Pendant plusieurs décennies, Émile Bassek Ba Kobhio s’est imposé comme l’une des figures les plus influentes du cinéma africain. Réalisateur, écrivain, producteur et promoteur culturel camerounais, il a consacré sa vie à raconter les réalités africaines et à créer des espaces d’expression pour les talents du continent. Fondateur du festival Écrans Noirs, défenseur infatigable du septième art africain, le cinéaste est décédé dans la nuit du 11 au 12 mai 2026, suscitant une vague d’émotion dans le monde culturel africain.
Un homme de culture devenu pilier du cinéma africain
Né le 1er janvier 1957 à Nindjé, dans le département du Ndom au Cameroun, Émile Bassek Ba Kobhio suit d’abord des études de sociologie et de philosophie avant de se tourner vers le cinéma. Très tôt, il développe une passion pour l’écriture et remporte déjà, au lycée, un prix littéraire grâce à une nouvelle.
Avant de passer derrière la caméra, il travaille comme assistant réalisateur sur plusieurs documentaires produits par le ministère camerounais de l’Information et de la Culture. En 1987, il participe comme assistant au film « Chocolat » de la réalisatrice française Claire Denis, une expérience qui marquera profondément son parcours.

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
“Sango Malo”, le film qui change tout
En 1991, Bassek Ba Kobhio signe « Sango Malo« , adaptation de son propre roman. Le long-métrage raconte l’arrivée d’un jeune instituteur révolutionnaire dans un village camerounais, où ses méthodes et ses idées provoquent tensions et bouleversements. Le film devient rapidement un classique du cinéma africain et remporte notamment le Prix du Public au Festival du cinéma africain de Milan.
Avec cette œuvre engagée, le réalisateur impose déjà son style, un cinéma africain, critique, humain et ancré dans les réalités sociales du continent.
Une filmographie engagée et reconnue
Après « Sango Malo« , il enchaîne plusieurs réalisations majeures. En 1995, il réalise « Le Grand Blanc de Lambaréné« , inspiré de la vie du docteur Albert Schweitzer. Le film interroge les contradictions du colonialisme et les rapports entre l’Afrique et l’Occident.
En 2003, il coréalise avec Didier Ouénangaré « Le Silence de la forêt« , premier long métrage tourné en République centrafricaine. Cette œuvre poignante met en lumière les discriminations subies par les peuples pygmées et sera saluée dans plusieurs festivals internationaux.
Parallèlement au cinéma, Bassek Ba Kobhio publie également plusieurs ouvrages littéraires, dont « Les eaux qui débordent » et « Sango Malo : le maître du canton« .

Le père du festival Écrans Noirs
Au-delà de ses films, Émile Bassek Ba Kobhio restera surtout comme l’un des plus grands bâtisseurs du cinéma africain. En 1997, il crée le festival Écrans Noirs à Yaoundé, devenu au fil des années l’un des rendez-vous cinématographiques les plus importants d’Afrique centrale.
Pensé comme une plateforme de diffusion, de réflexion et de formation, le festival a permis à des centaines de réalisateurs africains de présenter leurs œuvres et de rencontrer le public. Grâce à cette initiative, Yaoundé s’est imposée comme une capitale culturelle du cinéma africain.
Il fonde également l’Institut supérieur des métiers du cinéma et de l’audiovisuel d’Afrique centrale (ISCAC), participant activement à la formation des jeunes professionnels du secteur.
Un héritage immense pour les générations futures
Durant plus de trois décennies, Bassek Ba Kobhio s’est battu pour professionnaliser le cinéma africain malgré les difficultés de financement et de diffusion. Producteur, réalisateur, écrivain, formateur et promoteur culturel, il incarnait une vision ambitieuse du cinéma : celle d’un outil de mémoire, d’identité et de transformation sociale.

Son décès survenu dans la nuit du 11 au 12 mai 2026 suscite une vive émotion dans le milieu culturel camerounais et africain, où de nombreuses personnalités lui rendent hommage.
Le réalisateur Ebenezer Kepombia écrit : « Le grand frère est parti, l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel africain perd l’un de ses plus grands symboles. C’est triste »
L’ acteur Rigobert Eshu Tamwa déclare : « Matin sombre. Matin triste pour la culture africaine !! Un soleil s’en est allé!!! Mr Bassek Ba Kobhio nous a quitté par ce petit matin pluvieux… le cinéma africain perd un de ses symboles les plus représentatifs »
L’humoriste et acteur Ulrich Takam publie : « Une nouvelle qui peine. Merci pour l’héritage. Nous nous battrons pour suivre les traces. Merci pour tout. »
Le groupe X Maleya lui rend également hommage : « Aujourd’hui, le Cameroun et l’Afrique perdent une immense voix du septième art. BASSEK BA KOBHIO s’en est allé, laissant derrière lui une empreinte forte, des œuvres, une vision et une passion qui continueront d’inspirer des générations entières. Merci pour tout ce que vous avez apporté à notre culture, à notre cinéma et à notre identité artistique. Les grands hommes ne meurent jamais vraiment… ils vivent à travers l’héritage qu’ils laissent dans les cœurs et dans l’histoire. Reposez en paix, grand homme du cinéma »
Avec la disparition d’Émile Bassek Ba Kobhio, le Cameroun perd bien plus qu’un cinéaste, il perd un pionnier, un mentor et l’un des plus grands défenseurs de la culture africaine et dont les œuvres demeurent indélébiles.

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Ève-Pérec N.BEHALAL








