À Douala, Karim Soumahoro trace sa voie dans un univers encore peu exposé au grand public : celui de la bande dessinée. Auteur et dessinateur, il revendique une esthétique nourrie par les codes du comics et du manga, mais aussi par la culture hip-hop. Dans un échange accordé à la redaction de Laura Dave Media, il s’est ouvert sur son parcours, sa passion pour les comics, sa vision de la bande dessinée et son ambition de raconter des histoires capables de toucher un public au-delà des frontières camerounaises.
Le dessin comme une passion devenue vocation
Si Karim Soumahoro a choisi la bande dessinée, c’est d’abord parce que les comics occupent une place particulière dans son parcours. Une passion qu’il assume alors même que cet univers reste parfois enfermé dans les préjugés.
« Ce qui m’a poussé à choisir ce métier, c’est avant tout ma grande passion pour les comics.
Beaucoup de personnes qualifient les dessins animés, les bandes dessinées, les jeux vidéo, etc., d’immatures ou de puérils. Ce qui est assez drôle, parce que ces propos viennent généralement de personnes chargées de notre éducation. Et, à mon humble avis, elles ne savent absolument pas de quoi elles parlent.
Selon moi, la question de l’immaturité n’a tout simplement pas sa place dans cette discussion. Les personnes qui consomment ces contenus développent souvent une très grande intelligence émotionnelle et une capacité importante à percevoir et à comprendre différentes choses. »
Pour lui, le problème vient donc moins de la bande dessinée que du regard porté sur elle. Un regard qu’il estime souvent fondé sur une méconnaissance de cet univers.

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Raconter une histoire avant de chercher à plaire
Dans son approche, Karim Soumahoro ne cherche pas forcément à hiérarchiser les histoires selon leur importance. Pour lui, une idée peut trouver son public dès lors qu’elle est sincèrement racontée.
« Selon moi, une histoire mérite d’être racontée dès l’instant où elle existe. Il y a des récits pour tout le monde, et plus ces récits sont diversifiés, mieux c’est. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de raconter tous les types d’histoires, parce que les êtres humains traversent toutes sortes d’épreuves et vivent toutes sortes d’aventures.
Il y aura toujours quelqu’un pour qui une histoire résonnera .»
Cette philosophie se retrouve dans son propre univers, notamment avec JAY TEE, star du hip-hop le jour et justicier la nuit, et Shaka, qu’il prend sous son aile après lui avoir sauvé la vie. Ensemble, ils forment les Poltergeist et affrontent le crime dans Badjan City. Un imaginaire qui mélange super-héros, musique, ville et références contemporaines.
Faire de la passion un veritable metier
Mais derrière l’imaginaire, Karim Soumahoro garde les pieds sur terre. Il refuse de réduire la carrière d’un auteur à son seul talent graphique.
« La bande dessinée, selon moi, est un business comme les autres.
Le véritable problème survient lorsque les auteurs et les autrices n’endossent pas pleinement ces différentes casquettes. Il y a un temps pour chaque chose : un temps pour dessiner, mais aussi un temps pour se déployer, communiquer, vendre, développer son réseau et penser à son activité comme une véritable entreprise.
Je suis moi-même encore un amateur, mais j’ai pour ambition de devenir un acteur majeur de l’industrie de la bande dessinée.
Et pour y arriver, je pense qu’il faut justement arrêter de considérer la création artistique comme quelque chose qui doit fonctionner uniquement à la passion. La passion est le moteur, mais il faut aussi apprendre à construire autour d’elle. »
Cette vision traduit une volonté de professionnaliser une pratique qui peine encore à être considérée comme une activité viable par une partie du public. Pour le dessinateur, croire en son art implique aussi d’apprendre à le structurer.

Du Cameroun comme Racine au monde cor horizon
Karim Soumahoro ne cherche toutefois pas à enfermer ses récits dans une représentation systématique du Cameroun. Son identité, estime-t-il, s’exprime naturellement à travers son regard, ses références et son environnement.
« À vrai dire, je ne cherche pas nécessairement à laisser une trace de la société camerounaise dans mes récits à proprement parler.
Bien sûr, je suis Camerounais. Je viens avec ma culture, mon environnement, mes références et ma manière de voir le monde. Tout cela se retrouvera forcément dans ce que je crée.
Mais je ne veux pas me limiter à ça. »
Son ambition dépasse ainsi la simple représentation locale. Il évoque notamment le soft power produit par certaines œuvres étrangères capables de faire voyager une culture bien au-delà de son territoire d’origine.
« Je représente avant tout le Cameroun, mais je vise le monde. Je veux raconter des histoires capables de toucher des personnes de tous horizons.
Je ne veux pas seulement laisser une trace du Cameroun dans mes œuvres. Je veux laisser une trace du Cameroun dans le monde. »
De lecteur sauvé par « Les comics » à auteur qui veut sauver à son tour
Cette ambition prend finalement une dimension plus personnelle lorsqu’il évoque le rôle qu’ont joué les comics dans sa propre vie.
« Au-delà du dessin, je considère surtout la bande dessinée comme un moyen de raconter des histoires. C’est ce qui m’a poussé à choisir cette voie et à vouloir en faire quelque chose de sérieux.
Les comics m’ont sauvé la vie quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, à mon tour, j’aimerais pouvoir sauver des vies à travers mes histoires. »
Derrière les dessins, les personnages et les références au manga, au comics ou au hip-hop, il y a une volonté de transmettre une expérience : celle d’un jeune passionné qui a trouvé dans la fiction un espace suffisamment puissant pour grandir.
Au jeunes qui veulent suivre cette voie , il conseille de miser sur « la patience, l’abnégation, la discipline et le sérieux « .

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Muriel Yanga








