Web comédienne, créatrice de contenus et jeune révélation gabonaise, Eunice la Comédienne s’impose progressivement comme l’un des nouveaux visages féminins de l’humour digital au Gabon. Derrière la page « Les choses d’Eunice », se cache une jeune femme déterminée, ambitieuse et surtout consciente des obstacles qui entourent encore les femmes dans le milieu humoristique.

« Regardez-moi bien maintenant… demain vous direz que vous me connaissiez déjà »
Dans une interview ce mercredi20 mai, l’artiste, de son vrai nom Moulili Demé, revient sans filtre sur son parcours, ses débuts improvisés dans l’art, les sacrifices consentis et les préjugés auxquels elle fait face. Dès les premières secondes, le ton est donné : humour, assurance et ambition assumée. « Regardez-moi sur mes réseaux hein… puis vous allez toujours voir ma tête partout là. Donc faut déjà vous habituer. »
Une phrase lancée sur le ton de la plaisanterie, mais qui traduit une vraie confiance en son avenir.

Pour ne rien rater sur l’actualité people abonnez-vous à notre
Du droit à l’humour : « Pourquoi perdre mon temps dans quelque chose que je n’aime pas ? »
Contrairement à beaucoup d’artistes qui affirment être “nés avec une passion”, Eunice raconte une découverte tardive du métier. Après l’obtention de son baccalauréat, alors qu’elle attendait le début des cours à l’université, elle tombe sur un casting lancé sur les réseaux sociaux pour intégrer une école d’art.
Une opportunité qui va totalement changer sa trajectoire. « J’aurais bien voulu dire comme tout le monde que je suis née avec cette passion… mais non. » Admise après le casting, elle rejoint l’Academy tout en poursuivant des études en droit.
Mais très vite, le choix devient évident.
« J’étais dans le département de droit, mais j’étais plus attirée par l’art que par le droit. » Pour elle, continuer dans une voie qui ne la passionnait pas n’avait aucun sens. « Pourquoi perdre mon temps dans quelque chose que je n’ai pas envie de faire, vu qu’on ne vit qu’une seule fois ? » Un choix difficile à assumer dans une famille très attachée au parcours intellectuel classique. « Dans ma famille, tout le monde est intellectuel… j’étais un peu le cheveu dans la soupe. »

Une passion cachée à ses parents
Au départ, la jeune femme préfère garder son aventure artistique secrète. Elle redoute le regard de ses proches et les jugements autour de l’humour comme métier. « Je cachais à mes parents que je faisais ça. » Mais avec le temps, sa détermination finit par convaincre sa famille. « J’ai dû assumer certaines choses… et mes parents ont fini par accepter. » Une étape importante pour celle qui voyait déjà l’art comme une véritable carrière et non un simple divertissement.
« Au Gabon, l’humour est un domaine miné par les hommes »
Si Eunice avance aujourd’hui avec assurance, elle reconnaît que le chemin reste compliqué pour une femme humoriste au Gabon. L’artiste dénonce un milieu encore largement dominé par les hommes, particulièrement sur scène.
« Au Gabon, le domaine humoristique est vraiment quelque chose qui est miné par les hommes. » Selon elle, les femmes qui tentent de s’imposer dans ce secteur doivent constamment prouver leur valeur.
« Vous devez travailler deux fois plus que les hommes pour prouver que vous valez quelque chose. »
Elle évoque également le manque de confiance, les stéréotypes et les accusations faciles qui visent souvent les femmes qui réussissent. « On dit forcément qu’elle a obtenu telle chose parce qu’elle fréquente untel. » Pour Eunice, le regard porté sur les femmes humoristes reste encore profondément biaisé.

Le “taux d’érision”, cet humour mal compris
Connue pour son style décalé et son autodérision, Eunice explique que certaines personnes interprètent mal sa manière de faire rire. « Faire de l’humour, c’est dégradé… surtout quand on fait le taux d’érision. » L’artiste insiste pourtant sur le rôle positif de cet humour qui consiste à rire des défauts et des réalités du quotidien. « Quand vous riez des défauts, ça permet à certains de prendre confiance en eux. » Mais entre critiques, moqueries et incompréhensions sur les réseaux sociaux, elle affirme avoir appris à encaisser.
Des débuts avec “un faux téléphone”
Avant les vues, les likes et la notoriété, la créatrice de contenus rappelle qu’elle a commencé avec très peu de moyens. C’est l’un de ses responsables, John, qui lui conseille de créer une page sur les réseaux sociaux afin de pratiquer son jeu d’actrice dans un pays où les opportunités cinématographiques restent rares. « Le cinéma au Gabon, ça traîne un peu… au lieu d’attendre un film tous les 15 ans, on m’a demandé d’ouvrir une page. » Au départ, elle n’y croyait pas vraiment.
« J’avais un faux téléphone… c’était juste pour m’amuser. » Mais peu à peu, son contenu séduit le public. « Après, j’ai apprécié… et puis ça a pris, gloire à Dieu. »
« La plus grande chose, ce n’est pas l’argent… c’est la détermination »
Malgré les difficultés financières, le manque de partenaires et les exigences de qualité imposées par le web, Eunice refuse d’abandonner. Pour elle, le véritable moteur du succès reste la persévérance.
« La plus grande chose, ce n’est pas l’argent, c’est la détermination. » Un message fort qu’elle adresse aux jeunes créateurs qui veulent réussir rapidement grâce aux vues et aux buzz. « On n’est pas pressé d’avoir des vues et des likes… on travaille le cardio. »
Avec son authenticité, son humour assumé et sa volonté de casser les codes, Eunice la Comédienne représente aujourd’hui cette nouvelle génération de créateurs africains qui utilisent le digital pour imposer leur voix et réinventer l’humour au féminin au Gabon.

Si cet article vous a intéressé n’hésitez pas à cliquer
Diane Laure MISSEKOU








