En cette veille de la Fête de la musique 2026, la cour du Palais Royal Bakoko Wouri s’est transformée en espace de réflexion sur l’avenir des artistes camerounais. Portée par la compagnie Empire Moov avec l’accompagnement d’Iyanka Agency, la comédie musicale « L’envers du micro » a mis en lumière les réalités souvent méconnues du quotidien des créateurs, tout en réaffirmant le rôle de la culture comme levier de développement et de transmission.
Une soirée culturelle sous le signe de la réflexion
Le vendredi 19 juin, le Palais Royal Bakoko Wouri a accueilli un événement qui a dépassé le cadre de la simple célébration artistique. Devant Sa Majesté Jamil Songue Madiba, la reine Batanga Michèle Gaëlle Mahouve, le roi Bakaka ainsi que des représentants de l’Institut Français du Cameroun, antenne de Douala, le public a assisté à une rencontre où la musique et les arts de la scène ont servi de point de départ à une réflexion sur la condition des artistes au Cameroun. Au programme, figuraient des prestations artistiques, un panel d’échanges réunissant notamment Tony Nobody, Maître Olga Pokossy, Jules Nya et Guchi, ainsi qu’une création originale de la compagnie Empire Moov qui a marqué les esprits.

📺𝐓𝐞́𝐥𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐫𝐠𝐞𝐳 𝗟’𝗔𝗣𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗟𝗔𝗨𝗥𝗔 𝗗𝗔𝗩𝗘 𝗠𝗘́𝗗𝗜𝗔 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐬𝐮𝐫
« L’envers du micro », une œuvre qui questionne l’après-gloire
Véritable temps fort de la soirée, la comédie musicale L’envers du micro a plongé les spectateurs dans les coulisses de l’industrie culturelle. À travers une mise en scène mêlant danse, théâtre et musique, les artistes ont interrogé le sort réservé à ceux qui consacrent leur vie à divertir le public. L’œuvre soulève plusieurs questions essentielles : comment vivent les artistes après leurs années de succès ? Quelle protection sociale leur est offerte ? Que deviennent leurs familles lorsqu’ils disparaissent ou arrivent au terme de leur carrière ? Autant d’interrogations qui ont trouvé un écho particulier auprès du public, invité à regarder au-delà des paillettes et de la célébrité.



Stan Bello plaide pour une meilleure préparation des carrières
Directeur artistique de la pièce et chorégraphe, Stan Bello s’est félicité de la réception du spectacle par les spectateurs. « Le public a pu comprendre le message qu’on voulait véhiculer. » Pour lui, la situation difficile dans laquelle se retrouvent certains artistes en fin de carrière n’est pas une fatalité. « Lorsque les artistes sont en fin de carrière, nous avons tous remarqué cette fin parfois très misérable. » Le chorégraphe estime qu’une meilleure organisation du secteur et une gestion plus rigoureuse des carrières sont indispensables. « Dans la mesure où on n’adopte pas un comportement responsable, dans la mesure où on n’établit pas un plan de carrière assez réel et solide, dans la mesure où on n’arrive pas à restructurer notre système artistique camerounais, nous allons toujours vivre ces situations. » Avant de lancer un appel au changement : « Aujourd’hui, on veut le changement. »

Christine Nyangono invite les artistes à penser à l’avenir
Présente dans la comédie musicale sous le personnage de Sandrine la Piqûre, Christine Nyangono a expliqué que le projet visait également à sensibiliser les artistes à l’importance de la prévoyance financière. « Il est important d’économiser, il est important d’investir. » L’artiste a regretté que certains revenus générés par les spectacles soient rapidement dépensés sans véritable projection à long terme. « À la fin d’un concert, il ne suffit pas juste d’aller au bar, boire des bières et dépenser, mais d’aller investir. » Elle a également rappelé que cette création constituait un hommage à plusieurs figures disparues de la culture camerounaise. « C’était aussi un moyen pour nous de rendre hommage aux artistes déjà partis comme Mama Nguea et bien d’autres. »

Nadège Larissa Songue veut replacer les artistes au cœur des priorités
Productrice du concept à travers Iyanka Agency et reine du canton Bakoko Wouri, Nadège Larissa Songue a souligné la nécessité de porter davantage attention à la réalité vécue par les créateurs. « Quel est leur quotidien ? Après le micro, après la scène, qu’est-ce qui les attend ? » Pour elle, la culture représente aujourd’hui un secteur stratégique qui mérite un meilleur accompagnement. « Culture est la nouvelle monnaie. » La promotrice estime qu’il est désormais indispensable de créer les conditions permettant aux artistes de vivre durablement de leur talent. « Nous devons pouvoir encadrer les artistes, les accompagner et les amener à vivre de leur art. »

Le Palais Royal Bakoko Wouri, symbole d’une tradition tournée vers l’avenir
Le choix d’organiser une telle rencontre au sein du Palais Royal Bakoko Wouri n’est pas anodin. À travers cette initiative, la chefferie affirme sa volonté de s’ouvrir davantage à la jeunesse et aux acteurs culturels. Longtemps perçus comme des espaces réservés aux traditions et aux rites, les palais royaux deviennent progressivement des lieux d’expression artistique, de dialogue et d’innovation sociale. Cette dynamique a particulièrement séduit les représentants de l’Institut Français du Cameroun, impressionnés par la richesse esthétique du site, ses fresques colorées et son écosystème mêlant patrimoine, créativité et entrepreneuriat local.
Avec L’envers du micro, Empire Moov et Iyanka Agency ont réussi à transformer une soirée culturelle en véritable plaidoyer pour la protection des artistes. Un message fort qui rappelle que derrière les œuvres qui traversent le temps se trouvent des femmes et des hommes dont l’avenir mérite d’être mieux préparé et accompagné.

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Benjamin NOAH








