À l’occasion de la 32ᵉ édition de la Journée mondiale des enseignants, célébrée le 5 octobre 2026 autour du thème « Protéger la profession enseignante, promouvoir la condition enseignante et façonner l’avenir », l’émission Peop’s de Laura Dave Média TV s’est intéressée à la réalité du métier au Cameroun. Sur le plateau, le professeur Ebana, enseignant-chercheur à l’Université de Douala, et le Dr Bitouga, anthropologue, ont dénoncé la précarité, la perte de prestige social et les insuffisances de la protection professionnelle.
Le Dr Bitouga dénonce la perte de prestige social des enseignants

L’image de l’enseignant s’est considérablement dégradée au fil des années. Le Dr Bitouga déplore le déclassement social d’une profession autrefois respectée.
« Mais aujourd’hui, qu’est-ce que vous avez comme perception de la société dans sa globalité de l’enseignant ? C’est un individu banal dans la communauté. C’est le mal famé, c’est le mal habillé, c’est le gars qui porte des habits qui ne sont pas repassés, c’est le gars toujours grincheux. »
Pour l’anthropologue, cette perte de considération est notamment liée aux conditions de vie des professionnels de l’éducation.
« Ce qui gagne à la fin du mois ne correspond pas toujours à ce qui permet à l’enseignant de mener à bien son travail », souligne-t-il.
Pour ne rien rater sur l’actualité people abonnez-vous à notre chaîne whatsapp…👇🏿👇🏿
Le professeur Ebana interpelle sur les limites de la protection enseignante

La protection des enseignants ne peut se limiter aux textes et aux discours officiels. Pour le professeur Ebana, elle doit se traduire par une rémunération décente, une couverture sanitaire et des moyens matériels adaptés.
« Si l’enseignant est mal rémunéré, est-ce qu’il est protégé au sens réel du terme ? Si l’enseignant n’a pas, par exemple, une couverture sanitaire, est-ce que cet enseignant-là est protégé ? Si l’enseignant n’a pas des moyens matériels minimums, est-ce qu’il est protégé ? »
L’enseignant-chercheur estime que la protection de la profession, l’amélioration de la condition enseignante et la préparation de l’avenir sont indissociables.
« Il est important, pour une société comme la nôtre qui pense au développement, de mettre l’enseignant aujourd’hui au centre. »
𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
Le Dr Bitouga critique des célébrations qui occultent la précarité
Derrière les festivités du 5 octobre, les difficultés quotidiennes des enseignants persistent. Le Dr Bitouga estime que cette journée peut devenir une parenthèse face à une réalité sociale éprouvante.
« La célébration est devenue pour l’enseignant un échappatoire. […] Quand toute votre vie, vous êtes en mode tension, les petits moments où vous pouvez avoir l’impression que vous êtes un peu sorti de l’enfer, vous ne jouez pas avec. »
L’anthropologue évoque également les difficultés financières auxquelles certains enseignants sont confrontés au moment de la rentrée scolaire.
« La rentrée a eu lieu le 3 septembre. Vous n’allez pas me croire, plus de la moitié des enseignants, c’est la semaine d’après qu’ils ont pu inscrire leurs enfants à l’école. »
Le professeur Ebana appelle à replacer l’enseignant au cœur du développement
Pour le professeur Ebana, la célébration de la Journée mondiale des enseignants contraste avec le manque de reconnaissance ressenti au quotidien.
« Le 5 octobre, l’enseignant, de façon générale, a réellement le sentiment de pouvoir exister ce jour-là. […] Il se reconnaît en réalité enseignant et fuit en même temps sa propre réalité, celle d’une personne qui n’est pas reconnue. »


L’enseignant-chercheur rappelle que l’avenir des jeunes générations dépend aussi des conditions dans lesquelles elles sont formées.
« L’enfant ne sera que le produit de ce qu’il aura reçu. »
Le Dr Bitouga partage cette préoccupation et met en garde contre les conséquences d’une dévalorisation persistante du métier.
« Une société qui n’accorde pas de l’importance aux enseignants est une société qui va se frayer un chemin, mais un chemin qui n’est pas toujours un chemin sûr. »
À travers cet échange dans Peop’s, les deux universitaires appellent à dépasser les célébrations symboliques pour engager des réformes concrètes. Rémunération, couverture sanitaire, sécurité et reconnaissance professionnelle demeurent des enjeux essentiels pour améliorer la condition enseignante au Cameroun.
Si cet article vous a interessé, n’hésitez pas à regarder la video👇👇👇
Muriel Yanga








