Des quartiers de Nanterre aux plus grands championnats européens, Mario Lemina s’est construit au prix de nombreux sacrifices. Dans un entretien, le milieu de terrain gabonais est revenu sur les moments clés de sa vie, évoquant son enfance modeste, son attachement profond au Gabon, les obstacles rencontrés avec la sélection nationale, mais aussi la place essentielle qu’occupent sa famille et ses proches dans son équilibre. Un récit sincère qui dévoile les coulisses d’une carrière bâtie sur la résilience et la fidélité à ses convictions.
« Mes origines, c’est ma force »
Dès le début de l’entretien, la Panthère est revenue sur son identité, façonnée par une mère gabonaise et un père franco-italien d’origine gabonaise. Une double culture qu’il considère aujourd’hui comme l’un des piliers de son parcours. « Mes origines, c’est ma force, c’est comment j’ai été élevé, c’est mon éducation. » Même après avoir grandi en France, le joueur affirme n’avoir jamais perdu son attachement au Gabon : « Je me suis toujours senti beaucoup plus attaché à la culture gabonaise parce que je n’ai jamais perdu ces racines-là. » Il raconte avoir grandi avec la volonté de réussir pour remercier ses parents des sacrifices consentis afin d’offrir une meilleure vie à leurs enfants.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Une enfance difficile et des parents prêts à tout
Le joueur de 32 ans évoque avec émotion les conditions modestes dans lesquelles sa famille s’est installée en France. Il se souvient des nuits passées sur des matelas chez sa grand-mère, des repas obtenus grâce aux Restos du Cœur et des difficultés quotidiennes auxquelles ses parents ont dû faire face. « C’était dur… vraiment dur pour mes parents. » Pour lui, ces épreuves constituent aujourd’hui une source permanente de motivation. « Ils ont dû vraiment se batailler pour nous donner les meilleures options de vie. »
Le football comme unique horizon
Mario Lemina raconte que sa passion pour le ballon rond est née presque par hasard, en observant des jeunes jouer près de son immeuble à Nanterre. Très vite, le football devient une évidence : « Je me suis pris d’un amour inconditionnel pour le football. » Un épisode marquera définitivement sa famille : la directrice de son école convoque ses parents pour leur annoncer que leur fils possède un talent exceptionnel. « Si vous avez de l’argent à mettre sur votre fils, mettez-le sur votre fils parce qu’il a un avenir dans ça. »

Les refus, une motivation supplémentaire
Avant d’atteindre le haut niveau, Mario a également connu les désillusions. À Lorient, il reçoit une lettre lui annonçant qu’il n’est pas retenu. Une déception qu’il transforme rapidement en moteur. « Quand je l’accroche sur mon lit (la lettre, NDLR) et que je la lis tous les jours, je m’entraîne deux fois plus fort. » Quelques mois plus tard, il obtient finalement une convention d’un an, sans salaire et non renouvelable.
Cette pression permanente renforce, selon lui, son mental : « Tout ça, c’était des sources de motivation. Ça m’a rendu super fort. » Sa détermination le conduit ensuite vers les plus grands clubs européens, notamment l’Olympique de Marseille, la Juventus, Southampton, Fulham, Wolverhampton ou encore Galatasaray.
« Mon appartenance, c’est le Gabon »
Courtisé par plusieurs sélections grâce à sa double nationalité, le joueur affirme n’avoir jamais hésité au moment de choisir le Gabon. Même lorsqu’il évoluait à la Juventus, la possibilité de défendre les couleurs de l’Italie lui aurait été proposée. « Je refuse la sélection italienne parce que mon appartenance, c’est le Gabon. Je ne suis pas hypocrite. » Pour lui, représenter les Panthères relève avant tout d’un devoir envers son pays d’origine : « Mon objectif, c’était d’apporter toute mon expérience à mon pays. »
La CAN 2021 au Cameroun, une blessure encore ouverte
L’international gabonais est également revenu sur les événements qui ont marqué la Coupe d’Afrique des nations 2021 organisée au Cameroun. Il évoque une période particulièrement difficile, notamment après les problèmes de santé ayant conduit plusieurs joueurs gabonais à être écartés de la compétition. « Ce qui s’est passé au Cameroun a été choquant. » L’international gabonais regrette surtout le manque de soutien qu’il estime avoir reçu de la part des autorités gabonaises. « Ils nous ont laissés en pâture. »
Il raconte également les conditions de leur isolement, qu’il juge particulièrement humiliantes : « On dirait qu’on était des malpropres. » Des épisodes qui ont profondément marqué sa relation avec la sélection nationale.

La famille, son véritable point d’ancrage
Au-delà du football, le milieu de terrain insiste sur l’importance de sa famille. Depuis le décès de son père, il estime avoir endossé le rôle de chef de famille, notamment auprès de son jeune frère Noah. « Je suis le papa de la famille. » Il explique vouloir lui éviter la pression qu’il a lui-même connue. « J’ai déjà tracé le chemin pour mon frère. Il est juste là à profiter de ta vie. » Le joueur n’oublie pas non plus le rôle essentiel joué par son épouse, Fanny Lemina, qu’il considère comme un soutien indispensable dans les moments les plus délicats de sa carrière.

Galatasaray, un club à part
Le footballeur a également partagé son admiration pour l’ambiance qui règne autour de Galatasaray. Selon lui, la ferveur des supporters turcs procure des émotions uniques. « Ce Fan Club vit pour son club. » Le Gabonais estime que jouer devant des stades pleins chaque week-end représente l’une des plus belles expériences qu’un footballeur puisse vivre.
Mario Lemina a livré ces confidences lors de son passage dans le podcast Origins. Au fil de l’entretien, le milieu de terrain gabonais est revenu avec sincérité sur son parcours, ses convictions, les épreuves qui ont jalonné sa carrière et les valeurs qui continuent de guider son engagement, aussi bien sur les terrains qu’en dehors.

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Benjamin NOAH










