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« L’argent ne doit jamais devenir une prison » : Barbara Kanam partage sa philosophie

Artiste accomplie, entrepreneure et aujourd’hui directrice générale du Fonds de Promotion Culturelle de la République démocratique du Congo, Barbara Kanam ne se contente plus de faire rayonner la musique africaine. Ce 15 juillet, l’interprète de Bibi Madeleine a livré une véritable masterclass sur l’entrepreneuriat, la gestion financière et la construction d’un héritage durable. Face à Déborah Mutund, l’artiste congolaise revient sans filtre sur son parcours, ses erreurs, ses sacrifices, mais surtout sur les décisions qui lui ont permis de transformer une passion en une carrière pérenne.

« J’ai compris que mon talent était une valeur »

Pendant longtemps, Barbara Kanam a chanté uniquement par passion. Une vision qui a rapidement évolué lorsqu’elle a réalisé que son art représentait une véritable valeur économique. « La passion nourrit d’abord l’âme, elle nourrit les autres. Mais le professionnalisme vous permet de construire dans le temps, de durer. » Ce déclic marque un tournant. La chanteuse cesse de se considérer uniquement comme une artiste pour devenir une véritable entrepreneure. « J’ai réalisé que Barbara Kanam était devenue une marque, un produit qui avait une valeur marchande. À partir de ce moment-là, il fallait s’organiser. »

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Construire aujourd’hui pour ne pas subir demain

Pour Barbara Kanam, la plus grande erreur des artistes est de croire que le succès est éternel. « Nous n’avons pas de retraite. Quand les projecteurs s’éteignent, comment vit-on ? » Une réalité qui l’a poussée très tôt à préparer « l’après Barbara », en privilégiant les investissements plutôt que les dépenses impulsives.

L’immobilier, son investissement numéro un

L’un des enseignements majeurs de cet entretien concerne la gestion de l’argent.
Barbara Kanam assume avoir très tôt orienté ses revenus vers la pierre. « Investissez dans l’immobilier. La terre prend de la valeur. Une maison prend de la valeur. Une voiture, elle, perd de la valeur dès qu’elle sort du garage. » Même si elle reconnaît son amour pour les belles voitures, l’artiste insiste sur la nécessité de distinguer plaisir et investissement. « Il faut savoir se faire plaisir, mais il faut surtout investir dans ce qui dure. »

« L’argent ne doit jamais devenir une prison »

Contrairement aux idées reçues, Barbara Kanam ne mesure pas la réussite au montant inscrit sur un compte bancaire. Pour elle, la véritable indépendance financière est avant tout un état d’esprit.
« L’argent est un outil. Il ne doit jamais devenir une prison. Il doit servir à construire, à impacter et à vivre dignement. » Une philosophie qu’elle résume par une phrase forte : « Une femme indépendante financièrement est une femme qui ne subit pas. »

Les artistes doivent apprendre à penser comme des chefs d’entreprise

Au fil de l’entretien, Barbara Kanam adresse plusieurs conseils à la nouvelle génération. Selon elle, beaucoup d’artistes commettent les mêmes erreurs : signer des contrats sans les lire, négliger leurs droits d’auteur ou encore dépenser leurs premiers revenus dans le paraître. « Il faut arrêter de croire que le succès va durer toute la vie. Il faut investir pendant qu’il est encore temps. » Elle encourage également les créateurs à s’entourer de spécialistes. « On peut avoir un immense talent, mais sans une bonne équipe, ce talent peut être étouffé. »

La foi et la résilience comme moteur

Au-delà des finances, Barbara Kanam revient sur les périodes de doute qui ont jalonné son parcours. Elle confie avoir connu de nombreux moments de solitude, malgré le succès. « Dans ce métier, on est souvent seul face à ses choix, à ses erreurs et à ses échecs. C’est là que la foi devient essentielle. » L’artiste affirme que sa spiritualité lui a permis de traverser les moments les plus difficiles sans abandonner. « Si je perdais tout demain, je recommencerais. Tant que j’ai la vie, la santé et ma famille, je peux renaître. »

Former avant d’entreprendre

Interrogée sur les qualités indispensables chez une entrepreneure, Barbara Kanam ne cite ni le talent ni l’argent. Pour elle, tout commence par la formation. « Avant d’entreprendre, il faut se former. Ensuite seulement viennent l’investissement, l’épargne et la gestion du risque. » Elle insiste également sur la nécessité de bâtir un projet solide avant de rechercher des financements.

Un plaidoyer pour les femmes entrepreneures

L’actuelle directrice générale du Fonds de Promotion Culturelle profite également de cet échange pour appeler à un meilleur accès au crédit bancaire pour les femmes et les jeunes entrepreneurs en RDC. Pour elle, les difficultés d’accès au financement freinent considérablement l’émergence d’une véritable classe moyenne entrepreneuriale.

Un héritage au-delà de la musique

Si Barbara Kanam poursuit aujourd’hui une carrière administrative au service de la culture congolaise, elle assure que la musique restera toujours son identité profonde. « Les fonctions passent. L’art reste. Je veux continuer à faire des albums, des concerts, mais surtout transmettre mon expérience aux générations futures. »
Son ambition dépasse désormais les scènes. Elle souhaite bâtir un héritage durable capable d’inspirer les jeunes Africains à croire en leur potentiel. « La persévérance, la discipline, la résilience et la foi. Voilà ce que je veux transmettre. »

Une leçon de vie plus qu’une simple interview

À travers cette conversation de près de deux heures, Barbara Kanam offre bien plus qu’un récit de carrière. Elle partage une vision où le talent n’est qu’un point de départ et où la réussite repose sur la discipline, l’investissement, la préparation de l’avenir et la capacité à se réinventer. Une prise de parole inspirante qui confirme, une fois de plus, pourquoi la chanteuse demeure l’une des figures les plus influentes de la culture congolaise et africaine.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire celui-ci.

Lire aussi cet article : Francis Bebey : 25 ans après sa disparition, cinq albums pour redécouvrir le génie sans frontières de la musique camerounaise

Diane Laure MISSEKOU

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