Icône du R&B francophone, Singuila revient avec franchise ce 8 juin 2026, sur plus de vingt ans de carrière marqués par les contrastes, les galères et les triomphes. Dans un entretien dense et sans filtre, l’artiste retrace un parcours où la musique a été à la fois refuge, ascenseur social et langage universel. “J’étais à la rue, j’étais SDF… mais je faisais croire que rien n’avait changé”, confie-t-il, revenant sur une période de grande précarité avant son ascension.
Une enfance entre trois pays et une identité musicale plurielle
Né en France, Singuila grandit entre la région parisienne, le Congo et la Centrafrique. Une enfance “à cheval entre plusieurs mondes” qui nourrit sa sensibilité artistique. « On allait à Brazzaville chaque grande vacance… puis j’ai vécu un an en Centrafrique ». Dans ce mélange culturel, la musique est omniprésente : rumba congolaise, soul, variété française et R&B américain. « La musique chez moi n’était pas liée à la religion, c’était surtout du kiff et de la passion.»

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Le R&B, un genre “maltraité” en France dans les années 2000
Singuila revient avec amertume sur la place du R&B en France à ses débuts.
« Le R&B a été le style le plus maltraité dans les années 2000 ». Selon lui, les médias ne donnaient pas la même visibilité à ce courant que le rap dominant : « On avait des artistes très talentueux, mais les médias ne suivaient pas. »
Une reconnaissance d’abord africaine
Très tôt, l’artiste constate un décalage fort entre la France et l’Afrique. « En Afrique, c’est tout de suite waouh parce qu’ils ont notre sensibilité.» Sur le continent, sa musique trouve immédiatement un écho puissant : « Les radios jouaient à fond, les DJs passaient les sons, les médias voulaient tous m’avoir. Il y avait une vraie économie autour de la musique.» Lors d’un concert au Gabon, il découvre une notoriété inattendue : « Je n’étais plus Singuila… j’étais le Drake africain.»

Secteur Ä : le tournant décisif de sa carrière
Le décollage intervient avec son intégration au collectif Secteur Ä, mais le début n’est pas simple. « Je mets mon CD dans la chaîne… je me mets en face pour qu’ils ne puissent pas appuyer sur stop.»
Une stratégie audacieuse qui finit par payer : « Ils m’ont dit : ‘Tu peux la refaire ?’ Et là, tout a commencé.»
“On ne voulait pas de nous en radio” : la fracture française
Malgré des titres devenus cultes comme Ma conscience ou Misérable, Singuila évoque une absence de diffusion radio.
« Les radios ne les jouaient pas… donc pour beaucoup, mes chansons n’existaient pas.»
Une invisibilisation qui contraste avec leur succès dans les quartiers et auprès du public.

Des morceaux devenus cultes sans promotion
Certains titres majeurs n’ont jamais bénéficié de promotion classique.
« « Le Misérable », c’est un morceau excellent, mais il n’y a jamais eu de clip.»
Et pourtant, ces morceaux ont traversé le temps : « Aujourd’hui, les gens en parlent comme des classiques.» Il raconte même une sortie presque accidentelle : « On a oublié de retirer le morceau de l’album… et finalement il est resté.»
Un style né de la rue et du storytelling amoureux
Avant la musique, Singuila connaît la rue, les petits boulots et le McDonald’s d’Opéra.
« Chaque fois que je passais devant l’Olympia, je me disais : un jour ce sera moi.» Ces expériences nourrissent son écriture : « Il fallait que je trouve des sujets qui parlent aux gars de la cité.» Il développe ainsi un style hybride, entre émotion et réalité : « L’amour parle à toutes les générations… les problèmes de couple sont les mêmes aujourd’hui qu’il y a 100 ans.»
De la galère à la reconnaissance mondiale
L’artiste revient sans détour sur ses débuts difficiles. « J’avais peut-être 10% de talent… mais 90% de détermination.» Avec le succès, sa vision change profondément, notamment grâce à l’Afrique : « Ils m’ont fait comprendre que je n’étais pas seulement Congolais ou Centrafricain… j’étais africain.»

L’Afrique comme moteur de carrière
C’est le continent africain qui transforme sa trajectoire. « J’avais mieux là-bas que ce que j’aurais jamais espéré ici.» La Côte d’Ivoire joue un rôle clé dans cette ascension : « C’est le pays qui a fait péter l’album Ghetto Compositeur.» Une scène devenue mythique illustre ce basculement : « Le vendeur sort son téléphone et montre mon clip. C’est à partir de là que tout a explosé.»
Internet et la fin des barrières médiatiques
Singuila observe une transformation majeure du paysage musical. « Aujourd’hui, on peut vivre abondamment en ne visant qu’une niche.» Avant Internet, les règles étaient strictes : « Si tu n’étais pas en radio, c’était mort.» Désormais, les artistes échappent aux anciens filtres : « Avant, il fallait plaire à tout le monde pour passer en radio. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire.»

Une nouvelle génération et un retour naturel
Son retour récent est perçu comme une renaissance, mais il nuance : « On a l’impression que je reviens, mais en réalité les gens m’ont toujours écouté.» Avec Radio Love, il reprend la main sur sa narration :
« J’ai mon média maintenant. Les anciens médias m’ont fait souffrir.»
À travers son témoignage, Singuila ne raconte pas seulement son parcours : il retrace aussi l’histoire du R&B francophone, entre invisibilisation, reconnaissance africaine et révolution numérique. « On a grandi avec internet. On pouvait enfin choisir ce qu’on voulait écouter.» Aujourd’hui encore, son nom reste associé à une époque, un style et une émotion : celle d’un R&B sincère, narratif et profondément humain. Son prochain concert est prévu pour le 19 juin 2026, à l’Accor Arena de Paris.

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Diane Laure MISSEKOU








