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Franck Vlehi, de la finance au cinéma, le pari d’une reconversion après des années de stabilité

Le producteur, réalisateur et comédien ivoirien Franck Vlehi s’est ouvert le 22 août 2026 sur un parcours professionnel marqué par un choix audacieux : quitter à 35 ans une carrière stable dans la finance pour se consacrer pleinement au cinéma. Entre les inquiétudes de son entourage, les difficultés financières et six années de refus autour de son projet « Les Coups de la vie », il raconte les étapes qui ont progressivement transformé sa passion d’enfance en carrière dans l’audiovisuel.

Une passion pour le cinéma née dès l’enfance

Bien avant de devenir comédien, réalisateur et producteur, Franck Vlehi était déjà fasciné par le pouvoir des images. Enfant, certains films parvenaient à provoquer en lui une émotion suffisamment forte pour l’interroger sur la capacité du cinéma à toucher le public.
Il se souvient notamment de deux films qui l’ont particulièrement marqué, dont « Jésus de Nazareth« . Ces expériences vont nourrir en lui une interrogation qui finira par orienter son parcours.
« J’ai pleuré devant ces films-là. Le fait d’avoir pleuré devant la télé m’a juste mis à l’idée mais comment est-ce qu’à distance, pour quelque chose qui est monté de toute pièce, ça arrive à créer un effet tellement fort qu’on arrive à pleurer ? C’est quoi ce truc magique qui joue sur les émotions des gens ? »
Cette fascination va progressivement devenir une conviction.
« Un matin, vous me verrez dans la télé. À l’école primaire, au secondaire, au lycée, je disais à mes amis : “Prenez des photos avec moi parce qu’un jour je serai…” Et tout le monde se moquait de moi. »

Franck Vlehi, de la finance au cinéma, le pari d’une reconversion après des années de stabilité

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De la comptabilité à la découverte de sa vocation

Son parcours professionnel ne commence pourtant pas devant une caméra. Après ses études, Franck Vlehi s’oriente vers la comptabilité et évolue plusieurs années dans le secteur financier.
Mais derrière cette carrière se cache un homme attiré par la création. En parallèle de son activité professionnelle, il commence à participer à des événements et devient animateur.
« J’ai animé plus de 300 événements en Côte d’Ivoire, vraiment de grands événements, avec la présidence du président et tout ça. J’étais plus passionné par ce genre de choses. Ça me faisait vibrer à côté de ma vie très corporate. »
Peu à peu, le contraste entre son quotidien professionnel et son tempérament créatif devient de plus en plus difficile à ignorer.
« Vous allez monter, descendre, une opération d’achat, vente, d’achat de marchandises ou de vente de marchandises, c’est la même façon que vous allez faire le débit et le crédit. Dix ans après, c’est de la même façon. Avec la comptabilité, vous entrez dans une routine et puis votre esprit… voilà, c’est carré. Vous n’apportez rien de nouveau, vous ne créez pas. Et moi, j’ai un esprit créatif. »
En 2011, à 35 ans, il prend alors une décision qui va bouleverser son existence : démissionner.

Quitter un salaire de cadre pour une carrière incertaine

Abandonner une situation confortable pour le cinéma n’a rien d’évident. Franck Vlehi bénéficiait alors d’un niveau de vie sécurisé par son emploi.
Sa décision suscite donc des inquiétudes, notamment au sein de sa famille.
« Ma femme me dit : “Tu vas faire quoi ? Tu vas être acteur ? Un acteur gagne quoi ? Un acteur, comment il s’occupe de sa famille ? Un acteur, il tourne combien de fois dans l’année pour pouvoir faire face aux charges ?” »
Mais son épouse ne s’oppose pas totalement à son projet.
« Ma femme me dit : “La seule condition que je te pose, si tu démissionnes, tu crées une boîte de production.” Donc je dis : “OK, j’achète.” »
Cette condition va finalement donner une nouvelle dimension à son projet. Franck Vlehi ne veut plus seulement être appelé ponctuellement pour jouer dans des productions. Il veut également créer ses propres projets.
« Le plan, c’était que la boîte de production fasse ses propres productions. Que je ne sois pas appelé de façon sporadique pour un rôle dans un film, mais qu’au-delà de cela, le projet aille beaucoup plus loin. Donc créer une maison de production et puis, dans cette maison de production-là, veiller à ce qu’on puisse faire de belles choses. »

