Henri Lotin, l’un des fils et ayant droit du célèbre musicien camerounais Eboa Lotin, affirme avoir reçu la somme de 2 000 FCFA au titre des droits d’auteur de son père. Dans une publication faite sur X le mardi 22 septembre 2026, il interpelle la Société nationale camerounaise de l’art musical (SONACAM) sur le montant versé. Une sortie qui intervient alors que la SONACAM vient de lancer une nouvelle répartition au profit de près de 1 600 artistes-musiciens, avec des montants compris entre 30 000 et 300 000 FCFA.
« Voici ma part sur les droits d’auteurs de la musique de mon père, versés par la SONACAM », écrit Henri Lotin sur X, en publiant la photo d’un billet de 2 000 FCFA présenté comme le montant reçu. Dans le même message, l’ayant droit d’Eboa Lotin ajoute, sur un ton ironique : « Vous voulez que ce pays soit pris au sérieux comment ? 😂 »

Une publication qui intervient après une annonce de la SONACAM
Quelques jours avant la sortie d’Henri Lotin, le président du conseil d’administration de la SONACAM, Francis Ateh Bazore, annonçait une nouvelle opération de répartition des droits d’auteur et des droits voisins.
Dans une communication faite le vendredi 18 septembre 2026 à Yaoundé, le PCA a indiqué que près de 1 600 membres de la SONACAM entraient en répartition pour le compte du mois de juillet 2026. Les montants annoncés vont de 30 000 à 300 000 FCFA.
Cette répartition intervient dans le cadre de la mise en œuvre de la décision conjointe prise en 2023 par le ministère du Commerce et le ministère des Arts et de la Culture. Ateh Bazore a par ailleurs expliqué que le retard enregistré dans le paiement était notamment lié à la lenteur des reversements des sommes prélevées auprès des bars et débits de boissons.
Le responsable de la SONACAM reconnaît que les sommes actuellement distribuées restent modestes au regard des attentes du secteur. Il assurait néanmoins vouloir améliorer le rythme des paiements.
« Nous restons confiants et allons redoubler d’efforts » pour parvenir à des paiements trimestriels dès l’année prochaine, a-t-il déclaré.
Plusieurs pistes annoncées pour augmenter les revenus
Dans la même communication, Ateh Bazore avait présenté quelques-uns des dossiers sur lesquels la SONACAM compte s’appuyer pour accroître les ressources destinées aux artistes. Il a notamment évoqué le projet relatif au paiement des droits d’auteur et droits voisins dus par les administrations publiques. Selon lui, le dossier pourrait être soumis à l’Assemblée nationale lors de la session de novembre 2026, avec une entrée en vigueur envisagée en 2027.
Le PCA a également parlé des négociations avec les opérateurs de téléphonie mobile autour du paiement lié aux services à valeur ajoutée. La SONACAM annonce en outre un élargissement de ses relations avec les entreprises privées à la suite d’un mémorandum d’entente avec le GECAM, qui ouvre potentiellement l’accès à plus de 1 000 sociétés. La société de gestion collective travaille par ailleurs avec l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle sur la question de la perception des droits issus de l’exploitation des œuvres en ligne.
Ces différents chantiers sont présentés par la SONACAM comme des leviers susceptibles d’élargir l’assiette de perception et, à terme, les montants redistribués aux créateurs et à leurs ayants droit.

Mais pourquoi 2 000 FCFA pour Henri Lotin ?
C’est dans ce contexte que la publication d’Henri Lotin interpelle.
Alors que la SONACAM a annoncé une répartition comprise entre 30 000 et 300 000 FCFA pour les bénéficiaires concernés, le fils d’Eboa Lotin affirme avoir reçu 2 000 FCFA au titre des droits liés à la musique de son père.
Il faut toutefois distinguer les deux informations. La publication d’Henri Lotin ne précise pas qu’il fait partie de la répartition annoncée pour juillet 2026, ni la période correspondant aux 2 000 FCFA qu’il montre. Elle ne détaille pas non plus les œuvres prises en compte, les recettes générées ou la méthode ayant permis d’aboutir à ce montant.
Il n’est donc pas possible, à partir de cette seule publication, de déterminer si les 2 000 FCFA correspondent à l’intégralité des droits dus, à une période précise ou à un versement particulier.
Eboa Lotin, près de 70 chansons laissées derrière lui
Décédé le 6 octobre 1997 à Douala, à l’âge de 55 ans, Eboa Lotin a laissé une œuvre importante dans le patrimoine musical camerounais. L’auteur-compositeur-interprète compte près de 70 chansons à son répertoire et travaillait encore sur un album au moment de sa disparition.
Parmi les titres qui ont marqué sa carrière figurent notamment « Mulema Mam », sa première chanson composée en 1962, mais aussi « Mbemb’a Mot’a Sawa », « Matumba Matumba », « Bésombe », « Elimb’a Dikalo », « Martine », « Na Tondi Nika » et « Wase ». Plusieurs de ces œuvres ont contribué à installer durablement son nom dans l’histoire de la musique camerounaise.
Après sa mort, son dernier projet est publié à titre posthume sous le titre « Forever », avec sept chansons, dont « Ave Maria Cameroun », que l’artiste n’avait pas pu interpréter lui-même avant sa disparition.
Près de trois décennies après sa disparition, les œuvres d’Eboa Lotin restent donc au cœur d’un patrimoine musical dont la gestion des droits concerne aujourd’hui ses ayants droit, parmi lesquels figure son fils Henri Lotin.
La question soulevée par Henri Lotin remet ainsi au premier plan celle de la rémunération des ayants droit d’artistes disparus et, plus largement, du mécanisme de perception et de répartition des droits issus de l’exploitation de leurs œuvres.
Pour l’heure, la publication de l’ayant droit constitue une interpellation publique. Une éventuelle explication de la SONACAM permettrait notamment de comprendre à quoi correspondent les 2 000 FCFA affichés et selon quels critères cette somme a été calculée.

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Eve-Pérec N.BEHALAL








