Alors que le débat autour de la chefferie de troisième degré de Grand Moulin à Deido- Douala continue d’alimenter les discussions sur les réseaux sociaux, avec des prises de position parfois teintées de repli identitaire, la musique camerounaise rappelle une autre réalité : celle d’un pays où les cultures se rencontrent, se mélangent et créent ensemble.
Bien avant que les réseaux sociaux ne deviennent le terrain de confrontations communautaires, des artistes issus des communautés sawa et bamiléké unissaient déjà leurs talents pour offrir au public des chansons devenues cultes. À l’approche de la Fête de la musique célébrée le 21 juin, retour sur cinq collaborations qui ont marqué les mélomanes camerounais.
1- Elvis Kemayo et Grâce Decca, l’histoire d’un « Associé »
Figure majeure de la musique camerounaise et originaire de l’Ouest, Elvis Kemayo a partagé le micro avec la diva sawa Grâce Decca dans le titre « Associé« . Sorti dans les années 2000 puis régulièrement remis en lumière sur les plateformes numériques, ce morceau aborde les déceptions amoureuses sur fond de rythmes makossa et de sonorités populaires camerounaises. Le duo a su réunir deux voix emblématiques de cultures différentes autour d’un même message, faisant de cette chanson l’un des exemples les plus connus de collaboration entre artistes sawa et bamiléké.


2- Sergeo Polo et Nono Flavy, l’amour plus fort que les différences
En 2007, Sergeo Polo, fils sawa et Nono Flavy, fille de l’Ouest séduisent le public avec « Amour et Passion« , extrait de l’album « Mon Bonheur« . Le titre, porté par un dialogue musical entre les deux artistes, est devenu un classique apprécié des amateurs de makossa romantique. À travers cette chanson, les deux artistes démontrent que les sensibilités musicales camerounaises peuvent parfaitement se compléter pour créer une œuvre intemporelle.

3- Mimie et Locko, la nouvelle génération montre l’exemple
La collaboration entre Mimie, née d’un père bamiléké et Locko, pur fils sawa sur le titre « Faya » illustre le brassage culturel qui caractérise la nouvelle scène urbaine camerounaise. Avec leur univers afro-pop moderne, les deux artistes ont offert une chanson qui a trouvé son public auprès des jeunes générations, loin des considérations identitaires qui agitent parfois la toile.

4- Guy Michel Kingue et DJ Gérard Ben, une Renaissance musicale
Avec « Renaissance« , Guy Michel Kingue, descendant sawa et DJ Gérard Ben, Prince de l’Ouest ont également démontré que la musique reste un espace privilégié de rencontre entre différentes sensibilités culturelles du pays. Leur chanson qui reprend les plus grands succès gospel est chantée en langue duala et medumba. Très apprécié dans les milieux chrétiens, cette œuvre témoigne de cette capacité qu’ont les artistes camerounais à bâtir des ponts là où d’autres voient des frontières.

5- Marole Tchamba et Ben Decca, deux légendes réunies
Surnommée la reine du bendskin, Marole Tchamba, dont le parcours est intimement lié à la culture de l’Ouest camerounais, a uni sa voix à celle du monument du makossa sawa Ben Decca dans « Tu es démasqué » en 2023. Cette collaboration entre deux artistes majeurs de la scène nationale a été perçue comme la rencontre de deux patrimoines musicaux qui, loin de s’opposer, s’enrichissent mutuellement.


La musique, un langage qui rassemble
Au fil des décennies, les artistes camerounais ont donné l’exemple en privilégiant le talent, la créativité et le vivre-ensemble plutôt que les appartenances communautaires. Derrière ces collaborations se cache une réalité simple : la musique ne demande ni acte de naissance ni origine ethnique pour toucher les cœurs.
À l’heure où certains débats tendent à opposer les communautés, ces chansons rappellent que les plus belles mélodies camerounaises sont souvent nées de la rencontre entre des artistes venus d’horizons différents. Et comme le dit la Constitution « Le Cameroun est un et indivisible « .
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Ève-Pérec N.BEHALAL








