Après une première édition présentée comme un cri d’alerte et une décharge d’émotion le 24 juin 2026, « L’Autre Crie 2 : Souviens-toi d’où tu viens » propose une nouvelle lecture du traumatisme collectif lié aux féminicides. Contactée par la rédaction de Laura Dave Media le 08 Octobre 2026, Raissa Njoya, promotrice de l’exposition, revient sur cette deuxième démarche artistique, pensée comme un espace de mémoire, de réflexion et de reconstruction.
« L’Autre Crie 2 », de l’alerte à la mémoire collective
Après une première édition marquée par l’urgence et l’expression d’une émotion brute, le deuxième volet entend prolonger la réflexion. Cette fois, l’exposition place au centre la mémoire des victimes et une interrogation sur l’identité collective.
Raissa Njoya explique ce changement d’approche :
« Là où la première édition en juin était un cri d’alerte et une décharge d’émotion brute, ce second volet, “L’Autre Crie 2 : Souviens-toi d’où tu viens”, va plus loin. Il s’articule autour d’un deuil collectif et d’une question fondamentale : Qui sommes-nous ? »
Cette volonté de questionner l’identité s’accompagne d’un retour aux références culturelles précoloniales. L’exposition cherche ainsi à faire de l’art un espace où mémoire et conscience culturelle peuvent se rencontrer.
« L’exposition devient un espace pour conserver la mémoire vive des victimes, mais aussi pour bousculer notre conscience culturelle. En convoquant la pensée précoloniale — qui rappelle que la femme n’est ni un reflet ni une esclave —, nous invitons à un retour aux sources. Plastiquement, nous passons du geste performatif aux affiches. »
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« Compter nos morts » face à la persistance des féminicides
Derrière cette démarche artistique se trouve également une réalité qui continue de susciter l’émotion. Pour Raissa Njoya, les féminicides et les traumatismes qu’ils provoquent ne peuvent être dissociés de la réflexion portée par cette exposition.


Elle revient sur cette nécessité de donner une place à ces drames dans l’œuvre artistique :
« Pour le commissaire d’exposition que je suis, la démarche s’ancre dans une impérieuse nécessité. Au Cameroun, la recrudescence des féminicides suscite sidération et psychose ; l’intime, la rue et l’école en sont devenus les théâtres. Face à la persistance de la tragédie — comme ces huit vies fauchées en sept jours en août dernier —, nous sommes profondément ébranlés dans notre humanité. »

Mais « L’Autre Crie 2 » ne veut pas seulement rappeler les drames. Le projet cherche également à comprendre ce que ces événements disent de la société et des valeurs qui la structurent.
« Le geste artistique dépasse désormais le simple cri d’alarme : il s’agit désormais de fragments d’une quête existentielle et humaine. Il devient crucial de raviver les valeurs d’honneur et de dignité mais aussi l’organisation sociale qui nous fondaient. C’est le moyen d’appréhender ce que nous sommes en train de devenir dans ce monde globalisé, en métissage permanent, hier façonné par la télévision et aujourd’hui, par internet. »
𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Transformer le traumatisme en espoir
Après le constat et la mémoire vient une autre étape : celle de la reconstruction. elle utilise une image tirée de la physique pour expliquer cette volonté de transformer la souffrance en énergie de reconstruction.
« En physique, c’est de la compression maximale que jaillit l’énergie cinétique de la propulsion. C’est une métaphore pour dire que nous avons un besoin vital d’un horizon, d’une aube en pleine nuit. Nous voulons simplement nourrir l’espérance, le rêve. Nous voulons croire que ce traumatisme collectif peut accoucher d’une envie profonde de reconstruction sociétale. Il reviendra au public de donner un plein sens à cette démarche et d’y donner un point final. La suite après dévoilement du projet artistique ne nous appartient plus. »
Le sens de l’exposition ne serait donc pas entièrement défini par ses concepteurs. Le public est appelé à interpréter, ressentir et prolonger la réflexion à partir de ce qu’il découvrira.
Retour aux sources et reconstruction du lien social
Cette volonté de reconstruction passe aussi par une réflexion sur les liens qui unissent les membres de la société. Raissa Njoya estime que les transformations sociales et l’omniprésence d’internet ont progressivement fragilisé certaines formes de solidarité.
« L’Afrique est souvent érigée en modèle de solidarité. Pourtant, le contexte actuel confronte chacun et chacune à d’énormes défis quotidiens, ce qui rend l’altruisme et la relation à autrui plus difficiles. Sous l’influence de la globalisation et de l’omniprésence d’internet, cette solidarité qui caractérisait jadis nos sociétés tend à s’étioler au profit de l’individualisme. Nous faisons face à un effritement du lien social, de nos espaces communs et de ce qui nous unissait. »


La réflexion s’étend également aux rapports entre les hommes et les femmes. L’exposition défend une vision fondée sur l’interdépendance plutôt que sur l’isolement de chacun.
« Il serait illusoire de penser le couple, la famille ou même la société, si chaque membre de ce corps social fonctionne de manière isolée ou purement indépendante. La vision ancestrale que nous essayons de réhabiliter repose sur l’interdépendance. Il s’agit de valoriser et de conjuguer les atouts de chacun et de chacune pour former un tout harmonieux et solide. »
Au terme de cette démarche, le souhait de la promotrice est que le visiteur ne reparte pas uniquement avec le souvenir d’une exposition, mais avec une réflexion personnelle susceptible d’accompagner ses choix.
« J’aimerais qu’il /elle retrouve une fierté bien placée, une dignité. Et que cette fierté retrouvée devienne une boussole qui le/la guide et le/la porte dans ses choix et ses actions au quotidien. »
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Muriel Yanga