Le producteur, réalisateur et comédien ivoirien Franck Vlehi s’est ouvert le 22 août 2026 sur un parcours professionnel

Six années de refus avant le premier grand tournant

La suite est loin d’être immédiate. Après sa démission, il travaille notamment sur le projet qui deviendra plus tard « Les Coups de la vie ». Mais pendant plusieurs années, les portes restent fermées.
« Je démissionne en 2011 et je fais le projet Les Coups de la vie. Tout le monde le trouve super beau, super sexy, mais avec la seule chaîne qu’on avait, on me dit : “Oui, c’est bien, mais on n’a pas le budget.” Donc retourne et ça va, viens, va, viens, va, viens. Ça a duré six ans. »
Six années durant lesquelles le projet est présenté, refusé, retravaillé puis présenté à nouveau.
« Ça a duré six ans, moi à ce moment je me disais que j’avais le projet en or dans la main. Donc même quand je démissionne, que je crée ma boîte de production, dans les mois qui suivent, je me dis que je vais sortir ma série. Non, ça a duré six ans. Donc six ans sans entrée officielle. »
Cette période est également marquée par les difficultés financières.
« Ce qui m’a sauvé pendant ces six ans-là, c’est que j’animais. Donc tout ce qui était mariage… Les mariages, je les ai commencés à 10 000. J’ai fini aujourd’hui, quand on m’appelle pour une cérémonie, c’est 2 millions. Et c’est comme ça que pendant ces six ans-là, ma femme m’a beaucoup aidé, elle a pris la relève pour pouvoir équilibrer les choses. »

Le succès comme récompense d’une longue traversée

Après six années de persévérance, une rencontre finit par changer la trajectoire du projet. Le scénario est finalement retenu et « Les Coups de la vie » trouve son chemin vers le public.
Franck Vlehi explique que le projet a notamment évolué grâce aux nombreuses remarques et aux refus accumulés au fil des années.
« À la fin de la sixième année, je rencontre les gens de Canal. Même pas en Côte d’Ivoire, à Ouagadougou. En Côte d’Ivoire, je me rappelle, je leur avais déjà envoyé le projet. Est-ce qu’ils l’avaient lu ? Mais à Ouagadougou, j’obtiens un rendez-vous avec un des décideurs de la chaîne. Il lit le projet et il dit : “Mais c’est révolutionnaire.” »
Pour lui, les six années d’attente n’auront donc pas été inutiles.
« Après, j’ai compris que tous les refus m’ont permis d’affiner le projet. Parce qu’à la base, « Les Coups de la vie », la version que vous voyez maintenant, ce n’était pas ça. Dans les six ans, ça a évolué. Chaque fois que j’avais un refus, je venais retravailler ma copie, j’apprenais des choses. »
Mais derrière cette réussite se cache également une période de profond doute.
« Je vivais cette période avec beaucoup de frustration. Frustration parce qu’il y avait le regard de la société, le regard de ma famille, le regard de mon épouse, le regard de ma belle-famille qui, à un moment, se disait : “Mais est-ce que le gars-là, il est équilibré ?” »
Il devait également composer avec ceux qui pensaient qu’il avait fait une erreur en abandonnant une carrière stable.
« Des amis qui se disaient : “Ben voilà, il a pété un plomb en fait.” Parce que quelqu’un qui laisse un salaire de cadre correctement payé et puis qui va à l’aventure, c’est un rêveur. »

Construire une carrière au-delà du métier d’acteur

Aujourd’hui, Franck Vlehi ne se limite plus au rôle de comédien. Son parcours l’a conduit vers la réalisation et surtout la production audiovisuelle.
À travers ses œuvres, il affirme vouloir raconter des histoires capables de toucher le public tout en abordant des réalités de société.
« Par les messages que je véhicule à travers mes films, j’apporte des choses aux gens. »
Cette vision s’inscrit dans une ambition plus large : participer à la construction d’une industrie audiovisuelle capable de raconter ses propres histoires et de faire émerger ses propres talents.

Son parcours raconte ainsi bien plus qu’une reconversion professionnelle. Il témoigne du chemin parfois long qui sépare une passion d’une véritable carrière : celui des sacrifices, des doutes, des refus et de la persévérance.

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Muriel Yanga

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