De l’uniforme de policier aux plateaux de télévision, Bouemba Harold a connu une trajectoire marquée par un projet d’immigration qui a viré au cauchemar. Entre démission, dettes, arnaque, séparation, dépression et retour chez ses parents, le jeune homme a dû réapprendre à vivre après avoir tout perdu. Aujourd’hui présentateur télé, il raconte cette période qui a bouleversé son existence, la naissance de sa fille qu’il considère comme son « bébé renaissance » et sa nouvelle vie dans le journalisme.
Un départ motivé par l’amour
Entre 2018 et 2020, Bouemba Harold nourrit le projet de partir au Canada. À cette époque, il est en couple avec une femme qui souhaite également tenter l’aventure canadienne. Pour que leur relation se poursuive, elle lui demande de se joindre à ce projet. Amoureux, Harold décide alors de franchir le pas.
Ancien officier de police au Cameroun, il démissionne de son emploi et mobilise d’importantes ressources financières pour lancer la procédure. Une décision qu’il finance notamment grâce à des dettes. « Mon envie de partir au Canada vient justement de l’union que j’avais à cette époque-là. »
Il pense alors construire une nouvelle vie à l’étranger. Mais le rêve va rapidement se transformer en désillusion.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Le rêve canadien vire au cauchemar
Pour mener à bien sa procédure, Harold fait appel à un prestataire qu’il considère finalement comme mauvais. L’argent est englouti, les démarches échouent et les dettes continuent de s’accumuler. « Éperdument amoureux à l’époque, je me retrouve en train de claquer la porte à mon emploi. »
Le projet Canada tombe à l’eau. Mais ses conséquences, elles, restent bien réelles. Harold n’a plus son emploi, doit faire face à ses créanciers et voit également sa relation se terminer. « La procédure est tombée à l’eau, il y avait les dettes, le boulot perdu, il y avait le départ de ma compagne. Donc ça s’est enchaîné. »
En quelques années, celui qui pensait changer de pays doit finalement apprendre à reconstruire sa propre vie.
La chute et le combat psychologique
Les conséquences de cette succession d’échecs ne sont pas uniquement financières. Harold sombre dans une profonde période de détresse psychologique et bénéficie d’un suivi psychiatrique pendant environ un an.
Il connaît plusieurs séjours en psychiatrie et confie avoir traversé des moments particulièrement difficiles, marqués notamment par des pensées suicidaires. « J’ai fait un an de suivi psychiatrique parce qu’il y avait le double choc. »
À cela s’ajoutent la perte progressive de ses biens et les difficultés du quotidien. Un terrain acheté en 2020 est d’abord mis en gage avant d’être finalement cédé pour éponger une partie de ses dettes. Un héritage connaîtra également le même destin. Il doit alors retourner vivre chez ses parents à Bonaberi, loin du confort et de l’indépendance qu’il avait connus auparavant.

Sa fille, le symbole d’une renaissance
Alors que tout semble s’effondrer autour de lui, une naissance apporte une nouvelle lumière dans son existence. Sa fille vient au monde durant cette période particulièrement difficile. Harold lui attribue une place particulière dans son parcours de reconstruction. « Elle est née quand je n’avais plus rien. C’est en fait mon bébé renaissance. »
L’amour de sa fille, de sa mère et de sa tante devient une véritable source de motivation. Ces liens familiaux lui permettent progressivement de retrouver la force de se relever. « C’est l’amour de toutes ces personnes-là, l’amour de ma fille, qui m’ont donné de quoi me remettre sur pied. »
Même après le décès de son père, Harold choisit de continuer à avancer : « La vie reprend son cours. Je suis debout. »
De la police aux plateaux de télévision
La renaissance de Harold passe aussi par une ancienne passion : le journalisme. Après avoir servi dans la police, il retrouve aujourd’hui les plateaux de télévision en tant que présentateur.
Son domaine de prédilection : l’actualité, notamment internationale. Une nouvelle carrière qui lui permet de retrouver une forme d’accomplissement professionnel après plusieurs années de turbulences.
Pour lui, il ne s’agit pas simplement de changer de métier. Il s’agit aussi de continuer à servir son pays autrement. « Servir mon pays était un de mes rêves. Aujourd’hui, en rendant l’information, j’essaie également mon pays. »
Une nouvelle trajectoire qui démontre qu’une carrière peut connaître plusieurs vies.

Avec le recul, une autre vision de l’argent
L’expérience a également profondément changé son rapport aux projets et à l’investissement. Harold estime aujourd’hui qu’il aurait dû davantage sécuriser son avenir avant de consacrer ses ressources à une procédure d’immigration. « Si j’avais ces 4,5 millions en mai, je ne les aurais pas investis dans une procédure de voyage sans me constituer un très bon capital. »
Avec le recul, il pense notamment qu’une telle somme aurait pu servir de capital pour lancer son propre média en ligne. Cette réflexion résume l’une des principales leçons qu’il tire de son parcours : ne pas tout miser sur un seul projet, aussi séduisant soit-il.
Le Canada n’a finalement pas été la destination de Bouemba Harold. Mais l’échec de ce projet n’a pas eu le dernier mot. Après la chute, la dépression et les pertes, il a choisi de se relever et de retrouver sa voix dans les médias. Une histoire de reconstruction qui rappelle qu’un rêve brisé peut parfois ouvrir la voie à une nouvelle destinée.
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Benjamin NOAH










