Entre les déplacements, les concerts, les festivals, le ministère et sa vie de mère, la chanteuse congolaise Sandra Mbuyi revient sur les réalités qui accompagnent son parcours. Le 18 septembre 2026, lors d’une interview, l’artiste gospel s’est ouverte sur la difficulté de concilier son appel avec ses responsabilités familiales, la fatigue liée à son rythme de vie, mais aussi la découverte progressive de sa vocation. Elle livre également sa vision de l’échec, de l’entourage et de l’accompagnement des jeunes artistes, insistant sur l’importance de l’identité et de la relation personnelle avec Dieu.
Une vocation qui doit composer avec les responsabilités familiales
Parlant de sa vie de mère, Sandra Mbuyi revient sur les réalités qui accompagnent son parcours.
« C’est le challenge de toutes les mamans. Il n’y a pas que maman Sandra. Toutes les mamans que vous voyez, ce qui est sûr, c’est qu’il y a des moments où la maman de tous qui est maman Sandra qui doit bénir les enfants de Dieu ici et là est obligée de fois de dire non parce que la maman d’Alexia doit être présente. On doit être présente et de fois la maman d’Alexia va dire : “Alexia, tu vas attendre maman pendant 5 jours, maman va revenir” et voilà. Donc vraiment, c’est question d’équilibre et des priorités. »
« Quand les enfants sont à l’école, il est très, très difficile pour moi de pouvoir m’absenter pendant longtemps et là, on essaie de faire juste les weekends parce qu’on peut bouger avec eux. Et je me rappelle bien, le producteur Freddy est avec nous ici l’année passée, ben Alexia était avec moi. Donc quand on essaie de bouger, on bouge avec eux et on garde le rythme quoi. On est avec eux, mais on va à la répétition, on va chanter et puis on revient, on s’occupe d’eux. »

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Les exigences du ministère face aux limites du corps
Les déplacements, le décalage horaire et la fatigue physique imposent parfois leurs propres limites. Pourtant, Sandra Mbuyi dit puiser sa force dans sa vie spirituelle.
« Le corps, le corps, des fois nous trahit. Des fois le corps nous trahit parce que oui, il y a le décalage, il y a le repos, mais c’est ce que je dis toujours : l’esprit est disposé. Vous voyez, même dans la fatigue dans laquelle j’ai été hier, la fatigue qui m’avait accablée hier, si l’appel du Seigneur, s’il fallait faire quelque chose pour le Seigneur, personne n’allait comprendre comment toute la force, toute la force allait revenir. »
« Ça nous impressionne même nous-mêmes. Moi, c’est quelque chose que j’arrive pas à expliquer avec des mots clairs. J’arrive pas à expliquer comment le Saint-Esprit arrive à me fortifier déjà dans mon esprit et la force de l’esprit se traduit dans le corps. Je ne sais pas comment expliquer. Et même la force de l’esprit en question se traduit dans l’âme parce que généralement l’âme aussi est abattue par rapport à beaucoup de choses et surtout quand l’âme est abattue, le corps suit directement. »
« Ma prière de tous les jours, c’est vraiment : l’esprit est disposé, même si la chair sera faible, même si l’âme sera abattue, mais puisque mon esprit est connecté, cette force viendra de l’intérieur pour justement me booster afin de pouvoir travailler. »
Une voix remarquée dès l’enfance avant la découverte de l’appel
Chez Sandra Mbuyi, la musique s’est imposée très tôt. Mais au départ, elle parle davantage d’un talent vocal que d’un véritable appel.
« Depuis très jeune, je chantais et ceux qui me voyaient grandir, ils disaient de moi que j’avais une belle voix. C’était, on va dire ça entre guillemets, c’était comme une forme d’évidence. Voyez, donc il y a des gens qui vivent avec une évidence qu’ils ont des belles voix. C’était une évidence, on va le dire comme ça. »
La musique prendra également une autre dimension dans son parcours lorsqu’elle perd sa mère.
« Quand j’ai perdu ma mère, chanter c’était comme un refuge. C’était la chose qui me faisait du bien par la grâce de Dieu, je me renfermais dans la musique qui n’était pas forcément la musique chrétienne. Quand c’était très mélodique, je m’accrochais. »
Mais avec le temps, elle comprend que la voix et le talent ne suffisent pas à définir une vocation.
« C’était toujours la voix… c’était toujours parce qu’on a une belle voix et on a toujours le talent… jusque-là, c’était toujours la voix… c’était toujours le talent… on sait pas encore qu’il s’agit pas de la voix parce que dans l’appel il y a pas que la voix. »
« parce qu’il y a ceux qui ont des belles voix il y a d’autres, la voix a quelques imperfections mais il y a pas que la voix. »

