Pour la première fois de son histoire, le Kenya est représenté à la Mostra de Venise. Le cinéaste helvético-kényan Damien Hauser y marque cette première historique avec « Memory of Princess Mumbi », tout en posant une question brûlante sur l’avenir du cinéma face à l’intelligence artificielle.
Damien Hauser fait un film avec l’IA et explique pourquoi elle ne remplacera jamais l’humain
Dans un récent entretien, le réalisateur kényan Damien Hauser explique comment l’intelligence artificielle a rendu possible “Memory of Princess Mumbi”, son film sélectionné à la 83ᵉ Mostra de Venise dans la section « Giornate degli Autori« , science-fiction qu’un budget aussi limité n’aurait jamais pu porter sans cet appui technique.
« L’IA m’a permis de construire l’univers visuel entourant les personnages, là où les moyens humains et financiers faisaient défaut ».
Mais pour lui, l’essentiel du film reste ailleurs et l’intelligence artificielle demeure un simple outil.
« Pour moi l’essentiel du film est dans les acteurs, leurs relations, l’improvisation et les instants imprévus, tous puisés dans des personnes réelles. L’IA ne peut demeurer un simple outil qu’à condition que l’artiste garde la main sur les choix créatifs. »
Il s’inquiète notamment de l’évolution rapide de ces technologies, désormais capables de générer des séquences entières à partir d’une simple phrase, une capacité qu’il ne considère plus comme relevant du cinéma.
« Dès que l’outil commence à prendre lui-même les décisions créatives essentielles, la notion même d’auteur commence à disparaître. »

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Venise, nouvelle terre du cinéma africain ?
Cette année, le continent africain occupe une place inédite à Venise. En plus de Damien Hauser, le Cameroun fait un retour historique en compétition officielle avec “La Maison du Vent”, d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu. Sélectionné dans la section Orizzonti, le fil raconte la rencontre entre une octogénaire et une jeune voisine, sur fond de solitude, de mémoire et de transmission.
Il s’agit du seul long métrage représentant l’Afrique subsaharienne dans cette section prestigieuse, et surtout, du premier film camerounais en compétition à Venise depuis “Muna Moto” de Jean-Pierre Dikongué Pipa en 1975. Coproduit entre le Cameroun, le Bénin, la France et la Belgique, ce retour marque un tournant pour un cinéma longtemps resté en marge des grandes compétitions internationales.


Portrait d’un cinéaste face à l’essor de l’IA
Damien Hauser est un réalisateur, scénariste et monteur suisso-kényan né à Zurich en 2001, qui a commencé à faire des films dès l’âge de sept ans. Il mêle le cinéma indépendant à petit budget, acteurs non professionnels et décors grandioses faits à l’IA. Son parcours compte quatre longs métrages : Blind Love (2021), Theo: A Conversation With Honesty (2022), After the Long Rains (2023) et Memory of Princess Mumbi (2025), ce dernier né de la volonté de surmonter le deuil de son frère.
Son parcours illustre une tension plus large qui traverse aujourd’hui de nombreux secteurs créatifs. L’intelligence artificielle générative progresse à un rythme tel qu’elle pourrait bientôt produire des séquences entières à partir d’une simple consigne textuelle. Une perspective qui interroge sur la place qui restera à l’inventivité humaine, face à ces outils de plus en plus autonomes.
Entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale, deux cinéastes rayonnent à Venise. Face à l’extension de l’IA, Damien Hauser reste formel. C’est un outil qui peut ouvrir des portes, mais jamais remplacer le regard, l’instinct et la vision de l’artiste, qui reste seul maître de son œuvre.

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Eddy Senga








