Et si les objets traditionnels camerounais devenaient les meubles de demain ? C’est le pari de Franklin Nguefack, designer camerounais qui vient de soutenir avec succès un Master professionnel à l’Institut des Beaux Arts de Foumban. Son mémoire propose une réinterprétation contemporaine du patrimoine culturel national afin de concevoir une collection de mobilier incarnant concrètement l’unité dans la diversité. Interrogé par notre rédaction le 28 juillet 2026, il dévoile la vision qui a guidé cette recherche ambitieuse.
Faire vivre le patrimoine au quotidien
Pour Franklin Nguefack, cette recherche est née d’un constat préoccupant : les objets traditionnels camerounais disparaissent progressivement du quotidien au profit de produits importés. « Le Cameroun possède un patrimoine culturel d’une richesse exceptionnelle, mais ce patrimoine est de moins en moins présent dans notre quotidien. Nos maisons sont remplies d’objets importés, tandis que nos objets traditionnels restent souvent dans les musées ou ne sortent qu’à l’occasion des cérémonies », explique-t-il.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Face à cette réalité, le designer s’est fixé un objectif : redonner une place aux symboles culturels camerounais dans les espaces de vie contemporains. « Je me suis alors posé une question simple : comment faire en sorte que notre patrimoine ne soit pas seulement conservé, mais qu’il soit vécu ? », confie-t-il.
Quatre aires culturelles réunies dans une même collection
Pour concevoir cette collection, Franklin Nguefack s’est inspiré de quatre objets emblématiques issus des aires culturelles du Cameroun : le masque d’éléphant des Grassfields, la pirogue cérémonielle Sawa, la tête reliquaire Byeri des Fang-Béti et le tambour parleur de l’aire soudano-sahélienne.
Loin de reproduire ces objets, il en a étudié les lignes, les proportions, les fonctions et la portée symbolique afin d’imaginer un mobilier inédit. « Mon objectif n’était pas de copier ces objets. J’ai cherché à comprendre ce qu’ils racontent (…) Chaque meuble porte l’empreinte de plusieurs cultures camerounaises sans reproduire directement les objets d’origine », souligne-t-il.
Le design comme langage de l’unité
Au-delà de l’esthétique, l’artiste considère le design comme un véritable outil de dialogue interculturel. « Un objet peut transmettre une histoire, des valeurs et une mémoire. Lorsque plusieurs références culturelles sont réunies dans un même objet avec respect et cohérence, cet objet devient un espace de dialogue », affirme-t-il.
Selon lui, un meuble peut rappeler que les différences culturelles ne constituent pas des barrières, mais une richesse collective capable de renforcer le vivre-ensemble.


Un design camerounais qui mérite davantage de reconnaissance
Le jeune designer estime que le Cameroun dispose de tous les atouts pour faire émerger une véritable identité du design, même si plusieurs obstacles persistent. « Le design camerounais possède un immense potentiel, mais il reste encore insuffisamment valorisé », regrette-t-il. Il évoque notamment le manque de reconnaissance du secteur, les difficultés de financement, ainsi que la concurrence des produits importés.
Pour lui, le développement du design passe par une meilleure collaboration entre designers, artisans, universités, entreprises et institutions afin de transformer les idées en réalisations concrètes.
Donner une seconde vie au patrimoine
Franklin Nguefack souhaite désormais aller au-delà du cadre universitaire en développant cette collection avec des artisans et des partenaires capables d’assurer sa production. « Cette recherche ne représente pas une fin, mais le début d’une nouvelle étape », affirme-t-il. Son ambition est de voir ces créations intégrer les foyers, les hôtels, les espaces publics et les lieux culturels, au Cameroun comme à l’international.
Le designer adresse également un message fort aux jeunes créateurs : « Nous n’avons pas besoin d’abandonner notre identité pour être modernes. Au contraire, c’est en assumant pleinement notre patrimoine que nous pouvons proposer au monde un design authentique, innovant et porteur de sens. »
Avec cette recherche, Franklin Nguefack défend une vision où le design devient un trait d’union entre mémoire, innovation et identité. Une démarche qui rappelle que le patrimoine culturel camerounais peut aussi s’exprimer dans les objets du quotidien et contribuer à construire le Cameroun de demain.

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Benjamin NOAH










