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0 Franc CFA pour des millions de vues ! La colère des artistes africains contre YouTube

C’est un scandale économique majeur qui secoue l’industrie musicale africaine. Des clips accumulant des dizaines de millions de vues, des refrains qui font vibrer les pistes de danse à travers le monde, et pourtant une réalité amère : être un artiste en Afrique subsaharienne francophone ne permet pas de gagner sa vie sur la principale plateforme de vidéo du monde, YouTube.

La révolte emmenée par Himra, Tiakola et Suspect 95 contre YouTube

La colère a publiquement explosé lorsque le rappeur ivoirien Himra, suivi par plus de 2,35 millions d’abonnés, a publié un message au vitriol sur son compte Facebook avec une revendication sans détour :

« Je veux mon djai » (mon argent, en nouchi, l’argot ivoirien).

Tiakola

L’onde de choc s’est rapidement propagée dans tout le paysage musical. Le rappeur français d’origine congolaise Tiakola, fort du succès phénoménal de son morceau Mélo Décalé aux 31 millions de vues, s’est à son tour joint au combat en interpellant directement le géant américain pour exiger de « monétiser les clips afros francophones ».

Aux côtés d’Himra, d’autres figures de premier plan comme Suspect 95 (notamment à travers leur collaboration sur le titre Monalisa) incarnent cette génération bien décidée à ne plus vivre de like et d’eau fraîche.

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L’aberration géographique de la monétisation YouTube

Au cœur de cette frustration se trouve un découpage géographique perçu comme profondément injuste. En Afrique subsaharienne francophone, seules les vidéos d’artistes résidant au Sénégal sont monétisées par le géant du streaming. Pour tous les autres pays de la région, qu’il s’agisse de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, de la RDC ou du Mali, les revenus générés par les vues locales sont tout simplement inexistants. Les créateurs se retrouvent ainsi privés des retombées économiques de leur propre public. Davy Lessouga, responsable Afrique francophone au sein du label Believe, résume ce drame économique en des termes saisissants :

« Qu’ils aient 10 000 ou 100 millions de vues, les chanteurs toucheront zéro franc CFA de leur création. YouTube représente pourtant, dans certains territoires, jusqu’à 90 % de la consommation locale de musique ».

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫

Ce fossé géant entre une hégémonie culturelle absolue et une absence totale de rémunération monétaire est qualifié d’absurde par les producteurs. Julie Mourchidi, productrice phonographique chez New Wave Africa, pointe du doigt une contradiction majeure du marché actuel :

Julie Mourchidi

« C’est un paradoxe : les artistes produisent du volume, mais leurs contenus ne captent aucune valeur ».

Alors que la musique afro-francophone n’a jamais été aussi populaire mondialement, le combat pour la justice économique ne fait que commencer pour ces stars bien décidées à faire plier les géants du streaming.

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Eddy SENGA

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