L’artiste burkinabè Roukiata Ouedraogo s’est confiée avec sincérité sur son parcours personnel et artistique, le 07 juin 2026 lors d’un entretien avec un média panafricain. Installée en France depuis plus de vingt ans, la comédienne, chroniqueuse radio, scénariste et écrivaine est revenue sur ses débuts difficiles, sa découverte du théâtre, son engagement auprès de la diaspora africaine ainsi que la place essentielle de l’humour dans sa vie et son œuvre.
Du stylisme au théâtre : un parcours forgé par les épreuves
Originaire de Fada N’Gourma dans l’est du Burkina Faso, Roukiata Ouedraogo explique être arrivée en France au début des années 2000 avec l’ambition initiale de travailler dans la mode. « J’étais fan de stylisme », raconte-t-elle. Avant de vivre de son art, l’artiste révèle avoir exercé plusieurs métiers, notamment nounou, femme de ménage, caissière ou encore maquilleuse. Mais plusieurs drames familiaux vont bouleverser sa trajectoire. « J’ai perdu mon grand frère… et six mois après j’ai perdu mon père ». Ces épreuves la poussent à reprendre sa vie en main et à se tourner vers le théâtre, un univers qui lui permettra progressivement de retrouver confiance en elle.

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« J’ai appris à aimer ma voix »
Roukiata Ouedraogo explique avoir longtemps souffert du regard des autres sur son accent et son identité africaine. « À un moment donné je me suis tue… je murmurais moi-même dans le silence ». C’est finalement lors d’un stage au Cours Florent que l’artiste dit avoir vécu un véritable déclic personnel. « J’ai appris à aimer ma voix, à m’aimer moi, qui j’étais et comment je parlais ». Pour la comédienne, le théâtre a été bien plus qu’un métier : un moyen de s’approprier pleinement son identité et de transformer ses différences en force.
L’humour comme arme sociale et culturelle
Au fil de l’entretien, Roukiata Ouedraogo insiste sur la place centrale de l’humour dans son quotidien. L’artiste évoque notamment la “parenté à plaisanterie”, une tradition d’Afrique de l’Ouest permettant de désamorcer les tensions par le rire. « Pour moi c’est un bouclier ». Selon elle, l’humour permet de faire tomber les barrières sociales et d’aborder des sujets parfois sensibles avec davantage de recul et d’humanité. « Quand on arrive à faire sourire quelqu’un, les barrières tombent ». Même confrontée à des critiques racistes ou à certaines formes de censure, Roukiata Ouedraogo affirme avoir toujours refusé de se cacher. « Quand je parle, je veux parler en tant que moi, femme noire, femme africaine ».

Un regard engagé sur la diaspora africaine
L’artiste a également évoqué son spectacle Black Tax, consacré aux réalités économiques et sociales vécues par les diasporas africaines. Roukiata Ouedraogo y aborde notamment les sacrifices financiers consentis par de nombreuses familles vivant à l’étranger pour soutenir leurs proches restés au pays. « La diaspora, à elle seule, elle comble tout ça ». À travers cette création, la comédienne souhaite également mettre en lumière les difficultés identitaires rencontrées par ceux qui vivent entre plusieurs cultures.
La langue française comme pont entre les cultures
Très attachée à ses racines, Roukiata Ouedraogo rappelle que sa langue maternelle reste le mooré, appris au Burkina Faso avant sa découverte du français à l’école. « Ces deux langues cohabitent en moi et sont les deux piliers de mon identité ». L’artiste considère aujourd’hui la langue française comme un outil de transmission et de partage lui permettant de créer des ponts entre différentes cultures à travers le monde.

Un message d’encouragement à la jeunesse
Roukiata Ouedraogo a adressé un message fort aux jeunes qui souhaitent poursuivre leurs rêves malgré les obstacles. « Foncez ! Il y a de la place pour tout le monde ». Tout en encourageant la persévérance et le travail, l’artiste rappelle également que les échecs font partie du chemin vers la réussite.
À travers cet échange, Roukiata Ouedraogo a surtout confirmé son attachement à une parole libre, sincère et profondément humaine. Une voix artistique qui continue aujourd’hui de résonner bien au-delà des frontières africaines.

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Benjamin NOAH








