Richella Tchoffo a ouvert les portes de son univers à la rédaction de Laura Dave Media, ce 10 juin 2026. Diplômée de l’Institut des Beaux-Arts de Nkongsamba, artiste plasticienne, modèle photo et fondatrice de Lioness Art and Design, la jeune entrepreneure revient sur son parcours dans un univers où les femmes doivent souvent travailler deux fois plus pour être reconnues. Entre passion, persévérance et ambition, elle raconte comment elle transforme les préjugés en motivation et nourrit le rêve de devenir l’une des figures marquantes de l’art camerounais.

Une passion née des couleurs
Pour Richella, tout commence par une histoire simple : celle d’une jeune fille fascinée par le dessin, les formes et les couleurs. Alors que beaucoup considéraient l’art comme un domaine aux débouchés incertains, elle choisit d’écouter son cœur plutôt que les doutes de son entourage. « C’est tout simplement la passion, l’amour du dessin et le mélange des couleurs qui m’ont poussée à suivre cette voie. J’ai juste décidé de faire ce qui me passionne même si l’avenir professionnel dans ce sens-là n’était pas très certain ». Cette passion la conduit jusqu’à l‘Institut des Beaux-Arts de Nkongsamba où elle affine son talent avant de se lancer dans l’entrepreneuriat. Un choix audacieux qui lui permet aujourd’hui de vivre de son art tout en créant des opportunités pour d’autres jeunes artistes.

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La naissance d’une lionne
Derrière le nom Lioness Art and Design se cache bien plus qu’une entreprise. C’est une vision, un état d’esprit et une manière de concevoir la réussite. Avec cette structure composée de jeunes peintres, Richella veut donner la possibilité aux jeunes de croire en leur rêve, une réponse donnée à tout ces préjugés. Le choix du mot « Lioness » n’est d’ailleurs pas anodin. Depuis le début de son parcours, elle a dû apprendre à se battre pour exister dans un secteur où les femmes sont rarement attendues. « Déjà faut savoir que les femmes de base sont tellement minimisées dans cette société. Pour tout le monde, leur place est censée être à la cuisine. Donc rien que le fait d’être femme dans ce milieu-là est déjà dérangeant pour certaines personnes ». Une réalité qui a forgé son caractère et renforcé sa détermination.
On me jugeait avant même de voir mon travail
S’il y a une anecdote qui résume son parcours, c’est celle des nombreux chantiers où les regards sceptiques apparaissaient avant même qu’elle ne commence à travailler. « À chaque fois tu es jugée, minimisée rien que parce que tu es une femme. Rien qu’à voir ton physique, on t’a déjà classée quelque part ». Mais lorsque les résultats sont au rendez-vous, le regard change. « Une fois que ces personnes se rendent compte que c’est vrai tu es une femme mais que tu maîtrises réellement et même trop ce que tu fais, directement ça devient la frustration. On commence avec les comparaisons, on veut toujours trouver la faille dans ton travail. »

Pour certains clients également, l’idée qu’une femme puisse exceller dans un métier considéré comme masculin reste difficile à accepter. « Dans leurs têtes, une femme peut faire ce métier, mais elle ne peut jamais faire mieux qu’un homme. »
Face à ces préjugés, elle n’a trouvé qu’une seule réponse : travailler davantage.
Transformer les moments difficiles en force
Comme de nombreux entrepreneurs, Richella a connu des périodes de doute.
Des moments où les contrats se font plus rares, où les projets ralentissent et où l’avenir paraît moins évident. Mais au lieu de subir ces périodes, elle a choisi de les utiliser comme des moments de reconstruction. « Pour ma part, j’utilise ces périodes pour me ressourcer, apprendre davantage sur mon travail et ma personne. Parce que oui, pour être impactant, il faut apprendre tous les jours parce qu’on ne connaît jamais assez. »
Durant ces moments plus compliqués, elle mise également sur les réseaux sociaux qui sont devenus un outil essentiel dans son développement professionnel. « Après mes plus gros chantiers me viennent de mes réseaux sociaux », souligne-t-elle.
Une preuve que la visibilité numérique peut aujourd’hui devenir un véritable accélérateur de carrière.

Le rêve de devenir une légende
Lorsque Richella parle de l’art camerounais, son regard se veut à la fois lucide et optimiste. « Pour moi, l’art camerounais, c’est la débrouille créative : peu de moyens, mais une voix forte qui dit le pays sans filtre. » Selon elle, le principal problème n’est pas le manque de talent, mais le manque de confiance accordée aux artistes locaux. « On admire l’art étranger, mais on hésite encore à payer, collectionner et valoriser le nôtre comme il le mérite. » Dans dix ans, elle ne cache pas ses ambitions. « J’aimerais être une légende dans ce milieu. »
Une ambition forte, mais assumée par celle qui souhaite laisser une empreinte durable dans le paysage artistique national.
Et lorsqu’elle imagine ce que les générations futures retiendront de son parcours, sa réponse est immédiate :
« Ce que j’aimerais qu’on retienne de moi à travers mon travail, c’est que je suis une lionne. Une vraie guerrière. » Une phrase qui résume parfaitement le parcours de cette jeune femme.

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Muriel Yanga








