Souvent méconnu du grand public, le métier de manager d’artiste occupe pourtant une place essentielle dans le développement d’une carrière musicale. Invités sur un même plateau le 30 juin 2026, Love Laure Meke, manager de Sandrine Nanga, et Pierre Fouda, manager de Blacky Star, ont partagé leur expérience en évoquant les mécanismes de rémunération, les sacrifices quotidiens et les nombreux défis auxquels sont confrontés les professionnels du management artistique.
De la passion à une véritable profession
Tous deux sont arrivés au management artistique après avoir développé une profonde passion pour la culture. Journaliste culturelle de formation, Love Laure Meke explique qu’elle rêvait initialement de devenir danseuse. C’est finalement au contact des artistes qu’elle découvre son véritable rôle : défendre leurs intérêts et construire leur carrière. « Je découvre que j’ai ce truc-là qui me permet de protéger l’artiste, ses intérêts et tout », raconte-t-elle.

Pierre Fouda, lui, nourrit depuis le collège l’ambition d’évoluer dans l’univers artistique. Après avoir compris que la scène n’était pas sa place, il choisit les coulisses. Devenu blogueur culturel après son baccalauréat en 2015, il multiplie les formations et les expériences auprès de professionnels du secteur avant de collaborer avec plusieurs artistes, jusqu’à son association avec Blacky Star, qui marque un tournant dans son parcours.

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Une rémunération qui dépasse les simples cachets
Contrairement aux idées reçues, les deux managers rappellent que leur rémunération ne repose pas uniquement sur les prestations scéniques de leurs artistes.
Pierre Fouda explique que le manager est généralement rémunéré grâce à un pourcentage prélevé sur les cachets, mais aussi sur d’autres revenus générés par la carrière de l’artiste. « Le manager peut gagner sa vie avec sa casquette », avant de préciser qu’il cumule également les fonctions de manager, d’agent d’artiste et de booker afin d’assurer des revenus réguliers. Selon lui, un bon manager doit créer plusieurs opportunités autour de son artiste, qu’il s’agisse de spectacles, de partenariats, de campagnes publicitaires ou encore des revenus issus des plateformes de streaming.

Love Laure Meke partage cette analyse. Elle estime que les revenus d’un manager dépendent fortement du niveau d’activité de son artiste et du pourcentage prévu dans leur collaboration. Elle rappelle également que le suivi des contrats publicitaires représente un travail considérable, bien au-delà de la simple signature d’un partenariat.
« Quand on n’a pas l’argent, on ne fait pas la musique »
Love Laure Meke adresse également un message direct aux jeunes qui souhaitent embrasser une carrière musicale. Pour elle, disposer d’un bon morceau ne suffit pas. Sans ressources financières suffisantes, il devient très difficile d’assurer la production, la promotion, la communication et la diffusion d’un projet artistique. « Quand on n’a pas l’argent, on ne fait pas la musique », insiste-t-elle, estimant que de nombreux jeunes artistes sous-évaluent les investissements nécessaires pour espérer vivre de leur art.
Elle évoque aussi un mois de juin particulièrement éprouvant, rythmé par les démarches administratives liées aux déplacements internationaux de son artiste, illustrant la charge de travail permanente qui accompagne cette fonction.

Un métier exigeant où la confiance reste essentielle
Les deux professionnels rappellent que le management artistique repose avant tout sur une relation humaine solide. Si Love Laure Meke se dit reconnaissante d’accompagner Sandrine Nanga, qu’elle décrit comme une artiste impliquée, généreuse et entièrement investie dans sa carrière. Pour elle, cette confiance mutuelle facilite le travail quotidien et favorise une collaboration durable.
Pierre Fouda attire, de son côté, l’attention sur une réalité plus difficile : l’ingratitude de certains artistes. Il confie qu’après plusieurs années d’investissement personnel, certains managers peuvent être écartés au moment où le succès arrive. Une situation qu’il considère comme l’un des aspects les plus éprouvants du métier.
Le manager, un véritable administrateur de carrière
Au fil des échanges, Love Laure Meke et Pierre Fouda s’accordent sur un point : le manager moderne ne se contente plus d’organiser des concerts. Il planifie les projets, négocie les contrats, coordonne la communication, développe les partenariats commerciaux et accompagne l’artiste dans les décisions stratégiques qui façonnent sa carrière. Cette évolution du métier témoigne, d’après eux, de la nécessité de professionnaliser davantage le management artistique afin de permettre aux talents camerounais de mieux structurer leur développement.
Love Laure Meke et Pierre Fouda défendent une vision moderne du management artistique, fondée sur la compétence, l’anticipation et la diversification des revenus. Leur expérience rappelle que le succès d’un artiste repose aussi sur le travail discret, mais déterminant, de celles et ceux qui construisent sa carrière au quotidien.
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Benjamin NOAH








