Il aura fallu attendre 51 ans pour revoir un film camerounais dans les sélections officielles de la Mostra de Venise. Après Jean-Pierre Dikongué Pipa et son film « Muna Moto » en 1975, Auguste Bernard Kouemo Yanghu ouvre un nouveau chapitre de l’histoire du cinéma camerounais à la Mostra de Venise avec « La Maison du Vent ». Le long métrage est retenu dans la compétition « Orizzonti » de la 83e édition, prévue du 2 au 12 septembre 2026.
De Dikongué Pipa à Kouemo, un demi-siècle plus tard
En 1975, Jean-Pierre Dikongué Pipa écrivait une première page historique. Son film « Muna Moto » était présenté à la Mostra de Venise. Le long métrage camerounais, réalisé en 1975, s’est depuis imposé comme une œuvre majeure du cinéma d’Afrique centrale.
Un peu plus de cinq décennies plus tard, un autre cinéaste camerounais reprend le chemin du Lido. Auguste Bernard Kouemo Yanghu y présente « La Maison du Vent », son premier long métrage. Le film figure dans « Orizzonti« , l’une des deux compétitions officielles consacrées aux longs métrages.
La portée de cette présence dépasse donc la simple actualité d’une sélection. Elle réactive un lien entre deux générations de cinéastes camerounais séparées par 51 années.

« La Maison du Vent », seul représentant africain dans les deux compétitions officielles de longs métrages
À cette 83e édition, « La Maison du Vent » occupe une place particulière. Le film d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu est le seul long métrage africain présent dans les deux compétitions officielles de longs métrages de la Mostra : « Venezia 83 » et « Orizzonti« .
« La Maison du Vent » porte les couleurs du Cameroun dans cette sélection. Le film, une production camerounaise de la maison est toutefois le fruit d’une collaboration associant la France, la Belgique, le Bénin, l’Arabie saoudite et le Qatar. Il dure 103 minutes et met notamment en scène Josette Kwanya et Edwige Tatiana Moudjeu Pouadeu.
Cette configuration donne à la sélection une portée particulière. Le Cameroun revient ainsi dans l’une des plus prestigieuses vitrines du cinéma mondial, avec une œuvre portée par un réalisateur qui a construit son parcours loin des effets de mode.
Auguste Bernard Kouemo Yanghu, deux décennies à construire son regard
Derrière cette arrivée à la Mostra de Venise se trouve un cinéaste qui travaille depuis plus de vingt ans sur les images, les récits et les réalités humaines.
Auguste Bernard Kouemo Yanghu commence son parcours au Cameroun dans les années 1990. Il crée notamment, avec des amis, le « Cercle des Jeunes Cinéastes Amateurs« , avant de se former dans les classes cinéma de l’association Écrans Noirs.
Son parcours le conduit ensuite en France. Il poursuit sa formation à l’École supérieure de l’audiovisuel de l’Université Toulouse-II, aujourd’hui ENSAV. Il y approfondit la réalisation audiovisuelle avant de compléter son parcours universitaire par un Master 2 Recherche en études cinématographiques à l’Université de Lille.
Mais Kouemo Yanghu n’est pas uniquement réalisateur. Il est également scénariste, formateur, consultant en écriture et pédagogue. Une partie de son parcours est consacrée à la transmission des savoirs dans les métiers du cinéma et de l’audiovisuel.
Cette double casquette nourrit son approche. Son cinéma privilégie les personnages, les rapports humains et les tensions qui se jouent dans le quotidien.

De « Waramutsého ! » à « La Maison du Vent »
Avant la Mostra de Venise, Auguste Bernard Kouemo Yanghu a déjà laissé son empreinte dans plusieurs festivals internationaux.
Son court métrage « Waramutsého ! » a notamment connu une importante carrière en festivals. L’œuvre a été présentée dans plusieurs rendez-vous internationaux et a remporté des distinctions au FESPACO, à Amiens et aux Écrans Noirs.
« Les Empreintes douloureuses » poursuit ensuite cette trajectoire. D’autres réalisations viennent compléter une filmographie construite progressivement depuis le début des années 2000.
« La Maison du Vent » apparaît donc comme l’aboutissement d’un long cheminement. Le film marque surtout son passage au format long, après plusieurs années consacrées aux courts métrages, aux documentaires, à l’écriture et à la transmission.
Une vieille femme, une jeune voisine et une famille dispersée
Dans « La Maison du Vent », Kouemo Yanghu revient à une histoire intimiste.
Josette, 80 ans, vit seule à Yaoundé. Ses enfants ont quitté le Cameroun pour l’Occident. Elle les encourage alors à construire des maisons au pays, dans l’espoir de les voir revenir.
Mais l’arrivée de Sarah, une jeune femme de son quartier, bouleverse progressivement son quotidien. Une relation inattendue se crée. Elle vient remettre en question les équilibres que Josette avait construits autour de sa famille, de ses responsabilités et de ses espoirs.
Le film s’intéresse ainsi à la solitude, aux liens familiaux, à la transmission et aux relations entre générations.
À travers une histoire située à Yaoundé, le réalisateur pose des questions qui dépassent le cadre camerounais : que reste-t-il d’une famille lorsque ses membres partent ? Comment se transmettent les liens ? Et que devient une personne lorsque ceux qu’elle attend vivent désormais loin d’elle ?

« Orizzonti », un autre défi pour le cinéaste camerounais
La sélection dans « Orizzonti » n’est pas une présence symbolique. Le film participe à une véritable compétition officielle de la Mostra.
La section accueille des œuvres qui explorent de nouvelles formes de narration et de nouveaux regards sur le cinéma contemporain. « La Maison du Vent » y sera confronté à des productions venues notamment d’Italie, de France, du Bangladesh, de Grèce, de Pologne, d’Autriche, de Corée et d’autres territoires.
Pour Kouemo Yanghu, l’enjeu est donc aussi artistique. Son film devra trouver sa place dans une sélection internationale où se rencontrent différentes écritures et différentes visions du cinéma.
Une coproduction qui accompagne l’ambition du film
« La Maison du Vent » est porté par une coproduction réunissant plusieurs pays. Le Cameroun est associé à la France, à la Belgique, au Bénin, à l’Arabie saoudite et au Qatar.
Cette dimension internationale n’est pas nouvelle dans le parcours du projet. Avant sa sélection officielle, le film avait déjà été accompagné dans des programmes professionnels liés à la Mostra.
Une fois présenté à Venise, le long métrage pourra également bénéficier de l’attention des distributeurs, programmateurs, critiques et professionnels présents sur le Lido.
51 ans après « Muna Moto », une nouvelle page s’écrit
En 1975, Jean-Pierre Dikongué Pipa avait porté « Muna Moto » jusqu’à la Mostra de Venise. En 2026, Auguste Bernard Kouemo Yanghu y arrive à son tour avec « La Maison du Vent ».
Deux films. Deux générations. Deux écritures. Mais une même destination : la Mostra de Venise.
Du 2 au 12 septembre 2026, le nom du Cameroun résonnera donc de nouveau sur le Lido de Venise. Cette fois, derrière « La Maison du Vent », il y aura un cinéaste qui aura consacré plus de deux décennies à construire son regard.
Auguste Bernard Kouemo Yanghu tient désormais son rendez-vous avec Venise.

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Eve-Pérec N.BEHALAL








