Après avoir perdu la vue, son épouse puis son unique enfant en quelques mois, l’entrepreneur et musicien chrétien ivoirien Edson Gnompo se confie sur sa dépression et son combat pour rester debout. Ouvert à revenir sur cet épisode de sa vie le 13 août 2026, il raconte une année qui a bouleversé toute son existence et interpelle sur la nécessité d’accompagner ceux qui traversent le deuil et la détresse psychologique.
Une cécité qui a duré six mois
Avant que les drames ne s’enchaînent, Edson Gnompo menait une vie de famille relativement stable. Chef d’entreprise, marié et père de deux enfants, il vivait avec son épouse à Riviera 3, en Côte d’Ivoire. Mais en 2025, son quotidien bascule lorsqu’il perd brutalement la vue. « En 2025, je suis devenu aveugle. J’ai été aveugle pendant six mois. » Privé de son travail et dépendant de son entourage, il entreprend alors, avec son épouse, des démarches pour retrouver la vue. Mais alors qu’il tente de surmonter cette première épreuve, un drame vient frapper sa famille.

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« Ma femme est décédée sous mes yeux, sans que je sache qu’elle était décédée »
Alors qu’il est toujours aveugle, il perd son épouse. Un événement qu’il vit dans des circonstances particulièrement douloureuses puisqu’il ne comprend pas immédiatement ce qui vient de se produire. « Mon épouse est décédée sous mes yeux, sans que je sache qu’elle est décédée. C’est ma fille qui m’a dit : “Papa, maman ne respire pas.” » Dans un premier temps, il pense à une plaisanterie. Puis la réalité lui est annoncée. La disparition de son épouse le pousse à accélérer son opération des yeux. « Je suis allé forcer l’opération des yeux. Mais après, je suis tombé malade. Gravement malade. » Alors qu’il vient à peine de recouvrer la vue, une nouvelle tragédie l’attend.
La perte de son unique fille
Quelques mois seulement après la disparition de son épouse, le chef d’entreprise perd également sa fille unique. Une perte qui fragilise encore plus l’homme déjà profondément éprouvé. « Quatre mois après, ma seule fille, mon unique, est décédée. » L’entrepreneur se retrouve alors sans épouse, avec un enfant et sans activité professionnelle. Une succession de pertes qui le plonge dans une profonde détresse. « Vous imaginez? […] Un seul être s’en va et tout est dépeuplé. Mais qu’en est-il pour deux personnes qui s’en vont dans la même année ? » Son quotidien change complètement. Il explique aujourd’hui vivre provisoirement chez un ami, après avoir perdu ses principaux repères.
L’abandon de sa famille
Au-delà des décès, Edson Gnompo raconte également avoir vécu une autre forme de douleur : celle de l’isolement. Selon lui, alors qu’il aurait eu besoin de soutien et d’affection, il s’est retrouvé largement livré à lui-même. « Moi, par exemple, dans mon cas, la famille m’a abandonné. » Une situation qu’il dit avoir particulièrement mal vécue après le décès de son épouse, d’autant plus qu’il était lui-même impliqué dans la vie religieuse. « J’étais pasteur. Ma femme était pasteur dans la même église. Mais vous imaginez que, quand mon épouse est décédée, le pasteur n’est pas venu au funérail. C’est moi qui me suis chargé de cela. »
À cette douleur s’ajoutent les jugements et les accusations qui, selon son témoignage, ont aggravé son état psychologique.

« On me disait que j’étais un gros sorcier »
Dans son récit, Edson évoque également les préjugés auxquels il a été confronté après ces deux décès successifs. « Quand tu es marié légalement avec une femme, quand elle décède, automatiquement, on t’attaque. On te dit que oui, c’est toi qui es la cause de son décès. Et après cela, ta fille décède. » Il poursuit : « On te dit que c’est toi, un gros sorcier, automatiquement. Pourquoi tous ces malheurs sur toi ? »
Pour l’entrepreneur, ces accusations ont ajouté une nouvelle charge à une situation déjà extrêmement difficile.
« Je suis à un niveau où, si ce n’est pas vraiment la grâce de Dieu, je ne peux pas tenir »
Aujourd’hui, Edson Gnompo reconnaît ouvertement traverser une période dépressive. Il explique notamment avoir fui son domicile à la veille du Nouvel An et avoir cherché refuge dans un camp de prière. « Depuis lors jusqu’à présent, docteur, c’est très, très difficile. C’est très difficile. »
Son témoignage a également permis au psychologue présent sur le plateau de rappeler que la dépression peut être difficile à détecter, même chez une personne qui continue de sourire et d’échanger normalement avec son entourage. « À aucun moment, il n’a laissé paraître un symptôme si haut de tristesse. » Une apparence trompeuse qui rappelle que certaines souffrances restent longtemps invisibles.
Reconnaître sa vulnérabilité
Face à cette détresse, le professionnel insiste sur l’importance de reconnaître sa souffrance et de ne pas rester seul. « Ce n’est pas une faiblesse d’avoir mal. Si tu as mal, tu reconnais que tu as mal. » Il encourage Edson Gnompo à mettre des mots sur ce qu’il traverse, à accepter de pleurer et surtout à rechercher du soutien. « Mais seul, tu ne pourras pas. » Un accompagnement d’autant plus important que, selon le psychologue, une personne confrontée à des pertes aussi importantes peut être exposée à des pensées très sombres si elle reste isolée.
« Je crois que Dieu va me relever »
Malgré les pertes et les difficultés, Edson Gnompo affirme vouloir continuer à s’accrocher à sa foi chrétienne. Il compare son parcours à celui de Job, figure biblique confrontée elle aussi à une succession d’épreuves. « Je me suis rendu compte que, à l’instar de Job, dans la Bible, il n’avait rien fait. Mais il a compté sur Dieu, au point où le Seigneur l’a relevé un jour. » Puis il conclut avec cette conviction : « Moi, je crois que Dieu va me relever, parce que c’est inadmissible. Ce que j’ai traversé, c’est vraiment très difficile. »
Derrière ce témoignage bouleversant, Edson Gnompo ne raconte donc pas uniquement une succession de drames. Il expose aussi la réalité d’un homme qui tente de reconstruire sa vie après avoir perdu ses principaux repères. Son récit pose surtout une question essentielle : comment accompagner ceux qui souffrent lorsque leur douleur reste invisible aux yeux de leur entourage ?

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Muriel Yanga








