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Ange Laure Tchuenkam, la nouvelle voix du théâtre camerounais

Ange Laure Tchuenkam s’impose progressivement comme l’une des jeunes metteures en scène les plus prometteuses de sa génération. Comédienne, metteure en scène et étudiante en Arts du spectacle et cinématographie à l’Université de Yaoundé I, elle développe un univers singulier où les questions de santé mentale, d’identité, de solitude et d’acceptation de soi occupent une place centrale. Lauréate du Prix Goethe Découverte Théâtre 2025 et de l’Épi d’Or de l’UNIFAC 2025, elle fait partie de cette nouvelle vague d’artistes qui utilisent le spectacle vivant comme un outil de réflexion sociale.

Une passion nourrie par la formation

Depuis plusieurs années, Ange Laure Tchuenkam construit méthodiquement son parcours. En parallèle de sa licence en Arts du spectacle et cinématographie à l’Université de Yaoundé I, elle enchaîne les formations professionnelles. Jeu face caméra avec Thierry Ntamack, régie avec la compagnie Falk’Art, mise en scène avec EMINTHA Théâtre en collaboration avec le Théâtre National de Strasbourg, rédaction de projets artistiques avec Grimo et l’Alliance française de Dschang… autant d’expériences qui enrichissent sa vision du théâtre et de la création. Cette quête permanente d’apprentissage lui permet aujourd’hui de naviguer entre la scène, le cinéma et la mise en scène.

Ange Laure Tchuenkam, la nouvelle voix du théâtre camerounais

𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫

Un théâtre qui interroge les fragilités humaines

Chez Ange Laure Tchuenkam, le théâtre ne cherche pas seulement à raconter une histoire. Il invite le public à regarder autrement les réalités souvent passées sous silence. Contactée par notre rédaction, elle résume elle-même sa démarche en ces mots :

« Les thèmes qui traversent mon travail sont récurrents : la santé mentale, l’identité, la solitude, la pression sociale, l’acceptation de soi et des autres, ainsi que la remise en question des normes établies. À travers mes créations, je cherche avant tout à provoquer un mouvement chez le spectateur. Je veux qu’il y ait un avant et un après, même subtil, afin qu’il reparte avec des questionnements, des prises de conscience ou un regard différent sur lui-même et sur le monde. »

Le corps comme premier langage

L’esthétique développée par la jeune metteure en scène repose sur une conviction : le corps raconte parfois davantage que les mots. « Le corps du comédien est au centre de mon esthétique : il est le principal vecteur d’expression et de narration. Le texte occupe également une place essentielle, car mon travail de mise en scène est profondément au service de l’écriture. Enfin, le silence intervient comme un outil symbolique fort, permettant à la fois de densifier le propos et d’alléger l’espace scénique. »

« Et nous les chiens de la rue », la création qui révèle son talent

La reconnaissance arrive avec « Et nous les chiens de la rue« . Cette pièce raconte l’histoire de Fotso, une enfant abandonnée, recueillie par Dieugène, un homme sans domicile fixe souffrant de troubles psychiques, qui décide de l’élever comme sa propre fille dans un bac à ordures.
Présentée au Centre culturel camerounais, aux Instituts français de Douala et de Yaoundé, puis au Goethe-Institut, la création reçoit le Prix Goethe Découverte Théâtre 2025.

Une double consécration en 2025

Quelques mois après cette première distinction, Ange Laure Tchuenkam confirme son ascension avec « Requiem pour le notable zéro« , une création récompensée par l’Épi d’Or de l’UNIFAC 2025.

Cette double reconnaissance vient consacrer une jeune artiste dont le travail est salué pour son engagement, sa sensibilité et la cohérence de sa démarche artistique.

Une artiste également présente au cinéma

Parallèlement à son travail sur les planches, Ange Laure Tchuenkam développe une carrière de comédienne devant la caméra. Elle interprète notamment un rôle majeur dans « En toute âme et inconscience » et dans les deux premières saisons de « Case Retour« , productions de Bimoulèè Production dirigée par le comédien, réalisateur et producteur Ulrich Takam. Derrière cette collaboration se cache une rencontre que la jeune artiste qualifie elle-même « d’audacieuse ».

« Comme beaucoup de Camerounais, j’ai grandi avec les contenus d’Ulrich Takam. Un jour (en 2023), il jouait son spectacle « Citoyen Lambda » à l’Institut français du Cameroun. La salle était pleine à craquer. Je venais tout juste d’entrer à l’université et j’y suis allée très tôt. J’ai assisté au spectacle, que j’ai trouvé magnifique. C’était la première fois que je le voyais en vrai. À la fin, tout le monde voulait faire une photo avec lui. Moi, j’ai préféré attendre. Il lui a fallu près d’une heure pour satisfaire tout le monde. Je ne lui ai jamais demandé de photo. J’ai attendu que la salle se vide pour simplement lui dire combien son travail m’avait marquée, combien il m’avait inspirée et à quel point cela me faisait plaisir de le rencontrer. Cet échange l’a beaucoup surpris, lui comme son manager Richard Onanena. »

Deux jours plus tard, le destin leur offre une nouvelle occasion d’échanger.

« Il animait un autre événement à l’Institut français, un concours entre deux chefs cuisiniers. J’y suis allée avec un ami. Après l’événement, je lui ai demandé si je pouvais lui prendre deux minutes de son temps. Nous avons discuté et, au cours de la conversation, il m’a dit : « Tu as un bon profil. Tu t’appelles comment ? » Je me suis présentée, puis nous nous sommes quittés. Par la suite, il s’est renseigné sur moi auprès de personnes qui me connaissaient, notamment à l’université. Quelque temps plus tard, il m’a appelée et nous avons commencé à travailler ensemble. C’est ainsi que notre collaboration est née. »
Cette expérience marque un tournant dans son parcours et lui permet de renforcer sa présence dans l’audiovisuel.

Des collaborations qui enrichissent son parcours

Ange Laure Tchuenkam a également participé à plusieurs projets artistiques et interdisciplinaires. Elle a été assistante à la mise en scène sur « Anatomie » de Becky Beh, un projet soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Institut français de Paris.

Elle a aussi collaboré au projet d’exposition sonore « Tiers espace« , porté par Skrim et Félix Blume, où elle explore les liens entre théâtre, son et installation artistique.

Une recherche consacrée à la santé mentale

Son travail artistique s’accompagne d’une réflexion universitaire approfondie sur la représentation des états psychiques au théâtre contemporain.

« Mon projet interroge la manière dont des états intérieurs tels que l’anxiété, la solitude ou la dépression peuvent être rendus perceptibles sur scène. Ce sujet s’impose aujourd’hui car les questions de santé mentale restent largement marginalisées, notamment au Cameroun. Leur invisibilisation rend nécessaire la création d’espaces de représentation et de réflexion. »

Une ambition tournée vers l’international

Après plusieurs années de formation et de pratique au Cameroun, Ange Laure Tchuenkam souhaite poursuivre son parcours en France afin d’approfondir sa recherche et d’élargir son champ de création.

Entre scène, caméra et recherche, elle s’impose progressivement comme une voix montante du théâtre camerounais contemporain, portée par une vision artistique profondément humaine et engagée.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire

Ève-Pérec N.BEHALAL

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