Passé par les plus grands championnats, notamment Boca Juniors, où il a évolué aux côtés de Diego Maradona et Juan Román Riquelme, Alphonse Tchami, ancien attaquant des Lions Indomptables et cinquième meilleur buteur de l’histoire de la sélection camerounaise avec 21 réalisations en 57 sélections, a accordé un entretien sans détour consacré à l’argent, aux investissements et à la vie après le football. Avec le recul de son expérience, l’ancien international camerounais appelle les jeunes joueurs à préparer leur retraite dès leurs premiers contrats et remet en question une croyance profondément ancrée dans le milieu : investir massivement dans l’immobilier.
« Si je pouvais refaire ma carrière, je n’investirais plus de la même façon »
Alphonse Tchami reconnaît avoir changé sa vision de la gestion patrimoniale.
D’après lui, l’erreur commise par de nombreux footballeurs est de vouloir transformer immédiatement leurs revenus en maisons ou en immeubles. « Si je pouvais refaire un saut en arrière et reprendre ma carrière, je n’aurais jamais fait ce que j’ai fait. J’aurais préféré garder mon argent et tirer des bénéfices de cet argent. » L’ancien Lion estime que l’immobilier immobilise justement le capital dont un investisseur peut avoir besoin pour saisir de nouvelles opportunités.

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« Tu préfères avoir 10 milliards en liquide ou 10 milliards dans un bâtiment qui se dégrade ? »
Pour illustrer son raisonnement, Alphonse Tchami pose une question volontairement provocatrice. « Tu préfères avoir 10 milliards en espèces ou 10 milliards dans un bâtiment posé quelque part qui est en train de pourrir ? » Selon lui, un immeuble construit au début d’une carrière ne conservera pas forcément sa valeur vingt ans plus tard. « Plus tu as de l’argent disponible, plus tu as toutes les ouvertures. Il y a toujours des opportunités qui demandent du cash. Si tu ne l’as pas, tu les laisses passer. » Pour l’ancien buteur, la priorité doit être donnée aux investissements capables de générer des revenus réguliers plutôt qu’à l’accumulation de biens immobiliers.
Le véritable danger commence après la retraite
S’il insiste autant sur l’épargne, c’est parce qu’il considère que la période la plus difficile de la vie d’un footballeur n’est pas celle que beaucoup imaginent. « La période la plus difficile, ce n’est pas quand tu es en activité. C’est le jour où tu mets fin à ta carrière. » Il poursuit avec une mise en garde. « Si tu n’as pas préparé cette période et que tu n’es pas prêt dans ta tête, tu auras de grosses difficultés. » Pour lui, la chute brutale des revenus peut devenir un véritable choc psychologique. « Tu passes de salaires énormes à quelques centaines de milliers de francs. C’est terrible si tu n’es pas préparé mentalement. »

« J’ai sauvé des vies… mais j’étais sollicité de partout »
Alphonse Tchami revient également sur la pression financière que subissent les footballeurs durant leur carrière. Famille, amis, connaissances… les demandes d’aide sont permanentes. « J’ai dû sauver des vies pendant ma carrière et aujourd’hui je ne connais même plus certaines de ces personnes. Je ne regrette pas de les avoir aidées. » Il reconnaît néanmoins que cette générosité peut devenir difficile à gérer lorsque les revenus diminuent. « Quand tu n’as plus vraiment d’argent, tu commences à fuir les gens. C’est là que ça devient compliqué. »
Une génération mieux entourée… mais qui doit rester prudente
L’ancien international observe cependant une évolution positive chez les jeunes footballeurs. « Aujourd’hui, beaucoup de joueurs sont entourés de cellules de conseil qui les accompagnent dans leurs investissements. » Il estime que cette nouvelle génération bénéficie d’un environnement plus professionnel. « Ils n’ont pas droit à l’erreur. Ils ont des conseillers et gagnent beaucoup d’argent. Il faut en profiter intelligemment. »
« Ce n’est pas pendant la carrière qu’on profite vraiment de la vie »
Contrairement aux idées reçues, Alphonse Tchami affirme que les footballeurs vivent peu durant leur carrière. Entre les entraînements, les compétitions, les voyages et les sollicitations, le temps libre est extrêmement limité. « Quand tu joues dans un grand club, tu n’as pas de vie. Tu enchaînes les matchs, les déplacements et même les vacances passent très vite. » Pour lui, la véritable récompense arrive bien plus tard. « Le meilleur moment pour profiter de la vie, c’est la retraite. »
À une condition toutefois. « Il faut avoir préparé cette période. Sinon, tu retombes dans une galère qui peut pousser quelqu’un jusqu’à la dépression. »

« Aujourd’hui, j’apprécie vraiment ce que j’ai »
L’ancien attaquant reconnaît savourer davantage les plaisirs matériels aujourd’hui qu’à l’époque où il était encore professionnel. « C’est maintenant que j’apprécie ce que c’est qu’avoir une belle voiture. Pendant ma carrière, je n’avais même pas le temps d’en profiter. » Il explique que les véhicules de luxe mis à disposition par les constructeurs faisaient partie de son quotidien de joueur, sans qu’il puisse réellement les apprécier. Aujourd’hui, avec davantage de temps et une nouvelle vision de la vie, il dit profiter pleinement des fruits de sa carrière.
Une leçon d’expérience pour la nouvelle génération
Au-delà des chiffres et des investissements, Alphonse Tchami délivre surtout un message de prévoyance. Pour celui qui a connu le très haut niveau, la réussite d’un footballeur ne se mesure pas uniquement à ses performances sur les terrains, mais aussi à sa capacité à préparer l’après-carrière. « Plus tu fais d’économies et plus tu es capable de ne pas y toucher, plus tu te donnes les moyens de vivre sereinement après le football. »
Une réflexion nourrie par plusieurs décennies d’expérience, que l’ancien Lion Indomptable espère voir inspirer les jeunes générations appelées à gérer des fortunes toujours plus importantes.

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Diane Laure MISSEKOU