L’accompagnement, un facteur déterminant dans la découverte de sa vocation
Pour Sandra Mbuyi, l’entourage joue un rôle majeur dans la manière dont un talent peut évoluer et révéler sa véritable dimension.
« Je pense que par la grâce de Dieu c’était l’entourage, être bien entouré… on peut être peut-être mal entouré et perdre tout ce qu’on a et être bien entouré, avancer. »
Elle illustre cette idée à travers l’histoire biblique de Samuel et du prophète Élie.
« Samuel n’a pas compris que c’était l’appel, il pensait que c’était le prophète qui l’appelait… alors si le prophète n’était pas un bon entourage pour Samuel, Samuel n’allait jamais savoir que c’était l’appel de Dieu… le prophète Élie lui a donné le mécanisme : “Si cette fois-ci tu entends, toi tu répondras de cette manière et tu diras ça.”… si Élie n’était pas là, Samuel allait laisser passer l’appel. »
Dans son propre parcours, elle évoque également le rôle de papa Christian, le mari de Maman Lore, qui l’a poussée à voir au-delà du simple accompagnement musical.
« À la base, je me disais : je vais à l’école, je vais à l’université, chanter c’est à l’église et puis aider les gens quand on a besoin de moi au studio… à Kinshasa, on appelle ça les zonding… j’étais devenue une vraie zondingueuse… faire les chœurs ici et là, porter un peu de l’aide là-bas, ici et c’est là que papa Christian m’a fait arrêter ça. Il a dit : “Tu as quelque chose à donner.” »
Les jeunes artistes appelés à sortir de l’entre-soi
Forte de son expérience, Sandra Mbuyi invite les jeunes talents à ne pas évoluer uniquement entre personnes du même âge ou du même niveau d’expérience.
« Si je dois parler à ce jeune, je dirais : entoure-toi des bonnes personnes… vous les jeunes, vous avez tendance à vous entourer entre vous et quand vous vous entourez entre vous, vous ne vous donnez pas forcément toujours des bons conseils… il y a pas de l’expérience, il y a pas une personne pour te dire : je suis passé par là, fais pas ça, fais pas ça, fais ça, comme ça on va aller dans ce sens. »
Elle distingue également deux formes de construction : celle de ceux qui apprennent dans les épreuves et celle de ceux qui bénéficient d’un accompagnement.
« Il y a aussi des Davides… qui se construisent par eux-mêmes, par leurs propres épreuves… dans la forêt, dans les oubliettes, dans le rejet, dans l’humiliation… mais on a aussi des Samuels… dans mon cas, je pense qu’il y a eu quand même cette symbiose… le côté où il y avait David mais il y a eu aussi le côté Samuel. »
Cette ouverture à l’accompagnement implique également, selon elle, de savoir accepter les remarques et les conseils, même lorsque l’on pense déjà maîtriser son art.
« Se laisser coacher même quand on sait… ça arrive beaucoup en studio, même avec les artistes… des artistes qui pensent qu’ils connaissent tout… quand un ingénieur lui dit : non, je pense que ça c’est pas bon… il est vraiment fermé dans son carré… mais on peut à un moment savoir ce qu’on veut, mais on peut aussi rester ouvert, comme les anglophones disent “open minded”, à ce que les autres vous ramènent. »
L’identité personnelle au-delà du succès et des apparences
Pour Sandra Mbuyi, la notion d’échec ne se résume ni aux pertes matérielles, ni aux difficultés sociales ou familiales. Elle se situe d’abord dans le rapport que chacun entretient avec sa propre identité.
« Ne sois pas malhonnête envers toi-même. Pour vous, l’échec, c’est pas de perdre un mariage. Pour moi, l’échec, c’est quand on ne sait pas qui on est. Ce que Dieu fait avec toi quand il y a personne, c’est ça notre force. »
Elle insiste également sur l’importance du regard extérieur pour mieux comprendre ce que l’on ne perçoit pas toujours soi-même.
« Vous savez, le miroir ne nous donne pas toujours exactement le reflet de ce qu’on est… il y a des miroirs qui nous donnent le côté svelte… qui nous donnent l’impression qu’on est court… qu’on est élancé… généralement, l’œil de la personne qui est en face de toi te dira plus ou moins avec beaucoup d’exactitude ce qu’il y a sur votre visage »
Une question demeure : au-delà du talent, du succès et du regard des autres, savons-nous réellement qui nous sommes lorsque personne ne nous regarde ?

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Muriel Yanga








