Derrière la réussite de Tayc se cache une organisation familiale solidement structurée. Invitée du Podcast de l’Écrivain, jeudi, 25 juin, Martha Shey, mère de l’artiste, entrepreneure et cheffe d’entreprise, s’est livrée sans détour sur les choix qui ont façonné leur parcours. De la gestion de l’entreprise familiale à l’éducation de ses enfants, en passant par les coulisses de l’industrie musicale, elle partage une vision où la transmission, la discipline et les valeurs priment sur la célébrité.

« L’argent peut faire perdre une entreprise… et une famille »
Pour Martha Shey, entreprendre avec ses proches est une aventure aussi enrichissante que risquée. « Quand on travaille en famille, si on va droit dans le mur, c’est vraiment catastrophique. Non seulement on perd une entreprise, mais on risque de perdre la famille aussi. » Consciente des nombreux conflits que l’argent peut provoquer, elle explique que leur organisation repose sur une discipline stricte. « L’argent de l’entreprise, c’est l’argent de l’entreprise. Chacun a son salaire. Une fois ton salaire versé, tu en fais ce que tu veux. Mais les finances de l’entreprise n’appartiennent à personne, même pas à moi. ».

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Une entreprise familiale n’est pas un long fleuve tranquille
Si leur famille donne l’image d’un bloc uni, Martha Shey reconnaît que les désaccords existent. « On est des êtres humains. Bien sûr qu’il y a des points de discordance. Mais on partage une seule vision globale : faire prospérer l’entreprise, protéger la personne principale de l’entreprise et pérenniser le patrimoine. » Les divergences concernent davantage les méthodes que les objectifs. « Ma génération est l’ancienne école. Mes enfants appartiennent à une nouvelle génération, avec une autre manière de communiquer et de travailler. Cela peut créer des tensions. »
Elle raconte d’ailleurs une récente discussion autour du recrutement d’alternants. Certains membres de la famille estimaient qu’il fallait avant tout aider les jeunes, tandis que d’autres défendaient une logique de réciprocité. « Il y a eu un échange assez vif. Une personne a même dit à l’autre : « Tu n’as qu’à bouder. » J’ai dû intervenir pour rappeler qu’on ne se parle pas ainsi. »
Le secret : séparer la famille de l’entreprise
Pour éviter que les tensions professionnelles ne fragilisent les liens familiaux, Martha Shey applique une règle simple. « À la maison, on est une famille. Au bureau, on est une entreprise. Beaucoup d’entreprises familiales souffrent parce que les rôles ne sont pas clairs. Quand il y a du flou, chacun finit par marcher sur les pieds de l’autre. » Selon elle, reconnaître les compétences de chacun est tout aussi essentiel. « Quand quelqu’un fait du bon travail, je le félicite. Mais lorsqu’il y a une erreur, je le dis aussi. Mes enfants ne bénéficient d’aucun traitement de faveur. » Elle révèle d’ailleurs n’avoir jamais eu à sanctionner ses enfants. « Ils sont très travailleurs. Les valeurs que je leur ai transmises sont devenues les leurs. »

Des carrières abandonnées pour accompagner Tayc
Lorsque la carrière de Tayc prend son envol, la famille fait un choix radical.
« On a décidé de gérer nous-mêmes sa carrière. J’ai dû démissionner de mon poste… un très bon poste d’ailleurs. » Responsable logistique dans une entreprise internationale, elle n’est pas la seule à quitter une carrière prometteuse. « Mes deux filles ont également démissionné. L’une était ingénieure en informatique, l’autre cheffe de projets logistiques à l’international. Nous avons tous rejoint l’entreprise familiale. » Pour elle, cette décision s’est imposée naturellement. « La charité bien ordonnée commence par soi-même. On est mieux servi que par soi-même. »
Construire un héritage, pas seulement une entreprise
Au-delà du succès économique, Martha Shey poursuit une ambition plus vaste.
« Aujourd’hui, ma mission est d’inspirer et d’accompagner les familles africaines à bâtir un héritage familial et entrepreneurial. » Elle estime que l’Afrique doit davantage s’inspirer des modèles de transmission patrimoniale. « Les grandes fortunes européennes sont des fortunes familiales. Nous, Africains, avons longtemps négligé cette dimension. Il est temps de bâtir des patrimoines qui traversent les générations. » Selon elle, travailler ensemble renforce aussi les liens familiaux. « Cela permet de transmettre les valeurs au quotidien. Les enfants voient ce que leurs parents font bien plus qu’ils n’écoutent ce qu’ils disent. »
L’éducation, le plus grand héritage
Issue d’une famille modeste et polygame, Martha Shey affirme que le plus beau legs reçu de son père n’était pas matériel. « Mon papa ne nous a pas laissé des biens en héritage. Il nous a laissé l’éducation. »
Une phrase l’a particulièrement marquée.
« Vous êtes des filles. Faites en sorte que vos diplômes soient vos premiers époux. »
Aujourd’hui encore, elle estime que les valeurs constituent le plus précieux des patrimoines. « L’héritage que les parents oublient souvent de transmettre, c’est l’héritage non matériel : les valeurs, la vision, l’intégrité. »

