Le Dr Celia Numkam, médecin camerounaise aujourd’hui installée en France, a livré un témoignage aussi bouleversant qu’inspirant lors d’un entretien diffusé le 30 juin. Entre précarité étudiante, maternité pendant les études, choc culturel, racisme et réalités parfois éprouvantes des urgences hospitalières, elle revient sans détour sur un parcours marqué par les sacrifices et la persévérance.
« Je vendais des chips pour payer mes études » : un parcours marqué par la survie
Avant de devenir médecin, elle raconte une vie étudiante difficile au Cameroun, faite de débrouillardise pour survivre. « Je vendais des déodorants, des chaussures, des vêtements… J’ai même vendu des chips et des caramels. » Elle explique avoir souvent été en difficulté pour valider ses années universitaires. « À partir de la troisième année, j’ai rarement validé en session normale puisque je ne composais pas. » Malgré tout, elle finit par atteindre l’excellence académique. « Il y a une année où j’ai validé toutes les matières et je suis sortie première de la promotion. »

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Une grossesse pendant les études et une foi comme soutien
En pleine formation, elle traverse également une grossesse qui aurait pu compromettre son avenir. « Je suis tombée enceinte pendant mes années d’études… Ce n’était pas évident. » Mais sa foi reste son principal moteur. « Je me disais : ça va aller. Je sais que mon Dieu est fidèle. »
« Les salaires étaient insultants » : le départ du Cameroun
Elle affirme ne pas avoir voulu quitter son pays, mais avoir été poussée par les conditions professionnelles. « Je ne voulais pas venir en France. Les propositions de salaires qu’on faisait pour moi étaient insultantes. » Elle défend une vision centrée sur la dignité du soignant. « Quelqu’un qui vit bien soigne bien. »
Choc culturel et racisme dans le système hospitalier français
L’arrivée en France n’a pas été simple, entre différences culturelles et situations difficiles. « Ici, une culotte, ce n’est pas un short. » Elle évoque aussi un épisode de rejet lié à sa couleur de peau. « Il ne voulait pas que je m’occupe de lui parce que j’étais noire. » Mais elle insiste sur sa posture professionnelle. « Mon chef de service lui a dit : soit c’est le Dr Numkam, soit vous signez votre sortie contre avis médical. »

Les urgences : un quotidien sous tension
Le travail aux urgences est marqué par la pression et l’urgence vitale permanente.
« Si je vous appelle, c’est pour un patient. Ce n’est pas pour vous embêter. » Elle rappelle aussi la difficulté du système. « Il suffit qu’un ou deux maillons manquent et toute la chaîne se fracture. »
Prévention médicale : ses mises en garde
Le Dr insiste sur plusieurs situations à ne pas négliger. « Une blessure à la main n’est jamais anodine. » « Les morsures de chiens et de chats s’infectent vite. Ne restez pas chez vous. » Elle alerte aussi sur les symptômes trompeurs. « Une douleur très vive à l’estomac peut parfois être un infarctus. »
Santé mentale et urgences invisibles
Elle observe une augmentation inquiétante des cas de détresse psychologique chez les jeunes. « C’est triste de voir des patients aussi jeunes. Beaucoup arrivent après des tentatives de suicide. »
« Être médecin m’a appris à moins juger »
Avec l’expérience, elle développe une vision plus humaine des patients. « On ne sait jamais ce que les gens traversent. »
Elle rappelle aussi la diversité des situations aux urgences. « On voit vraiment de tout, mais notre rôle n’est pas de juger, c’est de soigner. »
Une médecine de vocation
Pour elle, la médecine doit être une passion avant tout. « Il faut aimer s’occuper des autres. La médecine est avant tout une vocation humaine. »
À travers son parcours, le Dr Celia Numkam met en lumière les réalités souvent invisibles de la médecine : précarité étudiante, exil, racisme, pression hospitalière et engagement humain. Malgré les obstacles, elle incarne une trajectoire de résilience et de discipline.
« Faites ce métier par amour, pas pour l’argent. » Un message fort qui résonne comme un appel à repenser la vocation médicale, entre humanité, sacrifice et passion du soin.

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Diane Laure MISSEKOU








