Ces derniers jours, plusieurs affaires ont de nouveau mis en lumière la réalité des violences conjugales au Cameroun. Des femmes tuées par leur propre conjoint au quatre coins du pays, parfois au terme d’années de tensions, parfois pour des motifs d’une banalité déconcertante. Une réalité que la société camerounaise peine à endiguer malgré les indignations répétées. C’est dans ce climat pesant qu’Emy Dany Bassong a pris la parole.
Féminicide au Cameroun, une actualité qui n’en finit plus d’endeuiller le pays
« Mes sœurs, le mariage à tout prix ne vaut pas votre vie », c’est par cette phrase, qu’Emy Dany Bassong dresse un constat glaçant.
« Au Cameroun, on entend régulièrement des histoires de femmes à qui leur conjoint a ôté la vie… parfois après des années de violences, de menaces ou de conflits qui auraient peut-être pu être évités ».
Elle s’indigne particulièrement de la nature des motifs invoqués dans ces drames :
« une dispute, de la jalousie, une histoire d’argent, une séparation, un téléphone, et parfois même une simple histoire de nourriture ».
Pour l’actrice camerounaise, le mariage ne devrait jamais être un lieu de domination. Une femme, insiste-t-elle : « devrait pouvoir se réveiller le matin sans appréhension, travailler, entreprendre, sortir, rire avec ses amies, avoir des projets et simplement vivre ».
Elle dénonce à l’inverse le sort de certaines femmes qui vivent aujourd’hui sans aucune liberté :
« Elles sont surveillées du matin au soir, privées de leurs activités, éloignées de leurs proches… et à force d’entendre » supporte c’est ton mari » elles finissent par considérer cette souffrance comme une partie normale de la vie conjugale ».
Face à ce constat, son message est sans détour : « Non, le mariage n’est pas une prison ».

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« Votre femme n’est pas votre propriété », Emy Dany s’adresse aux hommes
Emy Dany Bassong ne s’arrête pas aux femmes et interpelle aussi les hommes :
« Votre femme n’est pas votre propriété, elle n’est pas votre prisonnière. Elle est votre partenaire ».
Elle invite les hommes à se souvenir que cette femme les a parfois connus alors qu’ils n’avaient presque rien. D’où sa question :
« pourquoi lorsque les choses commencent à aller mal, devient-elle soudainement votre ennemie ? Lorsque deux personnes ne sont plus heureuses ensembles, il existe la séparation. Il existe le divorce. Il existe la possibilité de prendre des chemins différents ».
Elle interpelle aussi directement les autorités camerounaises :
« Aux autorités camerounaises, il faut renforcer la prévention, la protection des victimes, l’accès à la justice ».

Pourquoi Emy Dany Bassong parle-t-elle avec autant de force aujourd’hui ?
Si ce message trouve un tel écho, c’est aussi parce qu’il vient d’une femme dont le parcours personnel éclaire sa légitimité à en parler. Née le 4 janvier 1991 à Yaoundé et originaire de Babimbi, dans la région du Littoral, Emy Dany Bassong perd son père très tôt et grandit aux côtés de sa mère. Quelques années plus tard, elle traverse une nouvelle épreuve. Enceinte, elle est abandonnée par le père de son enfant. Elle devient alors mère célibataire, obligé de mettre sa carrière naissante entre parenthèses pour élever seule son fils. Une expérience de résilience et d’indépendance forcée, acquise bien avant les paillettes.
C’est quelques années plus tard qu’elle s’impose véritablement aux yeux du grand public camerounais, en incarnant « Sophie Ewane » dans la série télévisée à succès « Madame… Monsieur« . Un rôle marquant, salué par la critique comme par le public, qui lui a valu le prix de la « Meilleure actrice » aux Sotigui Awards et fait d’elle une figure incontournable du petit écran camerounais.
La prise de parole d‘Emy Dany prend tout son sens aujourd’hui à la lecture des données du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff). Selon les chiffres présentés par la ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa le 1er juin 2026, le Cameroun a enregistré 50 féminicides en 2023, 67 en 2024, puis 77 en 2025 soit une hausse de 54 % en seulement deux ans. Rien que sur les quatre premiers mois de 2026, 50 nouveaux cas avaient déjà été recensés. Un bilan qui donne toute sa gravité au cri d’alarme lancé aujourd’hui par Emy Dany Bassong .

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Eddy Senga