« L’intégrité, c’est bien agir même quand personne ne regarde »
La valeur qu’elle place au-dessus de toutes les autres reste l’intégrité. « Faire ce qui est juste même en l’absence des autres. Ne pas changer de comportement selon qu’on est observé ou non. » Elle refuse également d’utiliser sa proximité avec Tayc pour obtenir des privilèges. « Beaucoup pensent qu’en passant par moi, ils obtiendront des faveurs. Mais je ne peux pas interrompre mon fils pour demander une vidéo ou offrir des places de concert. »
Retourner à l’université à 50 ans : « Je voulais devenir une meilleure version de moi-même »
À 50 ans, Martha Shey décide de reprendre ses études. « Je suis en concurrence avec la personne que j’étais hier, pas avec les autres. » Elle explique avoir toujours refusé la routine. « Dès que je n’ai plus quelque chose qui me challenge, je vais chercher un nouveau défi. » Pour elle, ni l’âge ni les circonstances ne doivent empêcher quelqu’un de continuer à apprendre. Croire en soi constitue un autre pilier de sa philosophie. « Si tu ne crois pas en toi, personne ne croira en toi. » Mais cette confiance doit toujours s’accompagner de résultats. « Les résultats doivent parler pour toi. Et même quand on échoue, on se relève. »
Les coulisses méconnues de l’industrie musicale
En rejoignant l’univers musical, Martha Shey découvre un univers beaucoup plus complexe qu’elle ne l’imaginait. « Monter un concert, c’est une véritable industrie. On part d’une salle complètement vide pour accueillir parfois plusieurs milliers de personnes. » Elle souligne le travail colossal des équipes techniques. « Les spectateurs voient le concert. Ils n’imaginent pas tout ce qui se passe avant… ni tout ce qui continue après. »
Pendant les spectacles, elle confie pourtant ne presque jamais profiter du show. « Je ne regarde pas vraiment le concert. Je suis dans la prière du début à la fin. Tout ce que je demande à Dieu, c’est que chacun rentre chez lui sain et sauf. »

Quand un organisateur refuse de payer Tayc
Parmi les épisodes les plus marquants figure un concert organisé en Afrique.
« Trente minutes avant le concert, l’artiste n’avait toujours pas reçu son argent. »
Face à cette situation, la famille prend une décision. « Nous lui avons dit : « Ne mets pas ton public à dos. Monte sur scène. » »
Par amour pour ses fans, Tayc accepte de se produire. « Il est monté sur scène. Mais jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais reçu ce cachet. » Ce genre de pratique pénalise autant les artistes que leur relation avec leur public.
Une enfance marquée par la polygamie
Martha Shey revient également sur son histoire personnelle. « Je viens d’une famille polygame et, pour avoir vécu cela de l’intérieur, je suis contre la polygamie. »
Elle évoque les blessures que cette situation a laissées. « Je n’ai pas connu de famille polygame heureuse jusqu’au bout. Après le départ des parents, ce sont souvent des conflits et des divisions. »
Une femme accomplie… mais ouverte à l’amour
Divorcée, elle explique avoir volontairement mis sa vie sentimentale entre parenthèses. « Après mon divorce, j’ai choisi de rester seule pour me consacrer à mes enfants et à mes projets. »
Aujourd’hui, elle se dit ouverte à une nouvelle rencontre. « Je suis ouverte à l’idée de partager ma vie avec quelqu’un… mais pas à n’importe quel prix. » Elle estime qu’une relation équilibrée repose avant tout sur le respect mutuel. « Une relation saine ne doit pas être un conflit d’ego. Chacun doit pouvoir laisser l’autre déployer ses ailes sans se sentir menacé. »
Le plus beau conseil qu’elle donne à ses filles
L’un des enseignements de son père continue d’inspirer son éducation.
« Mon père nous disait : « Que vos diplômes soient vos premiers époux. » » Un message qu’elle transmet aujourd’hui à ses filles.
« Un homme, c’est bien. Un mari, c’est très bien. Mais ce n’est pas la finalité. Il faut d’abord être capable de s’assumer soi-même. » Elle ajoute : « Si tu attends qu’un homme te rende heureuse, tu fais fausse route. Aime-toi d’abord. »
« Ma plus grande réussite, ce sont mes enfants »
Malgré ses entreprises et son parcours professionnel, Martha Shey ne cite ni ses succès ni sa notoriété lorsqu’on l’interroge sur sa plus grande fierté. « Ma plus grande réalisation, ce sont mes enfants. » Pour elle, la véritable richesse réside dans la transmission de valeurs solides et dans la capacité à préparer les générations futures.
« Je veux qu’on se souvienne de moi pour les vies que j’aurai changées »
En guise de conclusion, Martha Shey livre ce qui ressemble à son testament moral.
« Je ne veux pas qu’on se souvienne de moi pour les titres que j’ai portés ou les fonctions que j’ai occupées. » Son ambition dépasse largement le monde de la musique.
« Je veux qu’on se rappelle de moi comme quelqu’un qui a impacté la vie des autres, qui a transformé son expérience en pont entre les générations et qui a laissé les personnes, les familles et les organisations dans un meilleur état qu’elle les a trouvées. »
À travers son parcours, Martha Shey défend une conviction forte : la plus grande réussite n’est ni la célébrité ni la richesse, mais l’héritage humain que l’on laisse derrière soi.

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Diane Laure MISSEKOU








