composer… et, par la grâce de Dieu, j’ai échoué au probatoire. »
Cet échec scolaire ne surprend finalement personne, pas même ses proches. « Mes parents me disaient : « Tu as choisi la mauvaise voie. Tu vas échouer dans ta vie. » » Loin de renoncer, il décide de leur prouver que l’humour pouvait devenir un véritable métier.
« Ce qui est fait pour briller va briller coûte que coûte »
Avec les années, Tonton Tapioca forge une philosophie qu’il applique autant à sa carrière qu’à sa vie. « Ce qui est fait pour briller va briller coûte que coûte. » Pour lui, le talent ne se fabrique pas artificiellement : « Dans notre métier, il y a des gars qui forcent beaucoup pour être humoristes. D’autres, c’est inné. » Il assume également ses opinions sur plusieurs figures du milieu. Il considère Massa Yakop comme un maître de la satire, décrit Fingon Tralala comme « le monument » de l’humour camerounais et affirme n’avoir jamais été tenté par les déguisements féminins. « Jamais aimé les déguisements… Moi, je ne mettrai jamais une robe pour faire une scène. »
Une histoire d’amour née grâce à la célébrité
Si la scène lui a offert une carrière, elle lui a aussi permis de rencontrer son épouse : « C’est mon métier qui m’a donné la femme. » Il raconte avec amusement cette rencontre où la jeune femme, contrairement aux autres invités, ne cherchait pas à prendre une photo avec lui. Quatre ans après leur mariage, l’humoriste parle de son couple avec beaucoup de simplicité. « J’ai vu mon mariage comme une mise en scène. On m’a donné un rôle de mari, il faut bien jouer ce rôle. » Père de cinq enfants, il plaisante même sur ses ambitions familiales : « Ma maman en a fait neuf… pourquoi pas moi ? »

Cinéma, frustrations et ambitions pour toute une génération
Le 2 août prochain, Tonton Tapioca va dévoiler « La Preuve« , son cinquième long-métrage. Malgré cette nouvelle étape, il reste lucide sur les réalités du secteur. « Le métier cinématographique ne paye pas. Il donne la notoriété, mais pas encore l’argent. » L’artiste est également revenu sur sa brouille avec Moustik Le Karismatik, ancien ami qu’il accuse de l’avoir laissé tomber à plusieurs reprises lors de moments importants de sa carrière.
Malgré cette déception, il préfère regarder vers l’avenir. S’il remportait un Canal d’Or, son objectif serait clair : « Réunir les humoristes sur scène, détecter de nouveaux talents et les mettre sous la lumière plutôt que garder la gloire pour moi seul. »
Des bancs du lycée Leclerc de Yaoundé aux grandes scènes de l’humour camerounais, Tonton Tapioca s’est construit contre les doutes, les échecs et les préjugés. Son parcours rappelle qu’une passion assumée, nourrie de travail et de patience, peut finir par ouvrir les portes que beaucoup pensaient définitivement fermées.

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Benjamin NOAH










