À l’heure où le rap camerounais continue de s’interroger sur son évolution, Dashor apporte sa propre lecture du mouvement. Dans une prise de parole diffusée le 11 juillet 2026, l’artiste est revenu sur ses débuts, son admiration pour Jovi, les défis auxquels fait face le hip-hop camerounais, la disparition de son ancien label Chambre Noire, sa réalité financière, mais aussi son regard sur plusieurs figures de la scène. Entre humilité, lucidité et sens de l’autocritique, Dashor livre une réflexion profonde sur l’avenir du rap camerounais et la nécessité de construire une industrie plus solidaire.
« Au football, tu peux tricher. En musique, tu ne peux pas tricher »
Avant d’être rappeur, Dashor rêvait d’une carrière de footballeur. C’est pourtant au cours d’un championnat de vacances à Japoma qu’un morceau de Jovi va changer sa vie. « J’étais un gros fan de football. Puis un gars a mis Jovi… C’était « Bastard ». J’ai vu comment il découpait la prod. » L’artiste explique que cette découverte lui a fait comprendre toute l’exigence du rap. « Au football, tu peux tricher. En musique, tu ne peux pas tricher. Tu es seul devant les gens. » Depuis, Jovi demeure sa plus grande référence. « Qui dit qu’il ne connaît pas Jovi ou qu’il ne l’écoute pas, c’est un sorcier. » Il ajoute : « Jovi est ingénieur, rappeur, directeur artistique, hitmaker, chanteur… En direction artistique, il est aussi fort. J’aime bien Jovi, bro. »

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« Je suis très fort… mais ce n’est même pas ça qui est important »
Interrogé sur sa place dans le rap camerounais, Dashor refuse de s’autoproclamer numéro un. « Je suis très fort. Tous ceux qui me connaissent le savent. Mais ça me donne même la flemme de faire ce que je sais faire. » Une déclaration immédiatement nuancée par une réflexion plus profonde. « Je me suis rendu compte très tôt que ce n’est même pas ça qui est important. Il est plus important qu’on travaille en étroite collaboration et qu’on se soutienne. » Pour lui, la quête du trône freine le développement du mouvement. « Le hip-hop n’a pas besoin de piliers, ni de personnes sur un trône. Il a besoin de plusieurs leaders qui portent chaque génération. » Et d’insister : « Il y a plus intéressant que le trône. Il y a plus intéressant que les petits clashs. »
« Tout le monde veut la chaise »
Dashor estime que le principal frein du rap camerounais vient des artistes eux-mêmes.
« Tout le monde veut s’asseoir sur la chaise. Personne ne veut construire quelque chose qui profite à tout le monde. » Il appelle les rappeurs à davantage de solidarité. « Au lieu des petits clashs, allons acheter les billets des concerts des autres. Voilà comment on construit une industrie. » Avant de conclure : « Collaborons plus. Chacun doit poser sa pierre pour faire grandir le mouvement. »

Chambre Noire : « Quand Daking est parti, ça a cassé quelque chose »
Dashor est revenu sur la disparition du label Chambre Noire, sans chercher de coupable. « Gérer plus de cinq artistes, c’est hyper compliqué. » Il reconnaît que certains artistes pouvaient se sentir mis de côté. « Dans un label, il y aura toujours des artistes qui auront l’impression d’être au second plan. » Selon lui, le départ de Daking a profondément changé la dynamique. « Quand le premier est parti, ça a cassé quelque chose. On était une famille. » Malgré tout, il garde une immense reconnaissance envers cette période. « Si aujourd’hui tu oublies le couloir par lequel tu es passé, c’est que tu es ingrat. »
« Le rap ne paie pas encore toutes mes factures »
Très transparent, Dashor révèle exercer une autre activité pour vivre. « Beaucoup de personnes me demandent des pièces. Je fais du personal shopping. » Même s’il aimerait vivre uniquement de la musique.
« J’aimerais que la musique prenne le maximum de place. » Aux jeunes artistes, il adresse un conseil clair. « Finissez vos études. Trouvez un métier avant de vous lancer dans la musique. »
Tenor, Cisoul, Kenkechou… Dashor donne son avis
À propos de Tenor, Dashor exprime un regret. « Le seul reproche que j’ai avec Tenor, c’est qu’il n’a pas beaucoup tendu la main aux rappeurs. À lui seul, il pouvait relever le niveau de la musique. » Concernant Cisoul, les mots sont élogieux.
« C’est un très grand travailleur. J’aime surtout le fait qu’il assume son identité dans sa musique. » À Kenkechou, il adresse un message direct. « Tu as toujours été atypique. Tu n’as pas besoin de te retrouver dans les bagarres. »
Pourquoi il ne perce toujours pas ?
À la question qui revient souvent, Dashor répond sans détour. « Pendant longtemps, je ne comprenais pas comment fonctionnait réellement l’industrie musicale. » Il refuse toutefois de rejeter la faute sur les autres. « Pourquoi toujours voir le problème chez les autres ? Le problème, c’était d’abord nous. » Et assure ne pas être inquiet pour la suite. « Je connais exactement où je veux aller. »
« Le meilleur rappeur camerounais ? C’est Sine »
Interrogé sur le meilleur rappeur camerounais actuel, Dashor répond sans hésiter. « Selon moi, c’est Sine. L’année prochaine, ce sera encore lui. » Pour lui, l’artiste représente parfaitement le rap camerounais. « C’est celui qui incarne le mieux le Mboko. »

Une admiration assumée pour Diablit
Questionné sur une éventuelle comparaison avec Diablit, Dashor surprend encore. « Diablit est très fort. Il est peut-être plus fort que moi. » Il justifie son avis par la détermination du jeune rappeur. « Malgré les difficultés, je ne l’ai jamais vu se plaindre. Il travaille énormément. Mentalement, il est très fort. »
« Je ne suis même pas à 15 % de ce que je veux faire.»
Loin d’être pressé, Dashor affirme que sa carrière ne fait que commencer. « Je ne suis même pas encore à 15 % de la route qu’il me reste à parcourir. » Il annonce également préparer un nouvel EP composé de plusieurs collaborations. Avant de conclure avec une phrase qui résume parfaitement son état d’esprit : « Le plus important aujourd’hui, ce n’est plus de savoir qui est le plus fort. Le plus important, c’est de construire quelque chose qui survivra à chacun de nous. »
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Diane Laure MISSEKOU










