Premier créateur originaire d’Afrique subsaharienne à intégrer le calendrier officiel de la Haute Couture à Paris, Imane Ayissi continue de faire rayonner le savoir-faire africain sur les plus grands podiums. Au lendemain de la présentation de sa nouvelle collection dans la capitale française, le 10 juillet 2026, le styliste camerounais a livré une réflexion profonde sur la place de l’Afrique dans l’industrie du luxe, le rôle politique de la mode, la transmission du patrimoine textile et les défis auxquels font face les créateurs du continent. À travers des propos engagés, le créateur a réaffirmé sa volonté de faire de la haute couture une vitrine du génie africain.
« Il était temps que l’Afrique entre dans cette grande messe du luxe »
Pour Imane Ayissi, intégrer le très sélect calendrier officiel de la Haute Couture dépasse largement une réussite personnelle. « C’est beaucoup de fierté pour moi, pour toute l’Afrique, pour tous les Noirs. Il n’est jamais trop tard, il était temps. » Selon lui, cette reconnaissance offre enfin une visibilité internationale aux richesses culturelles du continent. « C’est une vitrine où l’on doit montrer le savoir-faire africain et les matières africaines. »

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« L’Afrique n’est pas un pays, c’est un continent »
À travers chacune de ses collections, Imane Ayissi revendique une Afrique plurielle, riche de ses cultures et de ses traditions textiles. Le créateur cite notamment le raphia, le coton africain, le kente du Ghana, les bogolans du Mali ou encore les étoffes traditionnelles du Cameroun. « Quand j’utilise un tissu, c’est une manière de mettre en lumière la culture qui est derrière. » Il regrette que cette richesse soit encore méconnue. « On oublie souvent que l’Afrique possède son propre patrimoine textile depuis toujours. » Avant de rappeler : « L’Afrique n’est pas un pays. L’Afrique est un continent avec une diversité de peuples, de cultures et d’histoires. »
« Tant qu’on ne transformera pas nos matières sur place, il y aura un problème »
Au-delà de la création, Imane Ayissi insiste sur les enjeux économiques de la mode africaine. Pour lui, exporter les matières premières avant de les réimporter sous forme de produits finis constitue une véritable faiblesse. « Beaucoup de matières brutes africaines partent et reviennent beaucoup plus chères. » Le couturier plaide pour une industrialisation locale. « Il faut transformer les matières sur place. Cela créera de l’emploi, formera les jeunes et donnera un nouvel élan à nos pays. » Il cite notamment la fermeture de la CICAM au Cameroun comme symbole des difficultés rencontrées par l’industrie textile. « Tant qu’on ne transformera pas les matières africaines sur place, il y aura toujours un souci. »
« La mode est politique »
Pour Imane Ayissi, créer des vêtements va bien au-delà de l’esthétique. « La mode est politique.» Une phrase qu’il assume pleinement. À ses yeux, chaque création raconte une histoire, valorise un patrimoine et participe à la défense des identités culturelles africaines. Il estime d’ailleurs que les décideurs africains doivent davantage accompagner cette dynamique. « Ce sont des questions que nos dirigeants doivent se poser afin de trouver des solutions. »

« Je porte le maillot de l’Afrique »
Installé en France depuis près de trente ans, Imane Ayissi affirme n’avoir jamais coupé le lien avec ses racines. « Je suis Africain. Je porte le maillot. Je suis noir. »
Même s’il se dit profondément attaché à son pays d’adoption. « Je suis aussi fier de la France. C’est un beau pays, avec une belle culture. » Son travail consiste justement à faire dialoguer ces deux univers. « J’aime mixer les cultures africaines avec Paris, capitale mondiale de la mode. »
« Le luxe, ce n’est pas seulement l’argent »
Le créateur livre également sa propre définition du luxe. Loin des clichés, il considère que la richesse ne se résume pas au pouvoir d’achat. « Le luxe, c’est d’abord le respect de soi-même, de sa culture, des autres et de son histoire. » Il poursuit :
« Le luxe est une manière de vivre, une culture et une façon de mettre en valeur ce qui nous entoure. » Puis résume sa pensée en une formule forte. « Le temps est le luxe. »
« Rien ne remplacera l’être humain »
Interrogé sur l’essor de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs, Imane Ayissi se montre prudent. « Rien ne peut remplacer l’être humain. » S’il reconnaît les avancées technologiques, il met toutefois en garde contre une dépendance excessive aux machines. « Les machines ont leur place, mais l’être humain doit garder la sienne pour créer, penser et transmettre. »
D’après lui, la création artistique repose avant tout sur la sensibilité humaine.
Son message à la jeunesse africaine : « Croyez en votre art »
Le styliste adresse un message d’encouragement aux jeunes créateurs du continent. « Croyez en votre travail. Croyez en votre art. Soyez audacieux. » Il appelle également les Africains à soutenir leurs propres talents. « Les publics africains doivent acheter ce que produisent les artistes africains. » Enfin, il invite la jeunesse à bâtir son avenir sans idéaliser systématiquement l’ailleurs. « Travaillez déjà sur place. Quand on vous vend l’Eldorado ailleurs, ce n’est jamais gagné. »

Une voix qui porte bien au-delà de la mode
À travers cette prise de parole, Imane Ayissi rappelle que la haute couture peut être un puissant levier culturel, économique et identitaire. Valorisation des savoir-faire africains, plaidoyer pour la transformation locale des matières premières et défense d’une création authentique, le couturier camerounais continue de faire entendre une voix singulière sur les podiums comme dans le débat public. « Le monde ne peut pas avancer sans l’Afrique. » Une conviction qu’il s’emploie, collection après collection, à traduire en créations.
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Diane Laure MISSEKOU










