Connue pour ses nombreux rôles au cinéma et à la télévision, Tatiana Matip a livré un témoignage ce 26 juin sur les réalités du métier d’acteur au Cameroun. L’actrice, réalisatrice et formatrice a levé le voile sur les difficultés économiques des comédiens, les insuffisances du système cinématographique camerounais, mais aussi sur sa passion intacte pour un art qu’elle pratique depuis près de trois décennies.
« L’année prochaine, je célèbre 30 ans de carrière »
Tatiana Matip revient d’abord sur un parcours commencé dès son adolescence. Une vocation née presque par hasard lorsqu’une camarade de classe l’emmène intégrer le club théâtre de son lycée. « L’année prochaine, je célèbre 30 ans de carrière. Aujourd’hui, je suis actrice, mais aussi formatrice depuis dix ans. Je transmets ce que j’ai appris aux jeunes qui veulent embrasser cette profession. » Une passion qui, selon elle, s’est imposée naturellement. « Je ne savais pas encore que c’était ma vocation. Avec le temps, j’ai compris que Dieu m’avait déjà montré le chemin. »

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« On peut passer huit mois sans être payé »
L’une des révélations les plus marquantes de son intervention concerne la situation financière des acteurs camerounais. Contrairement aux idées reçues, la célébrité n’est pas synonyme d’aisance. « Je peux faire huit mois sans être payée. Pas parce que quelqu’un refuse de me payer, mais parce que je ne tourne pas. Si tu ne joues pas, tu ne touches rien. » Pour l’actrice, le véritable problème réside également dans la gestion des droits d’auteur. « Ceux qui sont censés gérer nos droits prennent notre argent. Pendant qu’ils sont payés chaque mois, nous recevons parfois seulement 10 000 ou 30 000 francs. »
« Mon cachet est de 100 000 FCFA par jour »
Tatiana Matip affirme avoir décidé d’imposer désormais ses conditions de travail. « Aujourd’hui, mon cachet est de 100 000 francs par jour. Si un producteur ne peut pas payer ce montant, il est libre de chercher quelqu’un d’autre. » Elle cite notamment le réalisateur Simon William Kum, qu’elle remercie publiquement. « C’est le seul réalisateur qui m’a vraiment rémunérée à ma juste valeur. »
« Les Camerounais regardent leurs films »
Face à ceux qui estiment que le public boude les productions nationales, l’actrice répond sans hésitation. « Les Camerounais regardent les films camerounais. Si les gens me reconnaissent partout dans la rue, c’est bien parce qu’ils regardent nos œuvres. » Selon elle, le véritable problème se situe davantage au niveau de la distribution et de l’organisation de l’industrie. « Vous pouvez produire un excellent film, mais si vous ne savez pas où le vendre, vous êtes bloqués. »

Influenceurs, réseaux sociaux et cinéma : « Les abonnés ne remplacent pas le talent »
Tatiana Matip reconnaît que les influenceurs apportent aujourd’hui de la visibilité aux productions, tout en rappelant que leur popularité ne suffit pas à faire un grand acteur. « Les producteurs utilisent parfois leur nombre d’abonnés, mais la lumière vient de l’intérieur. On ne brille pas grâce aux vues, on brille grâce au talent. » Elle estime néanmoins que plusieurs créateurs de contenus disposent d’un véritable potentiel artistique.
Pourquoi Nollywood est-il devant ?
Pour l’actrice, plusieurs facteurs expliquent l’avance du Nigeria sur le Cameroun. Elle évoque notamment l’absence de véritables salles de cinéma, le manque de distribution, un faible pouvoir d’achat, mais aussi des problèmes d’ego au sein de la profession. « Si nous retrouvons l’humilité et que chacun joue son rôle, nous pourrons relever le défi de Nollywood. »
Elle regrette également que le Cameroun n’exploite pas suffisamment sa richesse culturelle. « Nous avons plus de 200 groupes ethniques. Pourquoi ne faisons-nous pas davantage de films qui valorisent cette diversité ? »
« Nous ne sommes pas riches »
Tatiana Matip souhaite enfin mettre un terme à une idée largement répandue.
« Les gens pensent que parce qu’on passe à la télévision, on est riches. Ce n’est pas vrai. Beaucoup d’acteurs exercent un autre métier pour survivre. » Elle insiste sur le fait que les artistes qui vivent uniquement du cinéma restent extrêmement rares. « Ceux qui ne font que du cinéma ont beaucoup de mal à joindre les deux bouts. Il faut une énorme grâce de Dieu pour s’en sortir. »
« Continuez à regarder les films camerounais »
Malgré les nombreuses difficultés évoquées, Tatiana Matip garde espoir pour l’avenir du cinéma camerounais. « Continuez à regarder les films camerounais. C’est grâce à votre soutien que nous continuons à croire que les choses peuvent changer et que nous serons un jour rémunérés à notre juste valeur. »
À travers cette prise de parole, l’actrice lance un appel aux pouvoirs publics, aux producteurs et aux organismes de gestion des droits afin que les créateurs camerounais puissent enfin vivre dignement de leur art. Entre passion, sacrifices et combat quotidien, Tatiana Matip rappelle que derrière chaque personnage qui fait vibrer les écrans se cache un artiste confronté aux réalités parfois difficiles de son métier.

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Diane Laure MISSEKOU








